Petites Grandeurs et Grandes Misères d'un Secrétaire de Direction
Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.
vendredi 26 janvier 2018
Tu ne viendras pas ce soir (et ça tombe bien vu que j'ai pas racheté de chipsters)
Où dehors, c'est le Ragnarok, vu qu'il neige à gros flocons un 26 janvier et que les hommes s'entretuent dans les magasins de grande distribution pour du Nutella en solde (je ne vois pas d'autre explication).
Bonsoir à tous,
Je ne sais pas pour vous, mais aujourd'hui, chaque fois que j'ai jeté un oeil par la fenêtre (et j'aime autant vous dire qu'on fait ça souvent, dans la fonction publique), j'ai eu l'irrépressible envie de vous souhaiter un joyeux noël et d'excellente fêtes de fin d'année.
De cet élan festif inattendu est née une idée qui, petit à petit, a cheminé dans mon esprit avant d'y affleurer, timide, discrète, puis de s'y installer avec toute sa famille, son camping-car et son berger allemand. Idée subtile, un rien complexe, qu'il serait possible de formuler en ces termes : "rendors-toi, petit secrétaire de direction, tu ne vas quand même pas travailler un jour de neige ! Et les Droits de l'Homme, alors ? Qu'est-ce que tu fais des Droits de l'Homme ?" (en fond sonore, elle m'a collé God Bless America, c'était très perturbant).
"Oui mais...", a toutefois protesté (mais pas trop fort non plus) la voix de ma conscience, cette empêcheuse de ronfler en rond qu'on apprend à faire taire lors de nos stages professionnels, "...il faut bien taper le semainier malgré tout" (et sur ce point, mon profil de poste ne pouvait que lui donner raison) (ce Judas !).
"Ha ha ha !", aura alors tonitrué mon subconscient, avec toute l'arrogance qui le caractérise, "pourquoi s'embêter ? Envoyons-leur le semainier de mi-décembre. Vu le temps qu'il fait, ils n'y verront que du feu. Celui qui va crépiter dans leurs cheminées".
"Ha ouais, pas bête", s'est exclamé mon sens pratique, en déroulant déjà son futon rembourré.
Après, je ne me souviens plus trop mais je crois que j'étais sur Neptune et que je me battais au pistolet (à moins que ça n'ait été un homard) contre une horde de petits hommes verts pour protéger une cargaison de pâte à tartiner à un euro trente.
Émergeant tout juste de ce qui fut, sans conteste, le temps fort de ma semaine de travail, je vous envoie ci-joint le planning de la semaine prochaine, à savoir : celle du 18 au 22 décembre.
Vous souhaitant un week-end plein de bataille de boules de neige (mais surtout de chocolat chaud) (voire de chocolat tout court),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 19 janvier 2018
Dans "despotes", il y a "des potes". Coïncidence ?
Où l'on veut bien faire du zèle, mais où il y a des priorités.
Bonsoir à tous,
Au risque de décevoir certains et d'en soulager d'autres, je ne ferais pas long ce soir - et je sais que j'écris ça à chaque fois, ou presque, et que ça n'empêche pas mes messages d'accompagnement d'être interminables et de s'éparpiller en moult digressions saugrenues, aussi absconses que le contenu d'une circulaire rectorale, mais ce soir, oui, ce soir, contrairement à ce que suggère cette phrase à rallonge (que Proust n'aurait pas renié, avec deux grammes d'alcool dans le sang - mais buvait-il seulement, là est la question ?), c'est pour de bon, pour de vrai, pour de juste : il va me falloir couper court et bien dégagés autour des oreilles.
Car figurez-vous que j'ai des invités à la maison.
Si.
Car on peut travailler dans l'éducation nationale et avoir des amis quand même. Par quel miracle ?
Moi-même, je ne me l'explique pas.
Ceci étant, ça n'a pas que des avantages : ainsi, rien que l'idée de les avoir laissés seuls chez moi avec un libre-accès au contenu de mon frigo, à mon combiné de téléphone fixe ou à ma garde-robe à paillettes (celle que je garde pour les week-ends) me colle des sueurs froides.
Ils ont commencé à taper dans l'Emmental.
Je le sais.
Je le sens.
J'ai un sixième sens pour ces choses-là.
Ah cruelle destinée que d'être ainsi trahi par ceux en qui ont place le plus d'estime ! Tu quoque, potus (et autres locutions espagnoles qu'on aime à citer pendant les soirées Trivial Pursuit...) !
Sans compter que si j'arrive en retard, comment voulez-vous qu'ils me croient si je leur dit que je suis resté à mon poste hors de mes horaires de travail pour rédiger ce petit mot ? Ils savent que je suis fonctionnaire. Autant leur dire que j'ai été enlevé par des extraterrestres, ils y croiraient davantage.
Bref. Vous connaissez la chanson : veuillez trouver ci-joint patati, patata, et tout ce qui vous permettra d'aborder la semaine prochaine avec la sérénité de qui en a d'ores et déjà une vue d'ensemble.
Vous souhaitant un excellent week-end (et de l'emmental, aussi, parce que ça ne mange pas de pain) (encore qu'on puisse manger du pain avec l'emmental, bien sûr, nous sommes dans un pays libre).
Bien cordialement avec des paillettes,
--
Le secrétaire de direction
Bonsoir à tous,
Au risque de décevoir certains et d'en soulager d'autres, je ne ferais pas long ce soir - et je sais que j'écris ça à chaque fois, ou presque, et que ça n'empêche pas mes messages d'accompagnement d'être interminables et de s'éparpiller en moult digressions saugrenues, aussi absconses que le contenu d'une circulaire rectorale, mais ce soir, oui, ce soir, contrairement à ce que suggère cette phrase à rallonge (que Proust n'aurait pas renié, avec deux grammes d'alcool dans le sang - mais buvait-il seulement, là est la question ?), c'est pour de bon, pour de vrai, pour de juste : il va me falloir couper court et bien dégagés autour des oreilles.
Car figurez-vous que j'ai des invités à la maison.
Si.
Car on peut travailler dans l'éducation nationale et avoir des amis quand même. Par quel miracle ?
Moi-même, je ne me l'explique pas.
Ceci étant, ça n'a pas que des avantages : ainsi, rien que l'idée de les avoir laissés seuls chez moi avec un libre-accès au contenu de mon frigo, à mon combiné de téléphone fixe ou à ma garde-robe à paillettes (celle que je garde pour les week-ends) me colle des sueurs froides.
Ils ont commencé à taper dans l'Emmental.
Je le sais.
Je le sens.
J'ai un sixième sens pour ces choses-là.
Ah cruelle destinée que d'être ainsi trahi par ceux en qui ont place le plus d'estime ! Tu quoque, potus (et autres locutions espagnoles qu'on aime à citer pendant les soirées Trivial Pursuit...) !
Sans compter que si j'arrive en retard, comment voulez-vous qu'ils me croient si je leur dit que je suis resté à mon poste hors de mes horaires de travail pour rédiger ce petit mot ? Ils savent que je suis fonctionnaire. Autant leur dire que j'ai été enlevé par des extraterrestres, ils y croiraient davantage.
Bref. Vous connaissez la chanson : veuillez trouver ci-joint patati, patata, et tout ce qui vous permettra d'aborder la semaine prochaine avec la sérénité de qui en a d'ores et déjà une vue d'ensemble.
Vous souhaitant un excellent week-end (et de l'emmental, aussi, parce que ça ne mange pas de pain) (encore qu'on puisse manger du pain avec l'emmental, bien sûr, nous sommes dans un pays libre).
Bien cordialement avec des paillettes,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 12 janvier 2018
La Possibilité d'une Île
Où l'on découvre que reprendre le travail, c'est moins une fatalité qu'un état d'esprit.
Ha mais vous êtes là, vous ?
Hum, pardon, je ne m'y attendais pas, vous m'avez pris de court.
Je veux dire... si vous êtes là, c'est que vous attendez le planning de la semaine prochaine.
Or si vous attendez le planning de la semaine prochaine, c'est que vous avez repris le travail.
Vous.
Bon, ben, ma foi, pourquoi pas ?
En ce qui me concerne, je trouve que c'est une drôle d'idée mais hé, nous sommes au XXIème siècle, qui suis-je pour juger ?
J'ai donc pris quelques minutes pour vous bidouiller un semainier à main levée dans mon hamac, en mode totale impro, j’espère qu'il satisfera vos attentes, je peux bien faire ça pour vous autres, j'y ai encore mis plein de couleurs comme vous aimez.
Tenez, je suis bon prince, je vais même profiter de l'occasion pour vous envoyer, en plus dudit planning, une petite carte postale de mon lieu de villégiature actuel (j'ai dû évacuer l'ancien à cause d'une inondation - ce que l'Océan Indien peut être taquin, quand il s'y met ! -. Heureusement, le directeur du Ritz a été arrangeant : il m'a relogé dans une suite royale sans surcoût, une belle aubaine) :

De rien, ça me fait plaisir, vraiment.
De mon côté, j'ai mis cette troisième semaine de vacances à profit pour faire un peu le tour de l'île, escalader un ou deux volcans (je perds le compte, à force), j'ai même découvert une cité perdue qui portera mon nom (du coup), mais n'allez pas croire que je suis à envier pour autant.
Moi aussi, j'ai mes contrariétés, qu'est-ce que vous vous croyez ?
Par exemple, les températures ici sont infernales : vous ne vous rendrez sans doute pas compte de ce que ça représente, mais il fait déjà 20° à sept heures du matin (enfin, à ce qu'on m'a dit. Je n'ai pas pu le vérifier vu que je me lève tous les jours entre onze heures et midi...). Avec un bon 32 l'après-midi, bon sang, vous imaginez le calvaire ? ! Je passe mon temps en maillot de bain, moi qui adore les doudounes, les écharpes et les engelures ! Pour tout vous dire, je ne me rappelle même plus l'effet que ça fait d'avoir froid. Je me souviens que c'est un peu désagréable, bien sûr, mais rien de plus. Et la pluie, c'est pareil, bon sang ! L'autre jour, y'a un touriste qui en parlait, j'ai été obligé de chercher le mot dans Wikipédia, dites-donc ! J'en perds tous mes repères ! Or c'est important, les repères, alors sachez apprécier la chance qui est la vôtre quand vous devrez gratter le givre sur la voiture lundi !
Autre problème, et non des moindres : j'ai du sable séché entre les doigts de pieds et ça m'irrite la peau. C'est très agaçant. ça m'empêche de profiter pleinement des cocktails exotiques qu'on m'apporte à la plage. En plus, des fois, je fais un faux mouvement et je me colle le petit parasol dans l'oeil. Autant d'ennuis que vous n'avez pas non plus, bande de veinards.
Alors oui, bien sûr, les oiseaux des îles sont très jolis avec leurs plumages arc-en-ciel, mais enfin, il faut aussi savoir qu'ils chantent jusqu'à onze heures du soir, et même si c'est très mélodieux et si je n'ai jamais rien entendu d'aussi beau de ma vie, ça peut vous gâcher le sommeil, des machins comme ça. En tout cas, ça me gâcherait le mien, si j'allais me coucher avant trois heures du mat' (heure à laquelle se terminent les fêtes tribales auxquelles je suis convié).
Ah, et puis je digère mal les langoustines, aussi.
Surtout la garniture au caviar, ça me fait des ballonnements.
Vous ne savez pas ce que je donnerais pour un bon steak-frites de chez LIDL !
Ha non, vraiment, je le répète, vous ne connaissez pas votre chance, bande de privilégiés !
Aussi, j'espère que vous profiterez comme il faut du week-end radieux qui s'annonce (il sera radieux ici, déjà, c'est un début. Mais bon, j'ai regardé la météo et a priori, vous n'aurez pas de tempête de neige avant mardi. Des veinards, je vous dis !),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Ha mais vous êtes là, vous ?
Hum, pardon, je ne m'y attendais pas, vous m'avez pris de court.
Je veux dire... si vous êtes là, c'est que vous attendez le planning de la semaine prochaine.
Or si vous attendez le planning de la semaine prochaine, c'est que vous avez repris le travail.
Vous.
Bon, ben, ma foi, pourquoi pas ?
En ce qui me concerne, je trouve que c'est une drôle d'idée mais hé, nous sommes au XXIème siècle, qui suis-je pour juger ?
J'ai donc pris quelques minutes pour vous bidouiller un semainier à main levée dans mon hamac, en mode totale impro, j’espère qu'il satisfera vos attentes, je peux bien faire ça pour vous autres, j'y ai encore mis plein de couleurs comme vous aimez.
Tenez, je suis bon prince, je vais même profiter de l'occasion pour vous envoyer, en plus dudit planning, une petite carte postale de mon lieu de villégiature actuel (j'ai dû évacuer l'ancien à cause d'une inondation - ce que l'Océan Indien peut être taquin, quand il s'y met ! -. Heureusement, le directeur du Ritz a été arrangeant : il m'a relogé dans une suite royale sans surcoût, une belle aubaine) :

De rien, ça me fait plaisir, vraiment.
De mon côté, j'ai mis cette troisième semaine de vacances à profit pour faire un peu le tour de l'île, escalader un ou deux volcans (je perds le compte, à force), j'ai même découvert une cité perdue qui portera mon nom (du coup), mais n'allez pas croire que je suis à envier pour autant.
Moi aussi, j'ai mes contrariétés, qu'est-ce que vous vous croyez ?
Par exemple, les températures ici sont infernales : vous ne vous rendrez sans doute pas compte de ce que ça représente, mais il fait déjà 20° à sept heures du matin (enfin, à ce qu'on m'a dit. Je n'ai pas pu le vérifier vu que je me lève tous les jours entre onze heures et midi...). Avec un bon 32 l'après-midi, bon sang, vous imaginez le calvaire ? ! Je passe mon temps en maillot de bain, moi qui adore les doudounes, les écharpes et les engelures ! Pour tout vous dire, je ne me rappelle même plus l'effet que ça fait d'avoir froid. Je me souviens que c'est un peu désagréable, bien sûr, mais rien de plus. Et la pluie, c'est pareil, bon sang ! L'autre jour, y'a un touriste qui en parlait, j'ai été obligé de chercher le mot dans Wikipédia, dites-donc ! J'en perds tous mes repères ! Or c'est important, les repères, alors sachez apprécier la chance qui est la vôtre quand vous devrez gratter le givre sur la voiture lundi !
Autre problème, et non des moindres : j'ai du sable séché entre les doigts de pieds et ça m'irrite la peau. C'est très agaçant. ça m'empêche de profiter pleinement des cocktails exotiques qu'on m'apporte à la plage. En plus, des fois, je fais un faux mouvement et je me colle le petit parasol dans l'oeil. Autant d'ennuis que vous n'avez pas non plus, bande de veinards.
Alors oui, bien sûr, les oiseaux des îles sont très jolis avec leurs plumages arc-en-ciel, mais enfin, il faut aussi savoir qu'ils chantent jusqu'à onze heures du soir, et même si c'est très mélodieux et si je n'ai jamais rien entendu d'aussi beau de ma vie, ça peut vous gâcher le sommeil, des machins comme ça. En tout cas, ça me gâcherait le mien, si j'allais me coucher avant trois heures du mat' (heure à laquelle se terminent les fêtes tribales auxquelles je suis convié).
Ah, et puis je digère mal les langoustines, aussi.
Surtout la garniture au caviar, ça me fait des ballonnements.
Vous ne savez pas ce que je donnerais pour un bon steak-frites de chez LIDL !
Ha non, vraiment, je le répète, vous ne connaissez pas votre chance, bande de privilégiés !
Aussi, j'espère que vous profiterez comme il faut du week-end radieux qui s'annonce (il sera radieux ici, déjà, c'est un début. Mais bon, j'ai regardé la météo et a priori, vous n'aurez pas de tempête de neige avant mardi. Des veinards, je vous dis !),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
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