Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.

vendredi 16 décembre 2022

Les fêtes de Noël, ça rend beau

 Où il y a de la neige, des vacances et de la neige dans l'air, et où les professeurs se font des cadeaux surprise toute la semaine, en se rebaptisant "gorilles" (ceux qui offrent) et "cacahuètes" (ceux qui reçoivent), obligeant le semainier à reprendre du service, après plusieurs semaines d'absence volontaire...

 


Ce furent les pales de l'hélico qu'il entendit en premier.

Se redressant dans son hamac, le Semainier pesta entre ses dents, mit son jeu vidéo en pause, posa sa manette sur la caisse en bois qui lui servait de table de chevet et envisagea un instant de prendre la fuite, avant de se rappeler que les roulements à bille de sa chaise à roulette étaient HS depuis des mois. Il n'irait pas loin sans.

Fichus militaires ! Ils l'avaient retrouvé !

Ce ne serait jamais arrivé s'il était resté caché dans les locaux du rectorat, comme il l'avait fait les deux premières semaines : il ne s'y trouvait plus personne depuis le confinement et avec la possibilité du télé-travail, c'était la planque parfaite, de nombreux fonctionnaires pouvaient en attester, si seulement le téléphone n'y sonnait pas toutes les cinq minutes, et si la petite musique du répondeur ne résonnait pas avec tant de force dans ces grands locaux vides...

Aussi avait-il décidé d'aller se terrer là où nul ne songerait à le chercher, dans un coin du monde isolé, à des milliers de kilomètres de toute forme de civilisation, là où ils ont tourné tous les épisodes de Jurassic Park : l'Ardèche.

Mais ça ne les avait pas arrêté longtemps. Ils avaient dû le repérer lorsqu'il s'était servi de sa carte bleue la veille pour acheter de la confiture de châtaigne à trente euros le pot, seul moyen de subsistance comestible en ces terres reculées.

Et voilà que son ex-supérieur hiérarchique, le Colonel Lafayette, franchissait d'un pas déterminé le seuil de sa petite cabane de torchis (ce qu'il avait trouvé de plus cossu sur le marché) (au sens propre, puisqu'en Ardèche, les maisons s'achètent sur le marché, entre les fruits et les légumes). Il était fait comme un rat en général, et un de ceux qui couraient dans sa cuisine en particulier.

- Sergent Semainier, lâcha l'officier d'une voix solennelle façon Jean Michel B. dans ses vidéos de début d'année. Le collège Jean Roucas a besoin de vous pour sauver Noël.

Mais sa harangue n'eut pas l'effet escompté.

- J'ai pris ma retraite, Colonel, soupira le Semainier, passant la main dans sa barbe de six semaines en caractères gras. J'ai vu trop d'horreurs pendant ces huit années de bons et loyaux services. Trop de h et de y dans les prénoms des élèves. Trop d'écriture inclusive dans les messages des syndicats. Trop de circulaires en langage codé. Trop de bienveillance envers les élèves dans les consignes ministérielles. Ce n'est plus ma guerre, Colonel.

- J'entends bien, concéda ce dernier. J'entends bien. Moi-même, le contact des règles en métal me manque terriblement, plus encore que mon point d'indice ! Mais enfin, Sergent, justement ! Vous ne pouvez pas disparaître comme ça ! Vous êtes le dernier rempart entre nous et la chienlit ! En votre absence, le collège a sombré dans le chaos. Rendez-vous compte ! On a dû voter pour les élections professionnelles ! Certains élèves luttent contre le harcèlement ! Pire encore : pendant toute une semaine, les profs se sont pris pour des gorilles !

Froncement de sourcils en ^ du côté de son interlocuteur.

- Et alors ? Moi aussi, ça m'arrive souvent, dans l'intimité. Je me frappe sur le torse en hurlant et j'essaie de grimper aux a--

- De gentils gorilles. Plein de gentilles attentions pour leurs victimes, qu'ils appelaient des "cacahuètes".

Aussitôt, toutes les couleurs du Semainier virèrent au pastel, ce qui était sa façon à lui de blêmir.

- Mais quelle horreur ! J'ai bien fait de prendre ma retraite. Juste à temps ! Et ces gens prétendent être profs ?

- Pourquoi dites-vous ça, Sergent ?, s'indigna son ex supérieur pour la forme, même s'il n'en pensait pas moins (comme tous les gens qui ne sont pas profs).

- Ils n'y connaissent visiblement rien en gorilles. Les gorilles, dans la nature, ils ne font pas de cadeaux à leurs cacahuètes. ILS LES BOUFFENT.

- C'est peut-être prévu dans un second temps ?

- Ben revenez me chercher à ce moment-là, alors. C'est tout à fait mon genre de convivialités. Ce sur quoi il marqua une pause pensive, et puis : Non parce que j'y ai participé, à leur truc, là, dans ma jeunesse. ça s'est très mal passé. Regardez ça : j'ai conservé la photo.



- C'est vous ça ?

- Faites pas attention. C'était les seventies. On ne s'épilait pas, à l'époque. C'était avant les Kardashian.

- Non, je veux dire... vous étiez en noir et blanc ? Comme la pensée des gens sur Twitter ?

- Ha non. Il y avait quelques nuances de gris, quand même. Mais moins de cinquante, néanmoins. On n'était pas des animaux  non plus !

- Parce que c'est pas des animaux, les gorilles ?

Le Semainier fixa le Colonel d'un air navré.

- Vous êtes sorti major de votre promo, vous, non ?

- Non. Je suis sorti Colonel. Et je n'achète jamais rien en promo. On est toujours déçu.

D'un commun accord avec lui-même, l'autre décida de ne pas relever.

- Bref. Tout ça pour dire qu'avec ces histoires de gorilles, ça ne se termine jamais bien. Ce n'est pas pour rien si Brassens nous met en garde dans sa chanson.

- "Chanson pour l'Auvergnat" ?

Soupir.

- "Gare aux gorilles".

- Ha non, je vous arrête. La chanson c'est : "gare aux morilles". Je le sais, mes parents me la chantaient sans arrêt. Ils étaient allergiques aux champignons. Mais je comprends que vous ayez pu confondre. ça restera entre nous. Il ne faudrait pas que les gens apprennent que vous êtes homophobe...

Dans un premier temps, le Semainier faillit s'étouffer. Dans un second temps, il faillit étouffer le Colonel.

- Vous pouvez répéter ça ?

- Ben oui. Gorille, morille, c'est homophobe. ça se prononce presque de la même façon.

- HomoPHONE.

- Non merci, je suis très content de mon Samsung. Mais c'est gentil d'avoir proposé.

Un silence.

- Et si vous en veniez au fait ? On ne va pas y passer la nuit.

- Dommage. Les heures sont payées double.

- Bon sang, mais vous allez la cracher, votre pastille, à la fin ?!

Le Semainier regretta d'avoir utilisé cette expression quand il se prit la Valda du Colonel dans l'oeil. Mais il ne broncha pas, de peur d'attraper une bronchite, car c'était de saison.

- Les gens vous ont cherché, Sergent. Ils se sont sentis perdus, sans vous. Ils ont même diffusé des avis de recherche...

(cliché authentique de provenance quasi-anonyme)

- 10 dollars ? Radins, les mecs, quand même. A peine le double de mon salaire de catégorie C.

- Hélas, les caisses de l'Etat sont vides, mon bon Sergent. Nous ne pouvons pas nous permettre de vous rémunérer davantage. Ou alors, en Snickers. Tenez. Voici un premier acompte. 

Tendant une lourde mallette en skaï à son ancien subordonné, le militaire la déverrouilla fébrilement.

- Attention en manipulant ça, ajouta-t-il, nerveux. Il y a assez de sucre là-dedans pour anéantir un petit pays indépendant, genre la Corse ou la Bretagne.

 
(cliché authentique de provenance extra-établissementaire identifiée)


Mais le Sergent Semainier n'est pas un meuble Ikéa : il ne se démonte pas.

- Vous pouvez acheter mon estomac, Colonel. Il est sur Ebay. Mais vous ne pourrez jamais acheter mon âme.

Sentant que les négociations tournaient au jus de boudin, ce dernier décide de jouer le tout pour le tout, tandis que son estomac gargouille haut et fort.

- Ressaisissez-vous, Sergent Semainier. L'heure est grave ! Si vous n'êtes pas là pour dire la vérité aux parents sur leur progéniture, tous les enfants du collège auront des cadeaux à Noël !

- Tous les enfants du collège méritent un cadeau de Noël, Colonel.

Inattendue, la réplique jette un froid à température ambiante.

- Vous avez changé, Sergent Semainier.

- Un Bescherelle. Et un cahier de vacances niveau CE1-CE2, pour ceux qui passent le Brevet à la fin de l'année. Histoire qu'ils l'aient avec mention.

- Ha. Ouf. Vous m'avez fait peur. Me voilà rassuré. Je constate que vous êtes toujours en forme.

- Je m'entretiens. Je fais des pompes tous les jours.

- Vous êtes devenu cordonnier ?

- Pas du tout. Maroquinier. C'est comme ça que je gagne ma vie, maintenant. Mais c'est presque pareil.

Un avis que le Colonel ne semble pas partager.

- Laissez le Maroc en dehors de ça, Sergent. Il a assez souffert pendant la coupe du monde.

Nouveau soupir du côté de son interlocuteur..

- Vous bénéficiez d'un PAP, vous, non, au collège ?

- Comment le savez-vous ? Je suis dyscognitif. Je souffre d'une incapacité totale à mettre deux éléments de savoir en relation l'un avec l'autre. On appelle ça le syndrome de la Méthode Globale. C'est très répandu. C'est comme ça que je suis devenu Colonel.

- ça se tient.

- Une grenade ?

- Quoi ?

- Vous me dites, "ça se tient", j'essaie de deviner de quel objet vous parlez.

- Ha oui, quand même. Si j'étais vous, j'éviterai de sortir sans mon AESH, Colonel. Vous vous mettez en danger.

- En danger, c'est mon deuxième prénom.

- Très drôle.

- Ha mais si. Je vous assure. Mes parents m'ont appelé John Endanger Lafayette. En hommage aux galeries. Ce sont de grands sentimentaux.

Le Semainier s'apprête à le cingler d'une répartie bien sentie, mais se ravise in extremis.

- Remarquez, c'est pas pire que les noms de nos élèves. Elle est toujours en 4ème3,  Daenerys du Typhon La Typhon-née La Mère des Dragons L'Imbrûlée Mhysa Briseuse de chaînes ?

- Oui mais son père s'est remarié en cours d'année avec la sœur de la voisine de sa grand mère maternelle. Donc maintenant elle s'appelle Daenerys Dupont.

- La pauvre. ça doit être dur à porter. 

L'ironie passe au-dessus de son interlocuteur comme un vol d'oies sauvages.

- N'essayez pas de gagner du temps, Sergent. Je vois clair dans votre jeu.

Ce que confirma ledit interlocuteur, en jetant un coup d’œil à la télé et à sa console toujours en pause.

- C'est normal, c'est Resident Evil. Vous m'avez dérangé en pleine partie.

Le Colonel plissa les yeux, sous le coup d'une intense réflexion niveau 4ème.

- Mais qu'est-ce que vous racontez encore ?

- Vous voyez Claire. Dans mon jeu. Claire Redfield. C'est normal. C'est le nom de l'héroïne.

- Parce que vous vous droguez, aussi ? Mais ressaisissez-vous, bon sang ! Vous êtes devenu une épave, Sergent Semainier ! Encore un peu et on vous vendra sur LeBonCoin avec la mention "état neuf" !

- Si je viens avec vous, vous acceptez de fermer votre grande bouche ?

Nouveau silence.

- Impossible. Je ne sais pas respirer par le nez. J'ai arrêté l'école avant qu'on m'apprenne comment faire.

- Quel niveau ?

- Deuxième année de fac. Après l'U.V. sur les lacets à floches.

- Ha oui. Donc même les additions à deux chiffres...

- ...j'avoue, c'est chaud. C'est niveau doctorat, maintenant. Et je ne me sentais pas de faire médecine.

Pour le Sergent Semainier, ce fut la goutte d'eau-de-vie qui fit déborder le vase de Soissons.

- Bon, vous avez gagné, j'accepte de revenir, exceptionnellement. Parce que c'est Noël et qu'il faut bien quelqu'un pour plomber l'ambiance.

En réaction à quoi le Colonel s'illumina comme un arbre de Noël en plastique de chez Lidl.

- Ha mais vous débouchez les canalisations, aussi ? Vous savez donc tout faire !

Encore un soupir.

- Plomber, pas plombier.

- Oui, oui, c'est ça. Vous êtes mon plan B.

- Oh la vache. C'étaient pas des bobards, ces histoires de dyscognitie, dites-donc.

- "C'étaient pas des bobards, ces histoires de dyscognitie".

- Quoi ?

- Ben vous venez de me dire de dire "c'étaient pas des bobards, ces histoires de dyscognitie".

- Vous savez quoi ? Je suis surpris que vous ne soyez que Colonel. Vous êtes sacrément gra--

- Gradé ?

- J'allais dire gratiné, mais ça fonctionne aussi. Bon et alors, ils sont où, les gamins ?

- Ha mais ils sont déjà tous partis. Réunions familiales exceptionnelles. Tous. Sur les pistes de ski. A partir du 8 décembre.

- Et les profs ne l'ont pas trop mauvaise ?

- Si. Parce que du coup, ils sont obligé de partager leur tire-fesses.

Incrédulité du côté du Sergent Semainier, ses yeux ronds comme des soucoupes volantes.

- Mais pourquoi je reviens, alors, s'il n'y a plus personne dans l'établissement ?

- Mais enfin, ça tombe sous le sens, pardi ! Pour leur gâcher les vacances en leur annonçant ci-joint le planning de la rentrée !

- Ha oui. Bien vu. J'aime. Laissez-moi juste le temps d'enfiler du Times New Roman caractères 12, et je vous suis.

- Je reconnais bien là votre élégance légendaire. Toujours aussi tiré à quatre épingles.

- Forcément. Avec du scotch, je ne tiens pas, sur le tableau en liège en salle des professeurs.

Dans l'euphorie du moment, le Colonel s'emballe alors comme un cadeau de Noël à la sortie du Cultura. 

- En plus, si ça se trouve, la France va perdre contre l'Argentine dimanche ! Imaginez un peu ! Certains profs pourraient ne pas s'en remettre ! Et pensez à tous ces élèves à qui ça ferait de la peine ! Ces larmes de déception ! Ces carrières de futurs sportifs brisées en plein élan !

- STOOOOP ! N'en dites pas plus ! Vous m'avez rendu foi en l'esprit des fêtes de fin d'année ! Je me sens... renaître ! Comme si j'avais été réalisé sous Excel 2021, sur un ordinateur mis à jour, comme ils ont dans le Privé ! ça va saigner ! Ho ! Ho ! Ho ! D'abord, Noël ! Ensuite, la Saint Sylvestre !

- ...Stallone.

- Pardon ?

- La Saint Sylvestre Stallone. Vous savez... Rocky... Rambo... comme dans la Bible...


Et c'est sur ces bonnes paroles, mais sans plus de commentaires, que notre héros ragaillardi s'avança vers l'hélicoptère, le Colonel sur ses talons (au sens propre, puisque notre héros lui a volontairement marché dessus en quittant sa cabane, incrustant "malencontreusement" son visage sous sa semelle).

Hélas, l'hélicoptère était loué à l'heure et le pilote payé sur le crédit de la deuxième session Devoirs Faits, de sorte qu'à mi-chemin, le Semainier fut débarqué et dû regagner le collège par ses propres moyens, forcément limités tant sur le plan physique que financier, mais c'est une autre histoire que nous vous raconterons une autre fois.


Vous souhaitant de très bonnes vacances et de très belles fêtes, malgré la victoire méritée de l'Argentine ce week-end et l'annonce de la retraite anticipée de Griezmann.

Mais hé ! Vous vous consolerez en regardant le replay de l'élection de Miss France... au moins, celle-là, la France est sûre de la gagner (mouhaha).


Bien cordialement,

 

--
Le barbouze de direction

lundi 24 octobre 2022

Trepalium

 Où qui dit permanence administrative dit "bientôt les vacances", et où c'est clairement PAS TROP TÔT !


Bonjour à tous ceux qui, comme moi, sont dans l'éducation nationale pour les vacances scolaires, et qui se sont trouvés fort dépourvus quand on leur a parlé de cours à préparer, copies à corriger et autres parents à contacter (une déconvenue à la hauteur de celle éprouvée par le Docteur Faust lui-même au lendemain de la signature de son CDTI) (contrat à durée TRES indéterminée)...

Parce qu'hélas, oui, rares sont ceux d'entre nous qui ont eu la présence d'esprit de se réorienter à temps dans, disons, par exemple, au hasard, un poste de testeur de matelas chez Dunlopilo, de dompteur de marmottes en Haute-Savoie ou (moins ambitieux, mais plus facile d'accès) de secrétaire administratif dans la Fonction Publique, comme votre serviteur (parfois au figuré, et parfois au sens propre).

Parce qu'au risque de m'attirer vos foudres, même si par extraordinaire je souhaitais ramener du travail à la maison, je ne sais pas, moi, parce que je serais dépressif, masochiste, parce que j'aimerais me faire du mal ou parce que je voudrais me punir pour les péchés de mes vies antérieures (ou pour les méchancetés que j'écris dans mes messages de semainier) ; même si, donc, écrivais-je, j'étais tenté de ramener du travail à la maison, cela me serait matériellement impossible en vertu du principe de réalité qui veut que pour pouvoir ramener quelque chose chez moi (ici : du travail), il faut que ce quelque chose existe ailleurs que dans mes pires cauchemars... or vu que je suis fonctionnaire, du travail, ce n'est pas demain la veille que j'en aurais, selon un sondage Ipsos-Sofres-Les-Chevaliers-du-Fiel. Et de toute façon, dans le cas contraire, je connais l'astuce, je le refilerais à mon collègue du secrétariat élèves, "dans une optique de mutualisation des services en vue d'une optimisation des forces vives de l'établissement". Et oui, les enfants, prenez-en de la graine... fonctionnaire, c'est un métier.

Pour preuve : alors même que vous n'avez rien demandé et que, quand vous me demandez des trucs, je ne les fais qu'une fois sur deux, je vous en rajoute encore une tartine en vous envoyant ci-joint le planning de la semaine de la rentrée, que pour ma part je n'ouvrirais pas une seule fois des quinze jours à venir puisque je ne suis pas concerné. Ha ha. C'est qui le taulier ? !

Et pendant que vous ferez la même tête que le Cri de Munch et que vous vous lamenterez en découvrant son contenu plus chargé qu'un pilier de bar PMU ("le vendredi va vous étonner", comme ils disent sur internet), moi, je serais en train de me dorer la pilule sous le soleil de Mexico (pas parce que je roule sur l'or ou parce que je suis un globe-trotter, mais parce que j'ai un casque de réalité virtuelle, et que c'est quand même bien pratique quand on a les revenus d'un intermittent du spectacle - ce qu'on est bel et bien, d'une certaine manière, ces petits messages en sont la preuve objective). 

Vous souhaitant donc de très bonnes vacances, réelles ou virtuelles,

Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

vendredi 14 octobre 2022

Soupe à la grimace

Où une nouvelle semaine TRES dense se termine sur un fait divers consternant, m'offrant là l'occasion de tirer un trait sur mes errements de la semaine dernière.

 

Bonsoir à tous et avant toute chose, prenez une grande inspiration, puis une autre, et encore une, c'est la maison qui régale (n'oubliez toutefois pas d'expirer entre deux si vous ne voulez pas passer le week-end aux urgences).

En effet, vos craintes ne sont pas fondées, vous pouvez poursuivre la lecture de ce message l'esprit tranquille (quand je dis que vos craintes ne sont pas fondées, que ce soit clair : je parle de celles que vous auriez pu éprouver à l'idée de m'entendre "chanter" à nouveau - désolé, il n'y a pas de verbe dans le vocabulaire humain qui pourrait traduire l'abomination que j'ai commise la semaine dernière -, pas de vos craintes comme quoi la terre pourrait être creuse et habitée par des lutins qui gouverneraient le monde en cachette. Ces craintes-là sont tout à fait fondées, elles).

Car je sais que vous avez ouvert ce courriel d'un clic tremblant (environ 8 sur l'échelle de Richter, les sismographes sont formels) (ne niez pas, je l'ai senti de chez moi), terrifié à l'idée que je pourrais repousser la chansonnette, et les limites de vos tympans par la même occasion.

Aussi vous rassuré-je sans préambule : la cour de cassation a tranché, j'ai reçu une injonction à ne pas approcher un micro à moins de deux cent mètres. Or même en criant très très fort (j'ai essayé), à deux cent mètres, on m'entend à peine sur la bande audio. Je ne peux donc désormais plus tenter que des reprises de Carla Bruni, essentiellement pour un public de chauve-souris et de chiens policiers. Ce qui reste mieux que la pauvre Lorie ces temps-ci, puisqu'elle ne chante plus que pour les retraités du rayon fruits et légumes de l'Intermarché de Racoon-City-sur-Essonne

Las ! Cette décision de justice aura mis un terme prématuré à mon projet d'album, au grand dam de tous les agriculteurs m'ayant écrit des messages de remerciements pour la pluie de samedi dernier, et m'ont témoigné leur reconnaissance en pommes de terre et en choux fleur. J'ai d'ailleurs cru d'abord qu'ils m'en voulaient à mort et que c'était une forme de punition de leur part mais non, à ma grande surprise, renseignements pris, ils considéraient vraiment ça comme des cadeaux. Du coup je me suis noté dans mon calepin de ne jamais me les mettre à dos parce que j'ignore ce qu'ils me réserveraient dans ce cas-là. Sans doute la même chose, mais blette. Ou pire : des choux de Bruxelles.

Et donc mes espoirs de fuir l'Education Nationale en perçant dans le milieu artistique ont été balayés par cette odieuse cabale, orchestrée contre moi par l'Association des Professeurs de Musiques Libres, société secrète grâce aux efforts de laquelle Calogero n'a pas encore pu intégrer le répertoire de nos spectacles de fin d'année (merci). Ce qui vaut peut-être mieux pour moi, d'ailleurs,  parce qu'en 2022, artiste, ce n'est plus ce que c'était, mieux vaut faire Kardashian, c'est une source d'inspiration pour les jeunes et en plus pour réussir dans cette branche, il suffit de se faire injecter des trucs dans des machins et ça, je sais faire, je n'arrête pas ces derniers temps, avec cette histoire de Covid, je suis rodé à l'exercice. Ou en tout cas : je me pique de l'être, ce qui constitue un bon début.

Pour preuve : à ceux d'entre vous qui se demandent le lundi matin si dans la société du troisième millénaire, leur métier sert encore vraiment à quelque chose, et s'il ne vaudrait pas mieux qu'ils se collent la tête sous le coussin et ignorent le réveil (ça ne m'est jamais arrivé à moi, bien sûr, mais j'ai un très bon ami qui vit ça régulièrement), je livre cette anecdote toute fraîche piochée dans l'actualité du jour (professeurs d'Arts Plastiques, pour votre bien-être moral, ne lisez plus, sautez directement à la fin du message, là où je copie-colle mon RIB pour encourager vos généreux dons) : dans un musée anglais, les fameux Tournesols de Van Gogh ont été arrosés à la soupe industrielle par deux jeunes militantes écolo, qui se sont ensuite gluées les mains au mur pour faire un discours sur la faim dans le monde, la fin du monde, et toutes les étapes intermédiaires pouvant conduire de l'une à l'autre. Et alors moi je dis, elles auraient eu des vrais profs dans leur scolarité, ou des vrais parents, on aurait évité le drame. Parce que déjà, la soupe à la tomate industrielle, ça se marie très mal avec les tournesols, le goût de la tomate est beaucoup trop fort, ça gâche celui des tournesols (à part s'ils sortent de chez Monsanto, auquel cas ils ont celui du Royal Deluxe avec supplément frites à volonté, mais c'est un autre débat)... Un acte qui dénote d'un manque d'appétence manifeste pour les arts culinaires (en plus des arts plastiques), même si on sait très bien que nos amis anglais ont quelques handicaps sérieux en la matière (on peut se réjouir d'avoir au moins échappé à leur abominable custard cream, de triste réputation. De quoi nous rappeler qu'au collège Jean Roucas, nous avons la chance d'avoir une super équipe en cuisine, qui va encore régaler nos élèves plus qu'ils ne le méritent lors du Grand Repas de jeudi - cf. le semainier ci-joint).

Pour rappel, le 30 mai dernier, c'était la Joconde qui prenait une tarte à la crème.

Ce que cela indique quant à l'évolution de nos mentalités, de la part de personnes qui, de toute évidence, peinent ne serait-ce qu'à teindre leurs cheveux en mauve convenablement ? Je laisse chacun juge, même si je n'en pense pas moins. 

Toujours est-il que fort heureusement, et pour rassurer les âmes sensibles, ces toiles sont exposées derrière des vitres de protection, elles sont par conséquent intactes. Le monde, lui, a toujours aussi faim. Raison pour laquelle je compte sur vous pour apprendre à vos élèves à définir des objectifs réalistes et à mettre en place des stratégies adaptées pour les atteindre, avant qu'on ne les retrouve glués sur les ailes d'une éolienne. Et enseignez-leur à respecter l'Art, accessoirement.

Vous souhaitant un week-end post-impressionniste, et de la soupe à la tomate du marché dans votre bol plutôt qu'en conserve sur les murs de votre intérieur,

Bien cordialement,


-- 
 
le secrétaire de direction

vendredi 7 octobre 2022

Moi (l'autre), Beau et Gentil

Où après trop de véhémence, la semaine dernière, une nouvelle semaine à assumer un double poste amène son lot de mea culpa.

 

Bonsoir à toutes et tous car oui, le soir est bon, le soir est doux, les oiseaux chantent, vous êtes tous beaux, je vous aime sans réserve !

J'aime le collège, j'aime le travail, j'aime les mandatements administratifs, j'aime la nouvelle sonnerie, j'aime les cris des élèves, qui sont musique à mes oreilles (une sorte de Dark Metal chanté par des Chipmunk, mais hé ! C'est un concept...), j'aime les comptes pronotes, j'aime les coupons de bourse, j'aime les circulaires, j'aime ma fonction, de façon certes très platonique et sans transports émotionnels ("vas donc, je ne te hais point !" disais-je ce matin encore à mon contrat de travail), je ne suis, vous l'aurez compris, qu'amour et bienveillance envers mon prochain, ma prochaine et tous ceux qui viennent après (prenez un ticket). Et je vous remercie chaleureusement car vous avez été nombreux à faire remonter mon message de la semaine dernière aux autorités rectorales, lesquelles ont eu la gentillesse de m'envoyer un psychologue commis d'office, le médecin du travail, un avocat, des huissiers de justice, grâce auxquels j'ai pu obtenir ces petites pilules roses et bleues qui ont chassé mes idées noires et eu raison de mon mauvais esprit !

Je réalise après coup combien j'ai été dur, et injuste, envers, entre autres et sans caractère limitatif : les Ardéchois, les Drômois, les parents, les élèves, l'administration, mes collègues, ma famille, Jul, le point d'indice, Philippe Bouvard, les êtres humains, les choux de Bruxelles, les Anneaux de Pouvoir et moi-même. Je ne me vois plus "moche", d'ailleurs, mais "physiquement aventureux". Et ça change tout !

Plus rien ne m'affecte, plus rien ne me fâche.

On m'a volé ma belle paire de ciseaux rouge et mon coupe-papier cette semaine ? Pas graaaaaave ! ça me fera une excuse pour en faire ENCORE MOINS, holala. Si quelqu'un parmi vous veut découper tout son saoul jusqu'à ce qu'épuisement s'ensuive, qu'il le fasse, il a ma bénédiction !  S'il n'y a que ça pour lui faire plaisir, ça me fait plaisir aussi !

Les coupons de bourse ne sont pas rendus dans l'ordre alphabétique ? Pas graaaaaaave ! L'ordre alphabétique, ça intéresse qui, encore, en 2022 ? L'ancien moi aurait même ajouté que l'alphabet était discriminant envers  les Ardéchois mais c'est fini tout ça ! J'ai été un vilain garçon et je fais amende honorable ! C'était la dépression et le surmenage qui parlaient à travers moi. Grâce aux efforts conjoints de la chimie et des majors pharmaceutiques, que j'aime aussi de tout mon cœur et qui n'ont que mon bien-être à l'esprit, je suis un homme nouveau. A ma fenêtre, les rouge-gorges chantent, les moineaux dansent, leur plumage dégoulinent de coloris fluos (assorties au semainier joint et aux bonbons Haribo qui traînent sur la table), les étincelles pétillent dans l'air, les yeux des lapins au pied de ma chaise me font comme des appels de phares, les souris sortent des murs en file indienne (pardon : natives américaines) et chantonnent en alexandrins, tout en m'aidant à classer mes dossiers directement à la poubelle (contrairement au panda qui, lui, n'a rien fichu en deux semaines, à tel point qu'au comble de son inaction, on aurait dit l'ancien moi).  En plus, avec la perspective du retour de mon collègue lundi, terminé le burn-out, je me sens comme, je ne sais pas... une princesse Disney, oui, voilà ! Grâce aux pilules magiques, je suis une princesse Disney, à présent, et je le prouve :

 


 (avant de cliquer, assurez-vous tout de même que vous êtes bien couverts par la MGEN, y compris pour les dégâts des eaux).

Aussi, je peux le crier haut et fort en lançant les coupons de bourse partout dans le bureau : l'ordre alphabétique n'est qu'un honteux vestige du patriarcat ! Plus personne ne veut de ça aujourd'hui ! Je propose qu'on le remplace par des compétences, ou un code couleur, ou au moins qu'on classe plutôt les prénoms par grandes familles étymologiques, histoire de différencier ceux qui viennent de Games of Throne (ceux avec les Y, les H, et les apostrophes, comme Mylliyanah-Elyannah-de-Melniboné ou Sire Loeric-Pourfendragon, pour ne citer que les plus usités), ceux des séries américaines des années 90 (Brendon, Brenda, Brandy, Brangelina, Branlebadecomba, tous tristement passés de mode), ceux tirés de jeux vidéo (Mario, Luigi, Tortu-Ningeat) et ceux qui n'ont d'autre finalité que de valoir mot compte triple au scrabble (mais si, vous savez bien, ces fichus mots dont personne ne sait ce qu'ils veulent dire, pas même ceux qui les posent, mais qui "sont dans le dictionnaire, si, si, t'as qu'à vérifier")... et après, on se demande pourquoi il y a davantage de dyslexiques et de dysorthographiques chaque année (Dysorthographique, tenez, ça ferait un joli prénom, ça.  Si un jour j'ai une fille, je l’appellerai comme ça. Et si c'est un garçon, je l’appellerai "Référentiel bondissant", ça lui ira comme un gant), mais quand déjà, dès la maternelle, tu dois galérer pour te souvenir de la place du y, du h et de l'apostrophe dans ton prénom, tu pars avec un gros handicap dans ta vie (une petite pensée au passage pour les auteurs de Fantasy qui vont avoir beaucoup de mal à trouver des noms "exotiques" pour leurs héros dans les années qui viennent, à moins de prendre le parti-pris inverse et de les appeler Robert ou Gudule. Après, bon, Robert le barbare, ça sonne moyen, mais il devrait y avoir un public malgré tout, au moins en France).

Mais las ! Je sens que le mauvais esprit revient, vous auriez dû m'interrompre, enfin, allez, je reprends deux pilules à titre préventif. Hop là. Au goût, je dirais Mangue-Papaye-Aluminium. Y'a un petit goût.

Et je veux dire, même les élèves, j'ai été dur avec eux, j'ai pu écrire par le passé qu'ils étaient bruyants et que leurs résultats n'étaient pas forcément toujours à la hauteur de ce qu'on serait en droit d'attendre d'eux (vilain Laurent joufflu !) mais je les vois différemment, maintenant (avec les yeux ouverts, déjà, ça change la vie, même si ça fait bizarre les premiers temps). Car on n'apprend pas aux poissons à grimper aux arbres, je l'ai lu sur internet. Je n'ai pas bien compris le rapport parce que nos élèves n'ont pas de branchies et qu'ils ne savent pas tous nager non plus, d'autant que moi aussi, je ne sais pas grimper aux arbres, mais je sais désormais que s'ils ne veulent pas aller à l'école, ce n'est pas parce que n'importe qui d'un peu censé préfèrerait rester sous sa couette à jouer à Fortnite plutôt que de se mettre un coup de chaussure au derrière pour aller s'enfermer des heures dans une salle de classe, mais parce qu'ils souffrent d'un trouble de l'opposition (tm). Si vous ne me voyez pas lundi à 8 heures, ne vous posez pas de question. De même, si leurs résultats ne sont pas toujours bons, pour faire dans la litote, ce n'est pas parce qu'ils ne travaillent pas assez, mais parce qu'ils ont un Haut Potentiel Emotionnel (tm) qui les empêchent de s'intégrer dans le cadre sclérosant de l'Education Nationale. Si je ne suis toujours pas là lundi à 8h10, vous saurez quoi penser. Mais bon, grâce à mes nouvelles meilleures amies les pilules, je compatis. A tout. Tout le temps. Par tous les temps.

Mon cœur n'est plus que bienveillance. Au moins jusqu'au lundi en question.

Vous souhaitant un week-end euphorisant (bien que pluvieux, si vous avez cliqué sur le lien Youtube),

Bienveillamment vôtre,

-- 
 
Le secrétaire de direction

jeudi 6 octobre 2022

- 50% sur les crédits pédagogiques

 Les professeurs ne s'étant pas bousculé pour solder leurs crédits pédagogiques suite à mon dernier message, il me faut relancer. Or il se trouve qu'on l'aura compris, en ce moment, je n'ai pas vraiment que ça à faire, alors je vais direct aux fondamentaux...

 

A l'attention des professeurs du collège Jean Roucas,


Bonjour à tous,

Pour faire suite à mon mail du 19 septembre, je vous rappelle que vos crédits matière 2022 arrivent bientôt à péremption.

Par conséquent, si vous avez des commandes à faire pour cette fin d'année, il est impératif de les avoir passées (en accord avec M le Gestionnaire, ça va sans dire) avant les vacances de la Toussaint.

Et j'insiste sur la préposition "avant" qui accompagne la locution "vacances de la Toussaint", ici, car elle est d'une importance capitale, dans la mesure où on m'a fait comprendre de manière explicite que quiconque se présenterait la bouche en cœur le vendredi 21 octobre ou le lundi 24 repartirait avec une empreinte de chaussure taille 42 tatouée sur le visage. 

Mais avec bienveillance.

Restant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, et vous souhaitant une bonne journée,

Bien cordialement,

--

 

Le secrétaire de direction


Coupon court

 Où le retour des coupons de bourse se fait au compte-goutte et où je commence à sentir la moutarde extra-forte me monter au nez...

 

A l'attention des professeurs principaux du Collège Jean Roucas,


Bonjour à tous,


Il nous manque encore le retour de certaines classes au niveau des coupons de bourse, aussi me permets-je  (elle est chelou, cette tournure, non ?) de battre le rappel car il faudrait nous les rapporter sans délais, pour traitement à notre niveau (et quand j'écris "notre" niveau, je veux dire "mon" niveau à moi tout seul, depuis deux semaines tout rond).

L'occasion pour moi de rappeler quelques préalables, que mon collègue est trop gentil, trop poli et trop plein d'énergie pour souligner habituellement :

- Dans la mesure où à l'impossible nul n'est tenu, vous pouvez nous les rapporter MÊME si vous n'avez pas réussi à tous les récupérer, l'exercice n'est pas noté. Bon, bien sûr, si vous ne nous en rapportez que quatre ou cinq, vous aurez un avertissement travail et un mot dans le carnet, mais ce n'est pas comme s'ils pouvaient geler le point d'indice encore plus fort, si ? (il faut vraiment que j'arrête avec ça, ça devient redondant).

- Les ramener dans l'ordre alphabétique, c'est mieux. N'oubliez pas que le personnel administratif, c'est un peu comme les yaourts au bifidus, en moins appétissant : si vous vous souciez du secrétariat, le secrétariat se soucie de vous. Alors oui, je sais que c'est pénible et contraignant, mais si ça l'est pour une classe, imaginez un peu ce que ça donne pour plusieurs à la fois. Avec Rémi, chaque année, on se sert de ça comme baromètre pour déterminer quels profs nous aiment à peu près bien et lesquels nous détestent à mort. Méfiez-vous. Nous tenons nos tableaux à jour.

- Les ramener avec leur liste de pointage, c'est mieux aussi. Parce qu'on doit re-pointer derrière et oui, on peut bien les réimprimer mais "avec-la-crise-du-papier-et-les-arbres-qu'on-abat" (vous connaissez la chanson), ce n'est pas super écolo-friendly non plus. En plus on est trop occupés à râler sur les coupons rendus dans le désordre pour lancer de nouvelles extractions.

Après, je comprends tout à fait que tout ceci soit contraignant, que cela se rajoute à des semaines de travail déjà chargées et que cela paraisse finalement très anecdotique, à votre niveau, voire superflu, voire carrément casse-organes-de-votre-choix (ça l'est pour nous aussi, mais chut, ça reste entre nous !), et que de nombreux parents s'en fichent comme d'une guigne "parce qu'ils n'y ont pas droit de toute façon" (ils ont droit à des codes Pronotes et à des certificats de scolarité en début d'année, ça ne les empêche pas de nous les redemander trente fois dans l'année, par contre, et là il les leur faut toujours pour avant-hier) ; mais ce sont des documents importants, qu'il nous faut traiter et conserver, surtout depuis que la société moderne a transformé les réclamations juridiques en discipline olympique, et la moindre approximation administrative en potentielle source de revenu financier.

Non et puis moi, bon, voilà, je suis un vieux râleur mal embouché, mais mon collègue revient lundi et il va avoir quand même pas mal de boulot à rattraper, donc autant lui simplifier un peu la vie, non ? Il est gentil, Rémi. Poli, plein d'énergie. Faisons donc en sorte que ça dure... :)

Vous en remerciant par avance,


Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétariat de Direction

vendredi 30 septembre 2022

Moi, Moche et Méchant

 Où après une semaine à assumer deux postes à soi tout seul dans l'indifférence quasi-générale, on se sent subitement enclin aux mises à mort symboliques.

 

 

Bonsoir à tous,

Faute de temps et d'énergie, comme de tout ce qui fait habituellement le lien entre les deux à un niveau subatomique, je ne suis pas en mesure d'accompagner le planning de la semaine prochaine d'un petit mot amusant (ou ayant vocation à l'être, pour le meilleur et pour le pire). J'en entends déjà sortir le champagne d'ici, qu'ils boiront dans des coupes Louis Vuitton le petit doigt en l'air, ce qui m'aurait profondément peiné si cette semaine n'avait pas eu raison de mon humanité, me changeant en une boule de stress et de haine absolue envers tout ce qui se rapporte de près ou de loin à du travail administratif (incluant, mais sans s'y limiter, le film des Douze Travaux d'Astérix).

Aussi invité-je les quelques esprits dérangés à qui ce bout de prose pourrait manquer (ce qui vaut déjà pour un diagnostic clinique en psychiatrie, sans vouloir les alarmer) à composer leur petit message d'accompagnement eux-mêmes, en suivant scrupuleusement le tutoriel ci-après :

- Commencez par évoquer de façon grinçante la haine profonde que vous vouez à tous les êtres humains de moins d'un mètre vingt et/ou de dix huit ans scolarisés dans le système public en général, et au collège Jean Roucas en particulier, en insistant bien sur leur caractère bruyant et la profonde vacuité sonore de leurs goûts musicaux. Taclez Jul au passage, parce que l'univers l'a créé exprès pour ça, c'est sa finalité ontologique. N'ayez aucune limite : non seulement les gens penseront que vous plaisantez alors que vous ne faites qu'exprimer là toute l'acrimonie que ces êtres incultes et braillards vous inspirent, mais ils penseront par déduction que vous appréciez les êtres humains de plus d'un mètre vingt et/ou de dix huit ans, dont ils font partie, ce qui est faux, complètement faux, bien sûr, mais ça restera entre vous et votre conscience rongée par l'amertume de dix années de secrétariat administratif.

- Faites des phrases à rallonge et blindez-les de virgules. Ne regardez pas à la dépense, elles ne vous seront pas facturées et ça vous donnera un petit côté Proust qui flattera votre ego. Pensez bien à glisser ça et là quelques expressions du XIVème siècle (14ème, pour toi, là bas, au fond, qui me regarde avec perplexité, et que je hais encore plus que les autres), pour bien confirmer publiquement votre statut d'inadapté social.

- Placez également quelques références geeks dont vous serez à peu près sûr que personne ne les comprendra, histoire de passer pour un fou, au mieux, ou pour un ado attardé, dans le pire et le plus lucide des cas (ou éventuellement pour Scott Pilgrim, aux yeux des autres ados attardés de l'établissement).

- Si vous peinez à trouver l'inspiration, faites une vanne sur les ardéchois, ça marche à tous les coups. Par exemple : les ardéchois et l'électricité, les ardéchois et internet, les ardéchois et les lances en silex. Les drômois seront tous hilares, et les ardéchois ne le prendront pas mal vu qu'ils ne savent pas lire. CQFD.

- Faites aussi une vanne sur les drômois parce que maintenant que vous êtes partis pour vous mettre tout le monde à dos, autant faire les choses bien. Ils savent lire, les drômois, au fait ?

- Agrémentez votre texte de quelques calembours tellement tirés par les cheveux qu'ils vous feront mal à la boîte crânienne (Bac +5 Philippe Bouvard conseillé). Exemple : "et tout de suite, nous allons prendre un appel de Madame Lapeyre, de Ski" (hé, qu'est-ce que vous croyez ? Je suis un gentleman).

- Dénigrez-vous un peu, des fois que cela pourrait vous valoir de la sympathie et quelques 06. ça ne devrait pas vous demander trop d'efforts si vous êtes gros et moche comme moi.

- Avant de conclure, glissez subrepticement une vanne sur le point d'indice. C'est sympa, c'est frais, c'est universel, ça met de bonne humeur et puis ça ne mange pas de pain parce qu'au prix du pain aujourd'hui, de toute façon, ça ne pourrait plus s'en payer (la faute au gel, la boucle est bouclée, tout est dans tout, les frères Elric avaient raison !) (illustration par l'exemple du point n°2) (masterclass les enfants ! Masterclass !).

- Enfin, terminez toujours en évoquant votre démission prochaine et les nombreux courriers classés sans suite à laquelle celle-ci aura donné lieu. Là encore, les gens en riront de bon cœur sans réaliser qu'il s'agit d'un appel au secours.

Voilà ! Vous savez tout ! Vous êtes parés à prendre la relève !

Je vais donc pouvoir ENFIN démissionner l'esprit tranquille et me réjouir par avance à l'idée de ne plus jamais rien voir de moins d'un mètre vingt dans mon périmètre immédiat.

Vous souhaitant un week-end meilleur que ne fut ma semaine (et bien moins que demain),

 Bien cordialement,

-- 


Le secrétaire de direction

jeudi 29 septembre 2022

Bois-moi

 

En réponse à un professeur dont l'évaluation ("satisfaisante") ne correspond pas à sa notation ("très satisfaisante").
 
 
 
DE QUOI ?!!!!!

Comment ont-ils pu oser une telle cuistrerie ! ?

Firmin ! Apportez-moi mon cheval, mon épée et mon gant, je vous prie ! Nous partons pour Grenoble !

Tu fais bien de ruer dans les brancards : je ne suis même pas certain qu'une rétrogradation soit possible, encore qu'avec la fonction publique, moins les choses paraissent logique et plus elles le sont sans doute, j'ai souvent l'impression de bosser au Pays des Merveilles mais sans les avantages, juste la grosse matrone en sueur qui crie "qu'on leur coupe la tête ! Qu'on leur coupe la tête !" (et puisqu'on cherche encore quelle sera notre nouvelle sonnerie définitive, moi, perso, je pense que ce serait un TRES bon choix, qui aurait le mérite d'annoncer la couleur).

Bref. En vertu du principe qui veut que qui ne tente rien n'a rien, et parce que chaque année il y a des erreurs (tu n'es pas le premier ici à entamer la démarche), je ne saurais trop t'encourager à me transmettre un courrier manuscrit de demande de recours adressé à Madame la Rectrice, sous couvert de Madame la Cheffe d'établissement, que je ferai ensuite parvenir avec un zèle hermèsséen à qui de droit. 


Te souhaitant une bonne journée (ou à défaut : "satisfaisante")

Bien cordialement,
 
--
 
Le secrétariat de direction

Vote (in)utile

 Où cette année, par la force des choses, je m'occupe également des élections administratives, et où c'est l'occasion pour moi d'exprimer publiquement les sentiments que m'inspire depuis des années cette noble institution.

 

Bonjour à tous,

Il ne vous aura pas échappé que nous allions bientôt voter pour élire nos représentants au Conseil d'Administration.

Aussi vous invité-je à venir me débarrasser de votre matériel de vote contre signature car à chaque fois que mon regard se pose sur celui-ci, ma gorge se serre, je fais des crises d'angoisse, rapport à celle du papier et à tous les arbres qu'il a fallu abattre et qui étaient vivants et qui ne demandaient rien à personne et qui aurait au moins pu donner un sens à leur sacrifice en servant à imprimer du Shakespeare ou du Ray Bradbury.

D'un autre côté, on, est d'accord, ils auraient aussi pu servir à imprimer du Stéphanie Meyer ou de E. L. James, alors c'est un mal pour un bien, peut-être, mais ça n'excuse pas tout, je me sens les mains pleine de sève et de chlorophylle, c'est très désagréable, culpabilisant, et collant. Je dors très peu, ces temps-ci. Et dans mes rêves, je suis poursuivi par des hêtres et des saules qui veulent me transformer en bulletin de vote et qui crient "rends-nous les ents-femmes, mécréant !" (les lecteurs de Tolkien comprendront).

Bref, n'oubliez surtout pas de venir avant que je ne sombre définitivement dans la dépression car sans ça, vous ne pourrez pas voter et choisir vos représentants. Lesquels seront élus quand même parce qu'il n'y a qu'une seule liste, certes, ça casse un peu le suspens, j'aurais aussi pu vous glisser les résultats dans l'enveloppe par anticipation, mais bon, hein, vous aurez compris le principe, c'est symbolique (contrairement aux arbres).

Vous en remerciant par avance,

Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

vendredi 23 septembre 2022

Petit Ourson de Chine

 

Où mon collègue de bureau doit s'absenter une quinzaine de jour, mais a veillé à me laisser un remplaçant à sa place..


Mémoires d'un contractuel administratif, chapitre II, partie première.

 

 

Cher Journal,

 


C'est habillé de mon plus beau polo Lacooste (la célèbre marque chinoise avec le crocodile à deux têtes) acheté sur le marché pour le prix d'un Fruit of the Loom ("les vrais savent", comme disent les jeunes) que j'ai pris mon poste cette semaine au Collège Jean Roucas, à Ploutarboeuf, en remplacement d'un bipède omnivore prénommé Rémi, dit "Sabri", dit "Godrik le Greffé" selon son collègue de bureau (pour une raison qu'il n'a pas expliqué et au sujet de laquelle je ne veux rien savoir). Bon, et en même temps, quand je dis "plus beau polo", je veux dire "seul polo" car tu es bien placé pour le savoir, journal, je ne porte rien de tel dans l'intimité, ni rien du tout d'ailleurs, le tissu faisant double emploi avec ma toison naturelle : accoutré de la sorte, que les températures passent la barre fatidique des douze degrés et je me mets à suer comme un castor, ce que les autres pandas considèrent comme une trahison, et les castors comme de l'appropriation culturelle, mais on m'a vite fait comprendre qu'exerçant un métier d'accueil, et étant amené à recevoir du public, je ne pouvais pas exercer mes nobles missions "dans le plus simple appareil" (c'est-à-dire, si j'ai bien compris : la photocopieuse, dans laquelle je n'aurais de toute façon pas tenu tout entier).

Hélas, cet effort vestimentaire surhumain (et même : sur-pandaesque) ne m'a pas valu grand succès auprès des femmes, et mon espoir de ne pas terminer l'année célibataire s'amenuise un peu plus à chaque personnel féminin qui s'enfuit en courant ou qui éclate de rire en me voyant.  Sans doute que c'est à cause de mon museau proéminent, que je tiens de ma mère, qui le tient d'un grand père blaireau (l'espèce, je précise. Je ne me permettrai pas).

J'aimerais te dire que j'ai été bien accueilli, mais je ne suis même pas certain que la plupart des gens ici aient noté le changement : tous m'adressent encore la parole comme si j'étais l'ancien titulaire de ce poste, avec une familiarité qui m'est difficilement soutenable (nous n'avons pas gardé les cochons ensemble), et en me demandant de rembourser ses dettes de jeu.

Non seulement ça mais à peine étais-je arrivé que mon camarade (il faut le dire vite) de bureau (il faut le dire encore plus vite) me délestait subrepticement de mon quatre-heure, un copieux sachet de koalas en guimauve (parce que nous autres les pandas on déteste ces sales petits parvenus de koalas qui sont toujours à la ramener comme quoi c'est eux les plus mignons et qu'en plus l'eucalyptus c'est plus diététique que le bambou, alors il n'y a rien de tel pour se défouler que de leur arracher la tête d'un coup de dents, surtout quand elle est enrobée de chocolat) (mais il paraît que je fais des progrès, il me dit mon psychiatre). Sachet que l'individu sus-mentionné a englouti goulument comme il le fait pour à peu près tout ce qui se mange (et une partie de ce qui ne se mange pas) dans un rayon de deux cent mètres autour de sa chaise à roulettes (Homo Administrus, le prédateur de bureau ultime, le plus haut maillon de la chaîne alimentaire à égalité avec Godzilla).

Depuis que je suis arrivé, il semble avoir pris en main ma formation interne et à ses côtés, j'ai appris plein de choses de fonctionnaire comme :

- Ne pas répondre au téléphone quand il sonne vu que de toute façon, il finit toujours par arrêter à un moment ou à un autre.

- Envoyer systématiquement les parents et les élèves vers un autre bureau. Il peut répéter jusqu'à trente fois "ha non, ça c'est pour l'intendance", et soixante dix fois "ha non, ça c'est la vie scolaire" dans la journée.

- Ne pas faire ce qu'on nous demande "pour ne pas donner de mauvaises habitudes aux gens en face parce qu'après, on le fait une fois et ils croient qu'on le fera systématiquement et ensuite c'est sans fin"(ha, les gens !).

- Ne pas bouger pour économiser ses forces.

- Râler.

- Dormir les yeux ouverts en ayant l'air concentré.

- Contourner les blocages académiques pour aller sur Netflix à partir du poste du bureau.

- Se crever les tympans pour ne plus entendre la nouvelle sonnerie de l'établissement, qui sert dans les prisons à briser le mental des détenus les plus récalcitrants.

En contrepartie, je lui ai appris à creuser des terriers et à manger des pommes de pin. Il a eu l'air reconnaissant.

Le reste du temps, il me jette des regards noirs sous prétexte que je fais trop de bruit quand je mâche mes bambous "ce qui l'empêche de se connecter spirituellement avec l'univers". Cher journal, je crois qu'il se drogue.

A part ça, je me suis fait gentiment gronder par ma hiérarchie parce qu'on ne m'avait pas brieffé sur les règles d'usage en milieu scolaire, notamment sur le fait qu'on n'a pas le droit de mordre les élèves, même s'ils font trop de bruit avec leur bouche ou s'ils ressemblent à des koalas. "Parce qu'ils sont bourrés d'OGM, déjà, et c'est mauvais pour la santé", m'a dit l'infirmière scolaire, et aussi parce que "dans certaines sociétés, ça peut être considéré comme un acte de violence", m'a dit le CPE. Avant de me retrouver incognito sur le parking et de me remettre une liste de nom sous le manteau, avec un couteau et une fourchette. Lui, je l'aime bien.

J'espère donc, cher journal, que ce remplacement ne s'éternisera pas et que ce Sabri sera vite de retour ; et dans l'attente, je lui souhaite prompt rétablissement et bonne convalescence.

Et je lui envoie ci-joint (ainsi qu'à vous tous, parce que ce n'est pas le secrétaire de direction qui s'en chargerait, pensez-vous, il est déjà loin) le planning de la semaine à venir, pour qu'il puisse voir un peu tout ce qu'il va rater, le pauvre.

Vous souhaitant un très bon week-end (sauf si vous êtes un koala, auquel cas parole je vous croise je vous arrache la tête),

Bien pandatement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

 

mardi 20 septembre 2022

Soldes d'Hiver

 Où comme le veulent les traditions de fin d'année, il faut régler les comptes.

 

Bonjour à tous,


Les températures sont formelles, elles sont passées sous la barre des trente degrés : l'hiver est à nos portes, les lutins du Papa Nowel ont repris le chemin de l'usine après l'échec des négociations visant à réactualiser leur convention collective, on va bientôt lâcher le mojito pour le vin chaud, Thyffanie est prête à tomber amoureuse d'un bel avocat-body-builder-père-célibataire-pompier-volontaire-introverti sur M6.

Or qui dit "hiver" dit fin d'année comptable, et qui dit fin d'année comptable dit crédits à solder, et qui dit crédits à solder dit nécessité de faire des commandes ET DE LES FAIRE AVANT LES VACANCES DE TOUSSAINT, au-delà desquelles Monsieur le Gestionnaire vous accueillera avec une bienveillance toute relative et un vilain tic nerveux au-dessus de son sourcil gauche, trahissant de façon très professionnelle son envie de vous passer par la fenêtre.

Car un Gestionnaire dont les comptes sont en équilibre est un Gestionnaire heureux. Et un Gestionnaire heureux est un Gestionnaire qui vous donnera des Woody, des trombones, des feuilles de papier de couleur, des enveloppes, pleins d'enveloppes, et même des photocopies quand votre compte sera à zéro.

Alors qu'un gestionnaire malheureux dira toujours "non" et vous facturera les rouleaux de scotch.

Rendez heureux le gestionnaire. Dépensez vos sous avant les vacances de la Toussaint. Il en va de l'avenir de votre discipline.


Bien cordialement,


-- 
 
Le secrétaire de direction

 

vendredi 16 septembre 2022

Quand tu regardes dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi

 Où monsieur le CPE m'impose de placer les mots "hydrocéphale", "pithécanthrope" et "moule à gaufre", et où la Principale adjointe m'impose de placer l'expression "boucle de rétroaction positive". Où j'en déduis que tout le monde me déteste dans cet établissement.



Bonsoir à tous,


La semaine n'est pas terminée que déjà, une nouvelle se prépare à l'horizon, et avec elle l'un des principaux temps forts de cette rentrée scolaire : les évaluations 6ème, comme en atteste le semainier ci-joint.

A une différence près, toutefois. Car pour mieux cadrer à l'évolution de la société et répondre aux attentes de nos concitoyens, cette année, ce sont les élèves de 6ème qui évalueront les professeurs, et non l'inverse, à l'aide d'un questionnaire conçu à cet effet dans un évident souci de neutralité et d'objectivité.

Cette évaluation rigoureuse sera divisée en trente huit items de quarante questions chacun, sur des sujets divers tels que la bienveillance, le vivre ensemble et votre salaire, dont nous vous communiquons ci-après un échantillon à titre d'exemple.

Item 8 :

* Quelle est la façon la plus appropriée de s'adresser à une professeur en classe ?

Monsieur.

Maîtresse.

Maman.

Hé, toi ! Sous créature !

Z'y va, t'es qui, toi, t'es personne, t'as pas à m'dire ce que j'ai à faire, tu t'es pris pour qui, pour ma prof ? Ha mince, oui, pardon, toutes mes excuses, madame, j'étais distrait, oubliez ça !

Firmin, auriez-vous l'obligeance de porter mon cartable jusqu'au fiacre de monsieur mon père, je vous prie ? !


Item 12 :

* Si tu obtiens un jour une note au-dessus de la moyenne (sur un malentendu), comment réagiraient tes parents ?

Ils seraient moyennement contents et ils m'achèteraient une Playstation 5. Ou deux. C'est pas une science exacte.

Ils seraient très contents et ils m'achèteraient une voiture.

Ils seraient très très contents et ils m'inscriraient à la France a un Incroyable Talent.

Ils seraient extatiques et ils donneraient une prime à mon professeur particulier en disant que quand même ce n'est pas grâce à l'Education Nationale qu'on obtiendrait de tels résultats.

Ils seraient en colère et ils viendraient se plaindre que toutes mes autres notes sont injustes et que c'est bien la preuve. Et ils demanderaient à ce qu'on leur rembourse la cantine en dommages et intérêts.


Item 14 :

* Selon toi, faut-il dégeler le point d'indice ?

Non, car il faut lutter contre le réchauffement climatique. On ne peut pas tout dégeler non plus. Il faut faire des choix, dans la vie.

Non, car il est en métal et ne passe pas au micro-ondes. On ne peut pas courir le risque d'une alerte incendie avec le temps qu'il fait en ce moment. Le ciré breton s'accorde mal à mon top Le Temps des Cerises.

Non, car on risque d'attraper un rhumer à cause du chaud et froid et ce serait très embêtant.

Oui, mais pas trop, il faut qu'il reste tiède, pour limiter les risques de choc thermique.


Item 20 :

* Comment qualifierais-tu ton professeur ?

Je le ferais jouer arrière droit et je mettrais tous les autres en attaquant. Comment ça, je n'ai pas compris la question ?

Je le trouve très gentil quand il est en formation ou en arrêt maladie. C'est le meilleur professeur du monde. Le reste du temps, bof. Il fait beaucoup de bruit en classe, on ne s'entend plus avec les copains.

Mon papa il dit que c'est un pithécanthrope hydrocéphale, qui ferait un très bon moule à gaufres. Je soupçonne mon papa de lire le dictionnaire en cachette au lieu de regarder Cyril Hanouna. Maman pleure beaucoup, ces temps-ci.

J'utiliserai un adjectif qualificatif.

Quel fat ! Non seulement il ne prévient pas quand il fait des interrogations surprises mais en plus, il a refusé de faire un contrôle de rattrapage du contrôle de rattrapage pour le devoir commun de la semaine dernière. Qu'on le guillotine rue Quincampoix !

Qui ?


* Que penses-tu du dispositif Devoirs Faits ?

L'attraction est sympa mais je préfère Space Mountain.

Ne me faites pas rire, j'ai les lèvres gercées.

C'est une arnaque. L'autre soir, j'y suis allé, le prof a même pas eu le temps de tous me les finir et du coup le lendemain, il s'est auto-sanctionné à ma place.

Ha mais parce qu'il fallait faire les devoirs ? Mais pourquoi personne me dit rien, aussi ? ! Je suis désolé mais les consignes ne sont pas claires.

□ Le dispositif est d'autant plus efficient qu'il induit une boucle de rétroaction positive à travers laquelle nous, élèves, devenons les acteurs principaux de notre scolarité. En plus c'est mon papa qui l'a inventé et mon papa, c'est le plus fort du monde. Enfin, je veux dire que son référentiel qualitatif en contexte sociétal est de nature hyperbolique.


* Penses-tu que ton professeur mérite son salaire ?

Non, car c'est le pire Youtubbeur que j'ai jamais vu de ma vie, il conjugue les verbes dans ses phrases et il n'est pas torse nu, ce Boomer.

Non, car il me donne plein de travail à faire et je ne suis pas payé non plus.

Non, car il a déjà les vacances scolaires et les allocs, je l'ai lu sur Twitter.

Oui, mais pas trop, il faut qu'il reste tiède, pour limiter les risques de choc thermique.

Oui, mais en anciens francs parce que le luxe pourrait lui monter à la tête quand il passe au rayon homard de chez LIDDL.


* Si tu devais donner une note à ton professeur :

C'est quoi, une note ?

C'est quoi, un professeur ?

C'est quoi, donner ?

Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que je fais là ?


A l'issue de ces évaluations, d'importantes baisses de salaire sont à prévoir ainsi qu'une revalorisation de vos droits à Pôle Emploi. En conséquence de quoi ne saurais-je trop vous conseiller de... ha, non, pardon, contre ordre, je viens de recevoir une nouvelle circulaire qui rectifie les choses : ce coup-ci, on ne change rien, finalement, on s'y est pris trop tard, ce sera pour l'année prochaine. ça vous laisse le temps de vous préparer psychologiquement.

Je suis sûr que vous avez d'ores et déjà tous hâte d'y être mais dans l'attente, je vous souhaite un très bon week-end et une bonne réception du semainier joint.


Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

vendredi 9 septembre 2022

Une affaire qui roule

 Où on ne pourra pas dire que je n'aurais pas prévenu...

 

 

Bonsoir à tous,

 

Avant d'évoquer succinctement les temps forts de la semaine prochaine, je tenais à partager avec vous une photographie de ma nouvelle voiture, dont je suis très content :


(ne faites pas attention à ma dégaine négligée, la photo a été prise un dimanche matin, au saut du lit, vers quatorze heures : je n'étais pas coiffé et mon Armani était au pressing)

Assez gourmande en carburant sur circuits courts, elle est très agréable à conduire sur de plus longues distances, même à 250 en agglomération ainsi qu'aime à le pratiquer Madame l'Assistante de Laboratoire, qui a vraisemblablement rangé ses DVDs de l'Ecole de la Route dans les boitiers de sa trilogie Taxi collector.

Un grand merci, donc, à tous les professeurs qui ont malencontreusement oublié des affaires dans leur casier en fin d'année dernière (bague en or en plastique, mugs, sacs, séries d'ouvrages du CDI datant d'avant Gutenberg, thés bio, miettes de Saint-Genix fossilisé, copies d'élèves, arrêtés de nomination, photos de vous à la piscine pendant vos arrêts maladie, dédicace de Jean Michel Blanquer au salon du théâtre d'impro, la totale...). Merci également à ces mêmes profs de n'avoir pas cherché à venir récupérer leurs biens depuis la rentrée, ce qui m'a permis de mettre l'ensemble en vente dans l'émission Pawn Star et de m'offrir ce petit bijou de technologie sans avoir à casser mon PEL, ni à manger des pâtes (mais je les mange quand même parce que j'ai six ans d'âge mental et que c'est bon, les pâtes), ni à demander à Monsieur le référent numérique de me l'imprimer en 3D sur le budget de l'établissement.

Du fond du coeur et de mes sièges en authentique cuir de bison : MERCI.

Ceci étant dit, il me reste trois cartons d'invendus stockés aux archives du secrétariat, contre lesquels mon collègue écrase son gros orteil tous les matins en allant classer des dossiers élèves et en râlant très fort (assez fort pour couvrir mes propres râleries, c'est vous dire), donc avis aux personnels concernés : vous passez chercher ça quand vous voulez, mais plus vous attendrez et plus il vous fera la tête longtemps et avec les sourcils froncés. Accessoirement, vu qu'ils sont stockés dans le local où je prends ma collation de midi, plus le temps passe et plus ils s'imprègnent d'odeurs exotiques et de têtes de crevettes. Une plus-value non négligeable, mais qui ne sera pas nécessairement au goût de tout le monde.

Dans un autre registre, comme vous pourrez le constater en consultant le planning ci-joint, mercredi prochain, l'établissement vibrera au rythme de la journée du Sport Scolaire et à cette occasion, chacun de nous va mouiller sa chemise - y compris le secrétaire de direction, au lavabo, pour faire croire qu'il a participé activement alors qu'en fait, il faisait la sieste roulé en boule sous son bureau. Notez qu'à cette occasion et par solidarité, il s'est engagé à bouger au moins un doigt, une main, voire un bras tout entier s'il a pensé à prendre ses vitamines la veille (encore que dans son cas, ses proches pourront en attester : ce n'est pas l'homme qui prend la vitamine, mais la vitamine qui prend l'homme) (tintintintinnnn) (je ne m'en lasse pas). Les plus chanceux d'entre vous pourront peut-être même le croiser dans le couloir menant à la salle des professeurs, à l'occasion de son pèlerinage annuel "au cas où il y aurait des croissants", la salle des professeurs étant un peu ses Saintes Maries de la Mer à lui, mais beurrées à l'intérieur et cuites au four à pain. Rappelons qu'en dépit des apparences, ledit secrétaire de direction est un athlète accompli (en tout cas, son podologue est formel : il a "des pieds d'athlète", et c'est un bon début) : il a été champion départemental de chaise à roulettes deux années consécutives, avant d'être banni de la fédération pour une sombre affaire de dopage aux oursons en guimauve.

Pas de changement majeur en ce qui concerne les professeurs de l'établissement, pour qui c'est la journée du sport scolaire toute l'année : entre les couloirs à arpenter, les escaliers à monter, puis à redescendre, puis à remonter, puis à redescendre, puis à remonter, puis à redescendre, puis à remonter,  puis à redescendre, puis à remonter, puis à redescendre, puis à remonter, puis à redescendre (puis à remonter) (puis à redescendre), les papiers après lesquels il faut courir, les élèves après lesquels il faut courir, les parents d'élèves après lesquels il faut courir, mais dans l'autre sens pour tenter de leur échapper, il y a des calories brûlées dans l'air, la vie dans l'Education Nationale n'est pas un long fleuve tranquille, mais un épisode à rallonge de Scoo-bi-doo.

Aussi vous souhaité-je un week-end avachi dans votre canapé, au point de vous fondre entre les coussins jusqu'à vous y dissoudre.


Bien cordialement,


-- 
 
Le secrétaire de direction

vendredi 2 septembre 2022

ça n'augure rien de bon !

Où l'arrivée d'un nouveau chef d'établissement nous contraint à être légèrement plus sage que de coutume. On s'en voudrait de l'effrayer tout de suite...

 

 

Bonsoir à tous,

Les experts sont formels, les signes ne trompent pas : c'est la rentrée des classes.

- Les oiseaux migrateurs sont passés au-dessus du KFC du coin, ils se sont sustenté dans les poubelles avant de repartir pour leur long voyage vers l'hémisphère sud (la plupart en stop, n'étant plus en état de voler après digestion. Certains se sont même laissés rouler jusqu'à la méditerranée. Parmi eux se trouvait le secrétaire de direction incognito, mais on l'a rattrapé à temps avant qu'il ne puisse passer la frontière) (mais j'y arriverai, un jour, j'y arriverai !).

- Pour trois circulaires administratives placées dans la corbeille, dix sept sont réceptionnées sur le même temps, la plupart traitant de question cruciales comme le pourcentage de catogans en classe de 6ème et le nombre d'élèves au kilo portant des chaussures jaunes.

- Pour chaque tranche de dix questions posées aux autorités compétentes, on obtient une réponse sur un autre sujet, ou un message d'erreur.

- Le semainier fait son grand retour dans votre boîte mail, plein de jolies couleurs (yeux sensibles s’abstenir !) et d'informations cruciales sur la vie du collège durant les sept jours à venir.

- Les plaintes pleuvent au secrétariat, comme quoi il faudrait refaire quatre classes sur cinq et deux emplois du temps sur trois, si possible là tout de suite et avec un ticket à gratter de la Française des Jeux en guise de dommages et intérêts. Le secrétaire élève a été défié au moins six fois en duel, et devra se lever dès cinq heures demain matin pour affronter les parents mécontents à l'aube, au fleuret ou au mousquet selon les préférences.

- Dans les couloirs, une rumeur enfle et gronde, mélange de cris, de rires et de borborygmes incompréhensibles que les plus de 15 ans ne peuvent pas connaître, mais qui finiront sans doute N°1 au top 50 dans la catégorie "un nouveau regard sur l'orthographe-grammaire" dans les six mois.

- En deux jours, Monsieur le CPE a vieilli de dix ans (ce qui lui en fait désormais 32, pour information), il a reprogrammé deux séances hebdo chez le psy et renouvelé sa carte d'abonnement au club de Free Fight de Portes-lès-Valence. La dernière personne à l'avoir vu affirme qu'il était pendu au plafond par les pieds et avait les yeux rouges fluorescents. Il paraît que ça lui va bien.

- Enfin, le secrétaire de direction a déposé sa lettre de démission sur le bureau de ses supérieurs hiérarchiques - ce qu'il fait plusieurs fois par jour tous les jours depuis près de dix ans, sans succès. D'aucuns racontent qu'il sent encore la mouette et le KFC de la veille... 


Mais bon. On a déjà échappé aux buissons ardents et aux pluies de sauterelles. On dira donc que ça s'est plutôt bien passé - ou en tout cas, on vous le souhaite, ainsi qu'un bon week-end en prime.

Prenez des forces, ressourcez-vous, affutez vos gommes et vos plumes,


Bien cordialement,

--
 
 
Le secrétaire de direction

vendredi 26 août 2022

Une certaine idée du rentre-dedans

 Le semainier saison 9, here we go ! (au secours).

 

 

A l'attention de l'ensemble des personnels du CollèRoucas,


Le temps des cigales passant, faisons ce jour place nette aux fourmis de la fable.

Dans les couloirs déserts du collège Jean Roucas, déjà, une petite étincelle s'est animée. Hésitante d'abord, elle a bondi de poignée de porte en poignée de porte, frémissant à peine, timide, avant de s'enhardir, courir de salle en salle, puis d'étage en étage, puis jusqu'au toit du bâtiment, en oriflamme, à mesure que l'établissement sortait de sa torpeur. Bientôt, dans son sillage, quelques voix se sont faites entendre : enjouées pour beaucoup, un peu bougonne pour celle du secrétaire de direction (qui trouve toujours les vacances trop courtes, en bon fonctionnaire qu'il est), mais chacune à son poste et prête à raisonner. Avec elles : des bruits de pas qui s'activent, de claviers qu'on maltraite, de café que l'on fait couler dans des filtres poussiéreux ; si bien que c'est aujourd'hui le bâtiment tout entier qui frémit d'impatience à l'idée de vous retrouver bientôt, ou de vous découvrir.

Et si la pointe d'appréhension qui vous étreint est légitime, à quelques jours de la reprise, n'oubliez pas l'excitation qui va de paire : nouvelle année, nouvelle donne, nouveaux visages, nouveaux sourires, nouvelles contrariétés aussi, ça fait partie du jeu, mais également quelques instants de grâce, toujours, à savourer au fil de l'eau, qui font toute la beauté et la grandeur de ce métier-qui-est-bien-plus-que-ça.

Ainsi donc, haut les cœurs, sacoches en bandoulières, c'est avec autant d'impatience que de fébrilité que nous vous attendons ce mercredi 31 août.

Dans l'attente et comme le veut la tradition, nous vous communiquons ci-joint :

- Votre invitation à la journée de pré-rentrée, incluant son planning horaire

Aussi êtes-vous théoriquement parés à nous rejoindre. Et nous, parés à vous accueillir.

Restant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, et vous souhaitant une dernière fournée de belles journées à fixer les nuages,

Bien cordialement,

--

 Le secrétaire de direction

mardi 12 juillet 2022

Actions - réactions

 A l'attention des professeurs du Collège Jean Roucas,


Bonjour à tous,

Parce qu'à peine quatre petits jours de vacances et vous êtes déjà fatigués de ne plus être fatigués, nous vous transférons ci-joint le retour des autorités rectorales quant aux actions éducatives retenues pour le collège Jean Roucas. Si ce n'est pas le bonheur, ça y ressemble bien.

Curieusement, toutes les actions à base de jacuzzi et de voitures de sport n'ont pas été retenues.

Que cela ne vous gâche pas l'été malgré tout,

Bien cordialement,

--

Le secrétariat

lundi 11 juillet 2022

Je ne suis pas un numéro d'identifiant

Aux professeurs principaux de 3ème,


Bonjour à tous,


Au cas plus que probable où des parents vous solliciteraient aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain pour cause de "résultats du DNB inaccessibles",  et où certains d'entre eux iraient jusqu'à camper devant chez vous et/ou vous envoyer des lettres de menace en recommandé avec accusé de réception, je vous communique ci-après la solution préconisée par le rectorat, qui semble fonctionner, à la surprise générale (la leur y compris). 

  Concernant la saisie de la date de naissance, il est nécessaire de conserver les / /, c'est plus seyant.

Vous souhaitant une bonne journée, à dix mille kilomètres physiques ou symboliques de tout ça,


Bien cordialement,


Le secrétariat

vendredi 8 juillet 2022

Tu peux toujours (dis)courir

Où le chef s'en va après quatre ans de bons et loyaux services, pour un lycée hotelier plein de nourriture de luxe, et où on ne le laissera pas partir sans un discours, même si on aime autant prendre la parole en public que se cogner les orteils dans le coin de la porte à cinq heures du matin. 

 

 

Monsieur le Principal,


C’est la fin de l’année, on va se parler franchement, d’homme à homme et tant pis si je prends un blâme, il faut que ça sorte.


Je vous en veux. Vraiment.


Je vous en veux de vous en aller, déjà. Parce que les bons chefs d’établissement sont une denrée rare, et les excellents chefs d’établissement, une légende urbaine. Raison pour laquelle on n’en parle que sur les sites dédiés au paranormal, où on les confond fréquemment avec le Yéti et le Monstre du Loch Ness.


Je vous en veux aussi parce qu’on y était presque, ça s’est joué à ça. On s’était presque débarrassé de toutes ces bonnes femmes à l’administration, pour faire un bureau 100% testostérone dans lequel on aurait pu passer nos journées à parler de foot, à boire des bières, à roter et à faire des blagues misogynes. La vie, quoi. Alors que là, à cause de vous, ça va être reparti à parler chiffon popote. J’ai déjà commandé un camion de boules Quies.


Je vous en veux parce que du coup, moi, je suis obligé de faire un discours, parce que quand même ça a été un vrai plaisir de travaill… faire semblant de travailler à vos côtés, et de pouvoir apprécier au quotidien votre professionnalisme, votre réactivité et votre humour ravageur, même si j’ai vite appris aussi qu’il y avait des moments où il ne fallait pas rigoler DU TOUT, la faute à ces foutus professeurs qui vous mettaient en rogne. Honte sur vous, tous ! Mais je vous en veux quand même moins qu’à votre prédécessrice parce que j’avais dû mettre une perruque blonde et les talons hauts de Mme Moulin et j’ai encore les pieds qui saignent.


Vous êtes quelqu’un de très secret, impossible d’obtenir le moindre renseignement à votre sujet, même en demandant à la personne censée vous connaître le mieux, à savoir : Google. Alors je suis allé sur Wikipedia et j’ai pris la biographie de Snoop Dog à la place. Vous êtes donc né, arrêtez-moi si je me trompe, le 20 octobre 1970 à Long Beach, en Californie. À l'école, vous êtes « bon élève » et plutôt « discret », d'après vos professeurs. Vous rejoignez l’équipe de basket du lycée qui vous aide à sortir de votre coquille. Malheureusement, peu de temps après avoir obtenu votre diplôme, vous avez de fréquents ennuis avec la justice du fait de vos connexions avec un gang local, surveillé par le FBI et la CIA. Pendant les trois années qui suivent, vous êtes régulièrement emprisonné et vous trouvez un sens à votre vie en vous réfugiant dans le rap. Après quoi vous êtes entré dans un autre gang surveillé par la CIA, l’Education Nationale, au sein duquel nous nous sommes rencontrés il y a quinze ans de ça, au collège de Chabroux, dans des circonstances cocasses puisqu’un élève s’était auto-poignardé la main sous ma surveillance (en tout cas, on n’a jamais pu prouver que c’était moi) et vous aviez eu la lourde charge de me faire remplir correctement la déclaration d’accident. Ça avait pris six semaines. Vous aviez vu alors en moi un potentiel certain pour tout, sauf le travail en milieu scolaire, et vous aviez raison puisque je suis maintenant secrétaire de direction, ce qui n’a effectivement rien à voir. Après ça, vous avez fait des trucs ailleurs, plein, mais c’est votre vie privée, c’est vous que ça regarde. Puis vous arrivez à Jean Roucas, où vous avez bénéficié des trois meilleurs secrétariats du monde. D’abord, Pamela et moi : l’atout charme. Ensuite, Arale et moi : l’atout geek. Et enfin, Rémi et moi, sans conteste le plus beau couple de tout le ministère, juste derrière Jean-Michel et BFMTV. Ne niez pas, nous vous manquerons. Au fil du temps, à notre contact, vous avez appris de nouvelles choses, vous vous êtes ouvert à d’autres horizons. En nous écoutant, jour après jour, votre culture personnelle n’a eu de cesse de s’enrichir. Et pour être sûr que vous avez bien tout retenu, pour conclure, je vous propose un petit quizz sans trop d’enjeu : une seule réponse juste et on vous laisse partir. Par contre, si vous n’en avez pas, vous êtes obligé de rester. Vous avez le droit de vous faire aider.

Sur la base de nos discussions quotidiennes avec Rémi, donc :


L’adversaire le plus difficile à vaincre du jeu vidéo Elden Ring s’appelle :


  • Godrick le greffé

  • Malenia, la lame de Miquela.

  • Radhann, le Fléau des Etoiles

Ou

  • Jean-Michel Blanqueros, le rejeton des ténèbres.


Quel personnage ne meurt pas dans la dernière saison de Stranger Things :


  • Eddie le rôliste

  • Fred le journaliste

  • Jason le basketteur

Ou

  • Vecna le sorcier démoniaque



De quelle actrice Rémi avait-il la photo en grand affichée dans un coin de son bureau ?


  • Kristin Kreuk, de Smallville, parce qu’il aime les petites brunes au regard innocent et parce qu’il est notre Superman à nous.

  • Claude, de la Flamme, parce qu’il aime les femmes d’expériences et parce que l’âge, c’est dans la tête, et les dents dans le verre sur la table de nuit.

  • Nathalie Portman, de Léon, parce qu’il a été ado dans les années 90.

  • Alice Sapritch, de la Folie des Grandeurs, parce qu’il ne sort qu’avec des grands classiques.

Et enfin, dernière chance. Et cette fois pas de choix multiple, c’est quitte ou double :


Comment s’appelle ma ministre de l’éducation nationale préférée ?


Ha zut, on y était presque, ça s’est joué à peu !

Bon, on va devoir vous laisser partir, alors, mais à contre-cœur. Avouez que ça va vous manquer, de nous entendre débattre de quelle arme est la plus efficace contre les sorts de putréfaction écarlate. Vous, en tout cas, vous allez nous manquer. Dans une autre vie dont tout rapport hiérarchique aurait été expurgé, j’aurais été ravi de vous compter au nombre de mes amis, et je suis sûr que mon coloc de bureau également. Aussi, restez-vous-même, ne changez rien.

Ou si, quand même un truc : mettez-vous aux jeux vidéo.


Et allez-y mollo sur le homard.

Les voyages forment la jeunesse

 Où ça ne s'arrange pas niveau fatigue mais où ce qui a été promis la semaine précédente a été promis...   Bonsoir à tous, Je n...