Où c'est la dernière de l'année et où ma foi, on ne va pas se mentir, c'est pas de refus.
Oh, je sais très bien ce que vous vous dites.
Ne mentez pas. Vous ne pouvez rien me cacher. Je sais tout de
vous.
N'oubliez pas qu'en ma qualité de personnel administratif, je
suis ce que vous connaissez de plus proche de Big Brother. Même
si, bon, je suis plutôt moyen-Big, dans les faits, mais
suffisamment Big pour savoir que présentement, vous êtes chez
vous, devant un bon feu de cheminée, à regarder votre stock de
copies à corriger se consumer lentement et à vous étonner que
cette vision puisse être si apaisante, et vous vous dites que vous
n'aurez qu'à prétendre que Rudolphe le renne au nez rouge les a mangées, que
votre jumeau maléfique vous les a volées pour y mettre des notes
au-dessus de la moyenne, que ce genre de choses, ça marche à
chaque fois... et au fond de vous, tout au fond de vous, dans ce
recoin inaccessible de votre subconscient (ce recoin fourbe et
malfaisant qui aurait pu faire de vous de bons secrétaires
administratifs, si vous vous en étiez donné les moyens), vous riez
intérieurement, oh oui, à lobe pré-frontal déployé, en songeant
justement à ces "pauvres petits secrétaires administratifs", ces
Princesses Sarah de l'administration française qui reviendront
lundi au Collège pour s'acquitter bon gré mal gré de leur dette
envers la société, plus communément appelée "journée
administrative" (c'est moins stigmatisant pour eux, on peut au
moins leur accorder ça).
Vous vous imaginez déjà sous votre couette à fleurs, les pieds au
chaud dans une paire de chaussettes-licornes (votre trésor secret,
que vous ne mettez que pour les grandes occasions, genre la coupe
de France de Pétanque ou une rediffusion de Louis la Brocante), un
bol de chocolat chaud fumant sur votre table de nuit (ou bien
est-ce un Irish Coffee ? Ayez soif de modération, vous êtes valeur
d'exemple !), alors qu'à deux pas de chez vous, j'en connais un
qui sera en train de s'habiller à la hâte en vous maudissant,
d'enrouler son écharpe autour de son cou (histoire d'avoir un truc
à mordiller toute la journée) et de chercher ses clés de voiture
pour affronter la nuit et le froid et le vent et la pluie (et la
neige, peut-être), alors que vous émergerez vers treize heures du
matin juste pour aller vérifier s'il n'y aurait pas un nouveau
Bollywood sur Netflix. Je le connais même d'autant mieux, ce
pauvre hère, que c'est MOI !
Sauf que non !
Ha ha ha ha !
Pas du tout !
C'est terminé, tout ça !
La servitude, la lutte des classes, le fossé
professeurs-personnels de bureau, fini, comblé au bulldozer ! Vous
pouvez vérifier vous-mêmes dans le semainier joint ! Justice et
équité triomphent en cette fin d'année 2017 ! J'ai fait un rêve !
Je vous ai compris ! Elle flotte mais ne coule pas ! Je pense donc
je...
Quoi ?
Je reviens vendredi 5 janvier ?
Je... attendez... c'est une blague ?
Un canular, c'est ça ?
Elle est où, la caméra cachée ?
Allez-y, lancez le jingle : "ri-res-et-chan-soooooons !"
Ha ha, non mais ne vous inquiétez pas, c'est un coup de mes
collègues de l'intendance, ça. Elles sont filoutes, quand même,
quand elles s'y mettent... j'ai failli y croire, la peur que j'ai
eue. J'ai vu tout le semainier défiler devant mes yeux... et le
moins qu'on puisse dire, c'est que c'était.... euuuuh... coloré et
en colonnes.
Comment ça c'est pour de vrai ?
M... mais... et l'esprit de Noël, alors ? Les rennes, les petits
lutins, tout ça tout ça ?
J'AI ÉTÉ SAGE, BON SANG ! TOUTE L’ANNÉE ! J'AI AGRAFÉ DES
DOSSIERS, J'AI DÉBOURRÉ DES PHOTOCOPIEURS, J'AI RÉDIGÉ DES
BORDEREAUX ADMINISTRATIFS EN VUE DE CE MOMENT ! ET VOUS ME DITES
QUE TOUS CES EFFORTS ÉTAIENT VAINS ? EH BEN J'AIME AUTANT VOUS
DIRE QUE VOUS LES POSTEREZ VOUS-MÊMES, VOS DOSSIERS DE MUTATION !
Et mes chaussettes-licornes, alors ? Je les mets quand, moi, mes
chaussettes-licornes ? Vous savez combien elles m'ont coûté, mes
chaussettes-licornes ?
Si c'est comme ça, je démissionne. Et ne comptez pas sur moi pour
remissionner avant le 5 à huit heures du matin. Je suis un fou,
moi. Un rebelle. Le William Wallace de l'administration française
!
Aussi, dans l'immédiat et pour quelques jours, je crie en notre
nom à tous : LIBERTÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ !
Vous souhaitant de très bonnes vacances néanmoins, et
d'excellentes fêtes de fin d'année,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Petites Grandeurs et Grandes Misères d'un Secrétaire de Direction
Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.
vendredi 22 décembre 2017
vendredi 15 décembre 2017
Pupuce Fugit
Où tout est relatif sauf le week-end.
Bonsoir à tous,
En cette période de l'année, on a coutume de dire que le temps file à toute allure, mais il convient de distinguer deux "temps" distincts : le temps objectif, que l'on peut définir comme étant la dimension de l'univers par laquelle l'énergie peut se propager et par conséquent, celle-là-même qui conditionne l'existence de toutes choses (toutes choses n'étant qu'énergie, l'énergie étant mouvement, le mouvement étant tributaire de l'écoulement temporel), et le temps subjectif, à savoir : la perception humaine que nous avons de cet écoulement.
En l'occurrence, pour prendre un exemple tout à fait innocent, dans sept jours d'ici, nous serons en vacances, c'est une réalité objective, mesurable, qui s'écoulera de la même façon pour tout le monde, mais ces sept jours pourront nous paraître plus longs, ou plus courts, selon si nous avons à assurer des remises de bulletins jusqu'à 22 heures, si nous réalisons alors que nous sommes enfermé dans l'établissement, si nous sommes forcé d'y passer la nuit, si nous découvrons (sans grande surprise) qu'il est hanté par les esprits des élèves qui n'ont pas eu leur brevet, ou si nous devons assister à des concertations actives sans café serré (ou Punch Coco) pour tenir le coup, rédiger des rapports de comportement à la volée pour une histoire de stylo éponyme, ou se battre avec Sconet pour... ben... le faire fonctionner, déjà ; ou si nous sommes au chaud chez nous, sous la couette, avec un Roibos citron-mandarine à la main, la télécommande dans l'autre, et un combi box internet-tv à la demande-machine à crêpes.
Fort de ces considérations et dans l'intérêt de la science, je m'en vais presser mon présent départ afin d'aller vérifier in situ ces grands principes théoriques.
Comment ça, je ne suis pas crédible ?
Ha mince.
Bon, la vérité, c'est que ma compagne vient d'appeler pour me demander de venir la chercher "en urgence" car une de ses collègues "lui a apporté de poulets".
Et au lieu d'obtempérer sans piper mot comme tout homme censé le ferait dans ce genre de situations, j'ai eu le malheur de répondre "vivants ?", c'est vous dire si j'ai intérêt à ne pas la faire attendre.
Vous souhaitant un excellent week-end (sur les plans à la fois objectif et subjectif),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 8 décembre 2017
Mission Impassible
Où l'on pensait ne pas avoir l'inspiration et où finalement, c'est comme l'appétit, ça vient en mangeant (mais je me comprends)...
Bonsoir à tous,
Une fois de plus, je suis au regret de ne pas pouvoir accompagner le semainier ci-joint d'un de ces petits mots humoristiques que j'ai coutume d'écrire chaque vendredi quand je me réveille avant 16h30 (c'est la faute de ma collègue, aussi ! C'est elle qui a pour consigne de mettre en route la machine à café à cette heure-là, pour que l'odeur de pur arabica me réveille en douceur !) mais comme vous le savez si vous lisez attentivement les messages d'information que je vous envoie (et vous lisez attentivement les messages d'information que je vous envoie, n'est-ce pas ? !) (j'ai dit : N'EST-CE PAS ?), il peut m'arriver d'accepter des missions ponctuelles pour d'autres ministères.
En l'occurrence, celui de la Banquise Enchantée m'a rappelé hier pour me faire part d'un gros problème d'ours polaires aux abords des usines du Père Noël.
Qui l'aurait cru, d'ailleurs ? On pensait tous qu'il n'y en avait plus, de ces machins-là, depuis l'invention de la mise en veille sur les téléviseurs et du chargeur de téléphone portable. Pour être sûr qu'il n'en restait pas un ou deux planqués dans un igloo ou dans un esquimau, on a bien envoyé quelques touristes armés de temps en temps pour faire un peu le ménage (on ne prenait pas de risques vu qu'ils tirent sur les ours, les igloo et les esquimaux), alors vous imaginez notre surprise quand le siège social de la maison-mère s'est trouvé pris d'assaut par une bonne quarantaine de ces bestioles, réclamant "une plus juste répartition des richesses de la banquise" et menaçant "de manger les Joyeux Lutins si la direction n'entend pas leurs revendications" (la direction, elle, s'en fiche, elle sait que c'est du bluff. Les ours blancs d'aujourd'hui refuseront de manger un Joyeux Lutin s'il n'est pas Gluten-Free et issu du commerce équitable).
Bref, la situation s'enlise, ils ont besoin d'un négociateur, je suis donc en partance pour le grand nord, j'ai pris le premier vol pour Dunkerque, capitale du Groenland, avec la ferme intention d'acheter mes moufles roses et mes moon-boots Dora sur place (c'est une exploratrice, elle vend forcément des moon-boots de qualité).
Bon, je ne sais pas trop à quoi ça ressemble, un ours polaire, surtout depuis que Monsanto pulvérise des machins dans l’atmosphère et que le maïs brille dans le noir, mais j'ai déjà repéré un ou deux trucs poilus qui font meuh-meuh sur le bord de la route, je pense que je vais bientôt pouvoir entamer les pourparlers.
J'espère quand même que j'aurais droit à une prime de risque. Une fois, j'ai été mordu par un lapin, eh ben ça fait super mal. Alors les ours...
Vous souhaitant un très bon week-end,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
jeudi 7 décembre 2017
Amicale-ment vôtre
Parce que cette année, l'Amicale se mobilise pas mal pour faire vivre la salle des professeurs...
Bonjour à tous,
Comme vous le savez sans doute, il m'arrive d'accepter des missions ponctuelles pour arrondir mes fins de mois et pouvoir manger des craquottes au petit déjeuner (avec, peut-être, soyons fous, du beurre dessus en période faste !).
Aussi n'est-ce pas au nom de l'Education Nationale que je m'adresse à vous ici, mais à la demande expresse du Ministère de la Banquise Enchantée, qui m'a chargé de vous transmettre un message émanant de sa plus haute instance en la personne de Monsieur Père Noël.
Celui-ci désire en effet vous informer de sa présence au Collège Jean Roucas :
Jeudi 21 décembre à partir de 19h30 en salle des professeurs.
A cette occasion, il veillera au bon déroulement d'un échange de petits cadeaux et s'assurera que ces transactions respectent la législation en vigueur dans le pays (valeur 5 euros maximum).
Il en profitera pour taper dans le buffet auquel chacun aura contribué dans la mesure de ses envies (et de ses moyens), puis chauffera le dancefloor en accordant une danse à celles et ceux qui auront été sages tout au long de l'année (en cherchant bien, il doit pouvoir en trouver un ou deux, non ?).
Je vous transmets également ci-joint le document officiel annonçant sa visite et détaillant les modalités de participation à cette soirée.
Vous en souhaitant bonne réception, je pars sans attendre encaisser mon chèque de prime (pour pouvoir la toucher avant clôture des comptes - dans un autre registre, pensez à lire attentivement le mail d'information que je viens de vous envoyer à ce sujet, c'est important).
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 1 décembre 2017
Winter is Coming Back
Où le froid s'empare lentement du coeur des hommes et où le gel ne se limite plus au seul point d'indice.
Journal de bord du secrétaire, vendredi 1er décembre 2017.
Depuis combien de temps suis-je bloqué là, seul, emmitouflé dans une couverture de survie, avec pour seule source de chaleur le brasier de fortune que j'entretiens avec les archives de l'établissement ?
Quand la neige a commencé à tomber (il y a quoi ? Deux heures ? Deux jours ? Deux semaines ? Deux ans ?), ils ont dit que ce serait l'affaire d'une demi-journée, que je serai vite de retour chez moi, que je pourrais même faire une bataille de boules de neige avec mes voisins si le cœur m'en disait, dès lors que j'aurais obtenu une autorisation préfectorale et l'aval des forces de l'ordre (pour le bonhomme, par contre, c'est un peu plus long, il faut un permis de construire).
Moi, grand naïf, je les ai cru, oubliant un peu vite qu'ils avaient également prédit le bug de l'an 2000 (le seul bug de l'an 2000, c'est qu'on est déjà en 2017), la France championne du monde de Foot en 2002, la retraite de Johnny en 1998, celle d'Aznavour en 1999, celle de Sardou en 2000, celle de Johnny en 2001, celle d'Aznavour en 2002 (ad lib), la fin du monde en 2012 et du soleil ce vendredi.
Le thermostat fixé au mur indique 22°, mais je réalise tardivement qu'il est gradué en Fahrenheit.
Le soleil s'est levé vers 14 heures, il m'a brièvement ébloui puis il s'est recouché, un peu plus tôt qu'hier, à 14h02.
Comme dans la fonction publique.
Côté régime alimentaire, je me nourris exclusivement de Snickers et de Twix (j'ai trouvé leur tanière en salle des professeurs, je les ai débusqués, ils n'ont pas opposé de résistance - conscients qu'elle serait inutile, sans doute, hypnotisés par mon charisme de mâle alpha).
Je fais mon café moi-même.
Je suis retourné à l'état sauvage.
J’ôte les agrafes à la main.
Je suis un animal.
Si quelqu'un trouve le semainier ci-joint, puisse-t-il l'ouvrir et prendre acte de ce qui l'attend la semaine prochaine dans les vastes étendues du Grand Nord Jean Roucasséen.
Moi, je retourne au campement. Enfin, j'essaie. Il est pas super clair, le plan du PPMS...
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Journal de bord du secrétaire, vendredi 1er décembre 2017.
Depuis combien de temps suis-je bloqué là, seul, emmitouflé dans une couverture de survie, avec pour seule source de chaleur le brasier de fortune que j'entretiens avec les archives de l'établissement ?
Quand la neige a commencé à tomber (il y a quoi ? Deux heures ? Deux jours ? Deux semaines ? Deux ans ?), ils ont dit que ce serait l'affaire d'une demi-journée, que je serai vite de retour chez moi, que je pourrais même faire une bataille de boules de neige avec mes voisins si le cœur m'en disait, dès lors que j'aurais obtenu une autorisation préfectorale et l'aval des forces de l'ordre (pour le bonhomme, par contre, c'est un peu plus long, il faut un permis de construire).
Moi, grand naïf, je les ai cru, oubliant un peu vite qu'ils avaient également prédit le bug de l'an 2000 (le seul bug de l'an 2000, c'est qu'on est déjà en 2017), la France championne du monde de Foot en 2002, la retraite de Johnny en 1998, celle d'Aznavour en 1999, celle de Sardou en 2000, celle de Johnny en 2001, celle d'Aznavour en 2002 (ad lib), la fin du monde en 2012 et du soleil ce vendredi.
Le thermostat fixé au mur indique 22°, mais je réalise tardivement qu'il est gradué en Fahrenheit.
Le soleil s'est levé vers 14 heures, il m'a brièvement ébloui puis il s'est recouché, un peu plus tôt qu'hier, à 14h02.
Comme dans la fonction publique.
Côté régime alimentaire, je me nourris exclusivement de Snickers et de Twix (j'ai trouvé leur tanière en salle des professeurs, je les ai débusqués, ils n'ont pas opposé de résistance - conscients qu'elle serait inutile, sans doute, hypnotisés par mon charisme de mâle alpha).
Je fais mon café moi-même.
Je suis retourné à l'état sauvage.
J’ôte les agrafes à la main.
Je suis un animal.
Si quelqu'un trouve le semainier ci-joint, puisse-t-il l'ouvrir et prendre acte de ce qui l'attend la semaine prochaine dans les vastes étendues du Grand Nord Jean Roucasséen.
Moi, je retourne au campement. Enfin, j'essaie. Il est pas super clair, le plan du PPMS...
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
samedi 25 novembre 2017
Perdu de recherche
Parce que parfois, le personnel vient à manquer, et il faut écrire à l'ensemble des établissements de l'académie pour espérer y remédier, et c'est intimidant.
Bonjour à tous,
C'est de saison : nous remuons actuellement ciel et terre (et pôle-emploi) pour trouver un professeur de mathématiques niveau 5ème-4ème-3ème susceptible d'assurer un remplacement à temps plein jusqu'aux vacances de Noël.
Au sein du Collège Jean Roucas, l'intéressé(e) pourra bénéficier de nombreux avantages tels qu'une salle avec vue sur la cour de récré (imprenable), du chauffage (dans la limite fixée par les préconisations officielles), un accueil chaleureux (dans la limite fixée par les préconisations officielles aussi), un passe électronique dernier cri pour ouvrir le portail du parking (fleuron de la recherche spatiale), un accès VIP à la cantine (que le département entier nous envie, notamment les jours de frites) et le soutien sans faille d'une équipe pédagogique soudée.
En ces périodes de pénuries, toutes les pistes et suggestions seront les bienvenues.
Avec nos remerciements par avance, et nos excuses pour le dérangement,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Bonjour à tous,
C'est de saison : nous remuons actuellement ciel et terre (et pôle-emploi) pour trouver un professeur de mathématiques niveau 5ème-4ème-3ème susceptible d'assurer un remplacement à temps plein jusqu'aux vacances de Noël.
Au sein du Collège Jean Roucas, l'intéressé(e) pourra bénéficier de nombreux avantages tels qu'une salle avec vue sur la cour de récré (imprenable), du chauffage (dans la limite fixée par les préconisations officielles), un accueil chaleureux (dans la limite fixée par les préconisations officielles aussi), un passe électronique dernier cri pour ouvrir le portail du parking (fleuron de la recherche spatiale), un accès VIP à la cantine (que le département entier nous envie, notamment les jours de frites) et le soutien sans faille d'une équipe pédagogique soudée.
En ces périodes de pénuries, toutes les pistes et suggestions seront les bienvenues.
Avec nos remerciements par avance, et nos excuses pour le dérangement,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 24 novembre 2017
Un Semainier au Poil
Où les jours continuent de raccourcir et la motivation avec.
"Πού είναι οι γυναίκες ?", se demandait jadis le grand poète et philosophe grec Philippos Juvetkis (ce qu'on pourrait traduire dans la langue de Molière par : "où sont les femmes ?", et dans la langue de Jul par : "wesh cousin y'a d'la blonde ou bien ?"). Une question déchirante qui, aujourd'hui encore, vient remettre en question jusqu'aux fondements de nos identités respectives.
Sans doute fallait-il entendre par-là : "où se situe, en nous, la frontière entre ce que nous reconnaissons comme "homme" et ce que nous reconnaissons comme "femme" ?" Ou, plus communément : "entre ce que nous reconnaissons comme "femme" et ce que nous reconnaissons comme "nous-mêmes"".
A moins que par un beau samedi soir de Maimacterion, aux alentours de - 392 avant Luc Plamondon, ledit Philippos ait été en galère de meuf ?
Nous laisserons Jul se perdre en conjecture et essayer d'écrire ce dernier mot sans faute, ça devrait l'occuper pour les trente prochaines années.
"Où sont les femmes ?", alors ?
Nous, au secrétariat de direction, serions bien en peine de le dire.
Mais "où est la flemme ?", alors là-dessus, par contre, on est incollable, on pratique à des degrés olympiques.
Car la flemme, voyez-vous, n'est pas une réalité tangible (d'aucun diront "phénoménologique" mais pour ma part, je me contente de taper des mots au hasard comme ça me vient).
La flemme, c'est un état d'esprit, une philosophie, un sacerdoce, un engagement de chaque instant.
La flemme, la vraie, n'a rien de ces petits accès de paresse dont nous sommes coutumiers, nous autres fonctionnaires, ni de ce dérèglement de la pilosité qu'on nomme trivialement "poil de la main" et qui se développe au contact prolongé de la machine à café.
Non, la flemme, la vraie, demande un investissement personnel total dans le champ du lâcher-prise, un renoncement forcené à toute forme d'action, si productive soit-elle - un art de vivre, même, qui ne se pratique pas à la légère !
"Pour survivre à la flemme", disait l'autre grand philosophe John Rambo, "il faut devenir la flemme".
Aussi vais-je une fois de plus écourter ce message d'accompagnement pour allonger mon week-end en proportion.
Et je peux d'ores et déjà vous dire que la seule question que je me poserai, en écho à mon frère du temps passé, sera : "où est la télécommande ? Avec ses touches plein de charme ? Où est la télécommande ? Où est la télécommande ? Où est la télécommande ?".
Quant à ceux qui se demanderait où est le semainier, il est ci-joint. Tout simplement. Encore faut-il ne pas avoir la flemme de cliquer sur "ouvrir".
Vous souhaitant un week-end molasse, mais reposant,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
"Πού είναι οι γυναίκες ?", se demandait jadis le grand poète et philosophe grec Philippos Juvetkis (ce qu'on pourrait traduire dans la langue de Molière par : "où sont les femmes ?", et dans la langue de Jul par : "wesh cousin y'a d'la blonde ou bien ?"). Une question déchirante qui, aujourd'hui encore, vient remettre en question jusqu'aux fondements de nos identités respectives.
Sans doute fallait-il entendre par-là : "où se situe, en nous, la frontière entre ce que nous reconnaissons comme "homme" et ce que nous reconnaissons comme "femme" ?" Ou, plus communément : "entre ce que nous reconnaissons comme "femme" et ce que nous reconnaissons comme "nous-mêmes"".
A moins que par un beau samedi soir de Maimacterion, aux alentours de - 392 avant Luc Plamondon, ledit Philippos ait été en galère de meuf ?
Nous laisserons Jul se perdre en conjecture et essayer d'écrire ce dernier mot sans faute, ça devrait l'occuper pour les trente prochaines années.
"Où sont les femmes ?", alors ?
Nous, au secrétariat de direction, serions bien en peine de le dire.
Mais "où est la flemme ?", alors là-dessus, par contre, on est incollable, on pratique à des degrés olympiques.
Car la flemme, voyez-vous, n'est pas une réalité tangible (d'aucun diront "phénoménologique" mais pour ma part, je me contente de taper des mots au hasard comme ça me vient).
La flemme, c'est un état d'esprit, une philosophie, un sacerdoce, un engagement de chaque instant.
La flemme, la vraie, n'a rien de ces petits accès de paresse dont nous sommes coutumiers, nous autres fonctionnaires, ni de ce dérèglement de la pilosité qu'on nomme trivialement "poil de la main" et qui se développe au contact prolongé de la machine à café.
Non, la flemme, la vraie, demande un investissement personnel total dans le champ du lâcher-prise, un renoncement forcené à toute forme d'action, si productive soit-elle - un art de vivre, même, qui ne se pratique pas à la légère !
"Pour survivre à la flemme", disait l'autre grand philosophe John Rambo, "il faut devenir la flemme".
Aussi vais-je une fois de plus écourter ce message d'accompagnement pour allonger mon week-end en proportion.
Et je peux d'ores et déjà vous dire que la seule question que je me poserai, en écho à mon frère du temps passé, sera : "où est la télécommande ? Avec ses touches plein de charme ? Où est la télécommande ? Où est la télécommande ? Où est la télécommande ?".
Quant à ceux qui se demanderait où est le semainier, il est ci-joint. Tout simplement. Encore faut-il ne pas avoir la flemme de cliquer sur "ouvrir".
Vous souhaitant un week-end molasse, mais reposant,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 17 novembre 2017
Qui peut le plus peut le moins
Où l'on ambitionne de rentrer chez soi à l'heure, pour une fois.
Bonsoir à tous,
Je ne sais pas si vous avez mis le nez dehors récemment mais l'hiver n'est pas loin - ou alors c'est super bien imité.
Les températures dansent la Macaréna dans le thermomètre, le soleil se lève à midi et se couche à quatorze heures trente (j'ai ouïe dire qu'il préparait le concours de fonctionnaire), le vent souffle autant que moi quand je regarde l'horloge du bureau et qu'il n'est que quinze heures. Quinze heures une. Quinze heures deux. Soupir...
Il faut se faire une raison : les journées raccourcissent et en raccourcissant, elles donnent de mauvaises idées à certains.
En témoigne la façon tragique dont le mot d'accompagnement du semainier suit leur exemple ce soir.
En espérant, très sincèrement, que ça ne jettera pas un froid.
Vous en souhaitant bonne réception, ainsi qu'un week-end chaleureux,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Bonsoir à tous,
Je ne sais pas si vous avez mis le nez dehors récemment mais l'hiver n'est pas loin - ou alors c'est super bien imité.
Les températures dansent la Macaréna dans le thermomètre, le soleil se lève à midi et se couche à quatorze heures trente (j'ai ouïe dire qu'il préparait le concours de fonctionnaire), le vent souffle autant que moi quand je regarde l'horloge du bureau et qu'il n'est que quinze heures. Quinze heures une. Quinze heures deux. Soupir...
Il faut se faire une raison : les journées raccourcissent et en raccourcissant, elles donnent de mauvaises idées à certains.
En témoigne la façon tragique dont le mot d'accompagnement du semainier suit leur exemple ce soir.
En espérant, très sincèrement, que ça ne jettera pas un froid.
Vous en souhaitant bonne réception, ainsi qu'un week-end chaleureux,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 10 novembre 2017
Vers l'Infini et au-delà... mais demain.
Où l'on reprend bon gré mal gré, mais plutôt mal que bon.
On peine souvent à se représenter les distances astronomiques qui séparent les corps célestes, car l'esprit humain n'a pas vocation à traiter des données aussi abstraites.
Qu'est-ce qu'une année-lumière, pour celui qui doit les éteindre en quittant sa salle au nom des économies d'énergie ?
Qu'est-ce qu'un trou noir pour celui qui, sitôt rentré chez lui, noie les contrariétés de la journée dans un trou normand ?
Et même : qu'est-ce que l'infini, pour celui qui n'a jamais eu à corriger une copie désastreuse - avec tellement de ratures dans la marge qu'on dirait une naine rouge ?
L'infini, quel mystère.
Si l'on devait en donner une idée la plus claire et la plus imagée possible, peut-être suffirait-il d'envisager la distance qui nous sépare (déjà !) des dernières vacances ; et plus encore celle qui nous sépare des prochaines.
Il suffit d'y penser pour que soudain, les cieux semblent s'ouvrir sous nos pieds, tandis que nous tombons (sans fin, encore) dans des abîmes d'angoisses existentielles.
L'incommensurable prend alors une dimension plus familière - presque intime, en définitive.
Combien d'années-lumières, jusqu'à Noël ?
Voilà qu'on ressent mieux la terreur et l'excitation qu'ont pu éprouver Neil Armstrong ou Buzz Aldrin lors du compte à rebours ; et comprendre davantage ce qui a pu pousser certains de nos semblables à s'enfermer dans des tubes de métal pour s'élancer vers ces espaces hostiles.
S'il existait une fusée capable de nous emmener directement aux vacances de Noël, ne nous battrions-nous pas pour monter à bord ?
Mais moi oui, carrément, poussez-vous si vous voulez pas vous prendre un coup d’agrafeuse !
Mais comme tout ça reste de la science fiction et que l'avenir s'envisage à court terme, voilà déjà ci-joint le planning de la semaine prochaine.
Pour les étoiles et pour les nébuleuses, il faudra se contenter de lever la tête.
Vous souhaitant un week-end galactique, voire intergalactique (parce qu'on gagne toujours à élargir ses horizons),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
On peine souvent à se représenter les distances astronomiques qui séparent les corps célestes, car l'esprit humain n'a pas vocation à traiter des données aussi abstraites.
Qu'est-ce qu'une année-lumière, pour celui qui doit les éteindre en quittant sa salle au nom des économies d'énergie ?
Qu'est-ce qu'un trou noir pour celui qui, sitôt rentré chez lui, noie les contrariétés de la journée dans un trou normand ?
Et même : qu'est-ce que l'infini, pour celui qui n'a jamais eu à corriger une copie désastreuse - avec tellement de ratures dans la marge qu'on dirait une naine rouge ?
L'infini, quel mystère.
Si l'on devait en donner une idée la plus claire et la plus imagée possible, peut-être suffirait-il d'envisager la distance qui nous sépare (déjà !) des dernières vacances ; et plus encore celle qui nous sépare des prochaines.
Il suffit d'y penser pour que soudain, les cieux semblent s'ouvrir sous nos pieds, tandis que nous tombons (sans fin, encore) dans des abîmes d'angoisses existentielles.
L'incommensurable prend alors une dimension plus familière - presque intime, en définitive.
Combien d'années-lumières, jusqu'à Noël ?
Voilà qu'on ressent mieux la terreur et l'excitation qu'ont pu éprouver Neil Armstrong ou Buzz Aldrin lors du compte à rebours ; et comprendre davantage ce qui a pu pousser certains de nos semblables à s'enfermer dans des tubes de métal pour s'élancer vers ces espaces hostiles.
S'il existait une fusée capable de nous emmener directement aux vacances de Noël, ne nous battrions-nous pas pour monter à bord ?
Mais moi oui, carrément, poussez-vous si vous voulez pas vous prendre un coup d’agrafeuse !
Mais comme tout ça reste de la science fiction et que l'avenir s'envisage à court terme, voilà déjà ci-joint le planning de la semaine prochaine.
Pour les étoiles et pour les nébuleuses, il faudra se contenter de lever la tête.
Vous souhaitant un week-end galactique, voire intergalactique (parce qu'on gagne toujours à élargir ses horizons),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
lundi 23 octobre 2017
On ne sème pas un semainier
Où, vacances oblige, le vendredi tombe un lundi, et où ça fait du bien quand même.
Ha ha !
Vous pensiez y échapper, cette fois, avouez-le !
Constatant qu'il n'arrivait pas, vous vous êtes dit : cette fois, ça y est, libéééérrrééééé, délivréééééé, on a réussi à le semeeeeeer.
Mais où que vous alliez, si vite que vous puissiez courir, le semainier vous retrouvera toujours.
TOUJOURS.
En gras et en capitales d'imprimerie, avec le coup de cymbale à la fin et le petit "popopopopoooooom" qui va de paire !
Le semainier court vite. Il s'est entraîné avec nos profs de sport.
Vous pourrez vous cacher au sommet de la plus haute montagne qu'il vous y attendra, pépère, assis devant un petit feu de camp, en train de faire griller les knackis de vos illusions (c'est une métaphore), en compagnie de son vieux pote Yéti (c'est une métaphore aussi. Sans doute. Enfin, je crois. Mais pas nécessairement. Le semainier est tout à fait capable de faire ami ami avec le vrai Yéti. Ils sont de la même trempe).
Plongeriez-vous au plus profond de l'océan que vous l'y trouveriez affublé d'une queue de sirène, prêt à vous chanter le programme de la semaine du 6 au 10 novembre sur l'air de Papaouté, jusqu'à ce que vous suppliiez votre équipage de vous détacher du mat de votre navire (encore une métaphore - ou bien les sirènes chantent du Jul, auquel cas on comprend qu'Ulysse ait essayé de se noyer pour faire cesser son supplice).
Il vous poursuivra jusque dans vos rêves les plus psychédéliques, peuplera de cliparts hideux vos hallucinations les plus has-been (mais quelle idée de vous envoyer cette boîte de conserve périmée, aussi ? Qui plus est à 23h30 !). Grâce à ses couleurs criardes et ses teintes mal assorties, sans fin, il vous fera revivre un Mai 68 de cauchemar, dans lequel vous êtes libres comme l'air oui, heureux et sans contraintes, mais jusqu'au 6 novembre seulement.
Il est là.
Dans ce mail.
Il vous regarde.
Il a transcendé sa nature première pour devenir une entité numérique.
Il est internet, désormais.
Où que soit celui-ci, il est.
La seule façon pour vous d'être plus fort que lui, c'est de le regarder le premier.
Vous souhaitant de très bonnes vacances - ainsi qu'au semainier qui me lit par dessus votre épaule,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Ha ha !
Vous pensiez y échapper, cette fois, avouez-le !
Constatant qu'il n'arrivait pas, vous vous êtes dit : cette fois, ça y est, libéééérrrééééé, délivréééééé, on a réussi à le semeeeeeer.
Mais où que vous alliez, si vite que vous puissiez courir, le semainier vous retrouvera toujours.
TOUJOURS.
En gras et en capitales d'imprimerie, avec le coup de cymbale à la fin et le petit "popopopopoooooom" qui va de paire !
Le semainier court vite. Il s'est entraîné avec nos profs de sport.
Vous pourrez vous cacher au sommet de la plus haute montagne qu'il vous y attendra, pépère, assis devant un petit feu de camp, en train de faire griller les knackis de vos illusions (c'est une métaphore), en compagnie de son vieux pote Yéti (c'est une métaphore aussi. Sans doute. Enfin, je crois. Mais pas nécessairement. Le semainier est tout à fait capable de faire ami ami avec le vrai Yéti. Ils sont de la même trempe).
Plongeriez-vous au plus profond de l'océan que vous l'y trouveriez affublé d'une queue de sirène, prêt à vous chanter le programme de la semaine du 6 au 10 novembre sur l'air de Papaouté, jusqu'à ce que vous suppliiez votre équipage de vous détacher du mat de votre navire (encore une métaphore - ou bien les sirènes chantent du Jul, auquel cas on comprend qu'Ulysse ait essayé de se noyer pour faire cesser son supplice).
Il vous poursuivra jusque dans vos rêves les plus psychédéliques, peuplera de cliparts hideux vos hallucinations les plus has-been (mais quelle idée de vous envoyer cette boîte de conserve périmée, aussi ? Qui plus est à 23h30 !). Grâce à ses couleurs criardes et ses teintes mal assorties, sans fin, il vous fera revivre un Mai 68 de cauchemar, dans lequel vous êtes libres comme l'air oui, heureux et sans contraintes, mais jusqu'au 6 novembre seulement.
Il est là.
Dans ce mail.
Il vous regarde.
Il a transcendé sa nature première pour devenir une entité numérique.
Il est internet, désormais.
Où que soit celui-ci, il est.
La seule façon pour vous d'être plus fort que lui, c'est de le regarder le premier.
Vous souhaitant de très bonnes vacances - ainsi qu'au semainier qui me lit par dessus votre épaule,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 13 octobre 2017
Le Semainier tombé du Ciel
Où l'administration a ses raisons que la Raison ignore...
Bonsoir à tous,
Vous vous étonnerez sans doute que le mot d'accompagnement soit d'une brièveté (toute relative) ce soir, mais à cela, il y a une raison fort simple, dont je m'en vais vous entretenir instamment.
Que les âmes sensibles et impressionnables soient toutefois prévenues : en plus du planning de la semaine prochaine ci-joint, ce message d'accompagnement lèvera le voile sur certaines vérités indicibles qui gagneraient à rester ignorées des honnêtes gens.
Ainsi donc, les plus calés en d'entre vous en littérature anglophone connaissent peut-être l'oeuvre d'Howard Philips Lovecraft, écrivain américain du siècle dernier qui a révolutionné le genre Fantastique avec ses histoires de créatures abominables, indescriptibles, toutes en tentacules, en yeux innombrables et en pattes arachnides (un peu comme celles qu'on voit du côté des champs Monsanto. Sauf que ça, ce sont des vaches...) ; des êtres mauvais, des dieux anciens, terrés dans les ténèbres au plus profond des ténèbres, qui tentent d'envahir notre monde en se glissant subrepticement dans les failles qui séparent les dimensions, ou qui attendent leur heure (comme tout fonctionnaire qui se respecte, leur heure étant 17h15) au sommet de palais incompréhensibles, étendus dans tellement de directions que l'esprit humain ne peut supporter leur vue sans sombrer dans la folie (ça marche aussi avec les émissions de Cyril Hanouna, mais ça a moins d'allure).
Et bien qu'on se le tienne pour dit !
Travailler dans l'administration, c'est à peu près pareil (et à plus forte raison quand on essaie de trouver une info sur le site de l'académie, qui s'étend lui aussi dans toutes les directions - mais vraisemblablement jamais la bonne)
.
Parce que s'il y a bien une profession qu'on peut qualifier de "non-euclidienne", c'est celle de secrétaire administratif ; et les horreurs tapies sous le tapis ne sont que peu de choses face à la menace très concrète d'une nouvelle circulaire ou d'un imprimé abscons rédigé dans une langue pédagogique inconnue.
Il paraît que si on lit trois fois de suite la lettre d'information référencée BZX 1987775-24 à voix haute devant un miroir sous les coups de minuit, on invoque une nouvelle réforme.
Flippant.
C'est certain : le père Lovecraft aurait adoré ce job. Et il aurait sans doute réévalué son échelle de la peur en conséquence.
Les tentacules, c'est bien. Les trombones, c'est mieux. Ou pire. Tout dépend de quel point de vue de la réalité on se place.
C'est donc pour préserver le peu de santé mentale qu'il me reste que je m'en retourne prématurément dans mes pénates, où j'essaierai de me convaincre que tout ça n'est qu'un rêve et que je suis un papillon.
Vous souhaitant un week-end sain dans un corps sain,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Bonsoir à tous,
Vous vous étonnerez sans doute que le mot d'accompagnement soit d'une brièveté (toute relative) ce soir, mais à cela, il y a une raison fort simple, dont je m'en vais vous entretenir instamment.
Que les âmes sensibles et impressionnables soient toutefois prévenues : en plus du planning de la semaine prochaine ci-joint, ce message d'accompagnement lèvera le voile sur certaines vérités indicibles qui gagneraient à rester ignorées des honnêtes gens.
Ainsi donc, les plus calés en d'entre vous en littérature anglophone connaissent peut-être l'oeuvre d'Howard Philips Lovecraft, écrivain américain du siècle dernier qui a révolutionné le genre Fantastique avec ses histoires de créatures abominables, indescriptibles, toutes en tentacules, en yeux innombrables et en pattes arachnides (un peu comme celles qu'on voit du côté des champs Monsanto. Sauf que ça, ce sont des vaches...) ; des êtres mauvais, des dieux anciens, terrés dans les ténèbres au plus profond des ténèbres, qui tentent d'envahir notre monde en se glissant subrepticement dans les failles qui séparent les dimensions, ou qui attendent leur heure (comme tout fonctionnaire qui se respecte, leur heure étant 17h15) au sommet de palais incompréhensibles, étendus dans tellement de directions que l'esprit humain ne peut supporter leur vue sans sombrer dans la folie (ça marche aussi avec les émissions de Cyril Hanouna, mais ça a moins d'allure).
Et bien qu'on se le tienne pour dit !
Travailler dans l'administration, c'est à peu près pareil (et à plus forte raison quand on essaie de trouver une info sur le site de l'académie, qui s'étend lui aussi dans toutes les directions - mais vraisemblablement jamais la bonne)
.
Parce que s'il y a bien une profession qu'on peut qualifier de "non-euclidienne", c'est celle de secrétaire administratif ; et les horreurs tapies sous le tapis ne sont que peu de choses face à la menace très concrète d'une nouvelle circulaire ou d'un imprimé abscons rédigé dans une langue pédagogique inconnue.
Il paraît que si on lit trois fois de suite la lettre d'information référencée BZX 1987775-24 à voix haute devant un miroir sous les coups de minuit, on invoque une nouvelle réforme.
Flippant.
C'est certain : le père Lovecraft aurait adoré ce job. Et il aurait sans doute réévalué son échelle de la peur en conséquence.
Les tentacules, c'est bien. Les trombones, c'est mieux. Ou pire. Tout dépend de quel point de vue de la réalité on se place.
C'est donc pour préserver le peu de santé mentale qu'il me reste que je m'en retourne prématurément dans mes pénates, où j'essaierai de me convaincre que tout ça n'est qu'un rêve et que je suis un papillon.
Vous souhaitant un week-end sain dans un corps sain,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
lundi 9 octobre 2017
Un seul cahier de réservation de salle vous manque...
Bonjour à tous,
C'est avec beaucoup d'inquiétude que nous lançons cet appel à témoin car à ce jour (c'est-à-dire lundi. Suivez, un peu), nous sommes toujours sans nouvelles du petit Cahier-de-Réservation-de-la-salle-Informatique-du-Bâtiment-A (qu'entre nous, nous appelions affectueusement "Bob" pour plus de commodité).
Il venait de fêter ses quatre ans d'existence et il aspirait à devenir Super Conquérant, ou Clairefontaine plus tard.
Apprécié de tous, il savait faire oublier un caractère un peu rugueux en surface (ne jugez pas un cahier à sa couverture, dit-on), pour dévoiler une vraie douceur au niveau de la texture de son papier à l'intérieur.
Disparu depuis vendredi, il manque énormément à ses deux grands frères en salle des professeurs.
Par conséquent, si l'un ou l'une (ou le non-cis-genre) d'entre vous l'a vu ou emporté par mégarde, nous lui serions gré de nous en informer sans délai. Il n'est pas trop tard pour pouvoir plaider l'oubli involontaire, et bénéficier des circonstances atténuantes.
Alors que demain...
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
C'est avec beaucoup d'inquiétude que nous lançons cet appel à témoin car à ce jour (c'est-à-dire lundi. Suivez, un peu), nous sommes toujours sans nouvelles du petit Cahier-de-Réservation-de-la-salle-Informatique-du-Bâtiment-A (qu'entre nous, nous appelions affectueusement "Bob" pour plus de commodité).
Il venait de fêter ses quatre ans d'existence et il aspirait à devenir Super Conquérant, ou Clairefontaine plus tard.
Apprécié de tous, il savait faire oublier un caractère un peu rugueux en surface (ne jugez pas un cahier à sa couverture, dit-on), pour dévoiler une vraie douceur au niveau de la texture de son papier à l'intérieur.
Disparu depuis vendredi, il manque énormément à ses deux grands frères en salle des professeurs.
Par conséquent, si l'un ou l'une (ou le non-cis-genre) d'entre vous l'a vu ou emporté par mégarde, nous lui serions gré de nous en informer sans délai. Il n'est pas trop tard pour pouvoir plaider l'oubli involontaire, et bénéficier des circonstances atténuantes.
Alors que demain...
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 6 octobre 2017
Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu. Encore et encore et encore.
Où l'on n'est pas drôle, faute d'avoir encore un peu d'énergie pour ça.
Le secrétaire de direction lance un regard fatigué à l'horloge murale suspendue à sa gauche.
16h45.
Allons bon.
Il aurait juré qu'il était plus tard. Qu'il avait déjà levé la tête, trois heures plus tôt, dans cette même direction, et que l'horloge indiquait déjà 16h45.
Soudain, un doute l'étreint. Une angoisse existentielle se saisit de lui. N'avait-il pas déjà vécu ce moment ? Ne le vivait-il pas sans cesse, en boucle, jour après jour après jour ? A-t-il jamais vraiment quitté ce bureau où il passe les trois quarts de son temps à taper des lettres au hasard sur son clavier, ou a essayer de faire des figures acrobatiques sur sa chaise à roulettes dès que ses chefs regardent ailleurs ?
Il a le sentiment d'avoir un chez-lui, quelque part, ailleurs, mais les souvenirs qu'il en a sont si vagues... N'a-t-il pas tout imaginé, à force de rester là, immobile, vissé devant son poste, à rêver à toutes les vies imaginaires qu'il aurait pu avoir s'il était né Roi de France ou si il avait postulé, jadis, au casting de Loft Story.
Dépité, il jette un œil par la fenêtre mais la nuit est déjà tombée. Est-ce bien la nuit, d'ailleurs ? Cette obscurité d'un noir d'encre, uniforme et pourtant, un rien granuleuse, n'est-elle pas qu'une couche de peinture sur un mur en trompe l’œil ?
Et s'il n'y avait pas de monde, à l'extérieur ?
Et s'il n'y avait pas d'extérieur ?
Et s'il n'y avait que ce clavier, et ce bureau, et cette chaise à roulette, et le semainier joint à ce message pour attester de son existence ?
Et si c'était justement ça, le monde, et rien de plus ?
Et s'il revivait cent fois la même journée (de la marmotte ?), encore, et encore, et encore, entrant dans le bureau à chaque fois qu'il croit en sortir, la tête peuplée de gens, de lieux, de vies qu'il s'est imaginé pour supporter le vide de ce quotidien insensé ?
Non, non, il refuse d'y croire. Fébrile, se lève précipitamment. Trop. Ses genoux lui font mal au moment où il se redresse, comme s'il était resté assis pendant plusieurs milliers d'année, ou s'il avait trop forcé sur les bonbons Haribo (or les deux hypothèses se valent).
Un seul moyen de savoir. Un seul moyen d'être sûr.
Titubant comme s'il était ivre, il hésite quelques pas, grimace, s'avance vers la porte du bureau - laquelle semble reculer à mesure qu'il essaie de se rapprocher d'elle.
Un pas.
Un autre.
Et encore un.
Allez, courage, plus qu'un dernier.
Il y est presque.
S'écroulant à demi sur la poignée, il pèse dessus de tout son poids, puis tire la porte vers lui avec ses dernières forces.
Peu compréhensive, celle-ci résiste un peu, lâche un grincement désapprobateur, mais finit par s'ouvrir, bon gré mal gré.
Au-delà de l'encadrement : l'obscurité, encore. Cette même obscurité qui semble déborder presque, à la fenêtre. Cette obscurité sans étoiles, sans lune, sans filet de lumière pour éclairer sa route.
Un couloir, ou un cul-de-sac ?
Il est allé trop loin pour faire demi-tour, maintenant. Il faut qu'il sache. Absolument.
Prenant une grande inspiration, il ferme les yeux, s'avance encore, pose un pied à l'extérieur, puis le second. Laisse passer une minute, plus si sûr de vouloir savoir où il se trouve ni ce qui l'y attend.
Puis ose, enfin.
Lentement, ses paupières se soulèvent, ses yeux peinent à accommoder.
Tout d'abord, il ne comprend pas ce qu'il a devant lui. Il reste là, interdit, incrédule. Puis petit à petit, les formes trouvent un sens, et ce sens trouvent une raison d'être.
Déglutissant bruyamment, il s'avance encore, et découvre...
--
Le secrétaire de direction
Deux pour le prix d'un
Parce que même si on n'aime pas ça, des fois, la communication, ça oblige à communiquer.
05/10/2017 : ventilations de service à signer au secrétariat
A l'attention de l'ensemble des professeurs,
Bonjour à tous,
Vous les attendiez avec impatience !
Elles sont toutes belles, toutes chaudes, tout juste sortis du four de l'administration, elles sentent bon le papier et l'encre pour imprimante : vos ventilations de service sont enfin disponibles au secrétariat de direction, et elles sont fondantes à cœur.
Je vous invite donc à venir les signer avant qu'elles refroidissent.
Vous en remerciant par avance, et avec toutes mes excuses si je vous ai donné faim (mais en même temps, y'a pas beaucoup de risque, à l'heure où j'envoie ce message, vous sortez tous de table),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction.
06/10/2017 : Je vais aller droit au but : reste dans ta cage.
Cher "gros", dit "cousin", dit "ça va la bes ?",
Je t'écris aujourd'hui en mode full caillera pour t'informer que zarma, sa mère, on a reçu tes cages de foot et elles déchirent tout grave, mais avec modération.
C'est dans un esprit de franche camaraderie que je t'invite à ramener ta carcasse au Crétariase de Rectiondi pour les choper à l'ancienne façon deux flics à miami.
ça aurait été trop de la balle si y'avait eu des ballons avec mais comme il n'y en a pas, c'est juste trop de la cage.
Bien weshialement,
--
Le secrétaire de direction
05/10/2017 : ventilations de service à signer au secrétariat
A l'attention de l'ensemble des professeurs,
Bonjour à tous,
Vous les attendiez avec impatience !
Elles sont toutes belles, toutes chaudes, tout juste sortis du four de l'administration, elles sentent bon le papier et l'encre pour imprimante : vos ventilations de service sont enfin disponibles au secrétariat de direction, et elles sont fondantes à cœur.
Je vous invite donc à venir les signer avant qu'elles refroidissent.
Vous en remerciant par avance, et avec toutes mes excuses si je vous ai donné faim (mais en même temps, y'a pas beaucoup de risque, à l'heure où j'envoie ce message, vous sortez tous de table),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction.
06/10/2017 : Je vais aller droit au but : reste dans ta cage.
Cher "gros", dit "cousin", dit "ça va la bes ?",
Je t'écris aujourd'hui en mode full caillera pour t'informer que zarma, sa mère, on a reçu tes cages de foot et elles déchirent tout grave, mais avec modération.
C'est dans un esprit de franche camaraderie que je t'invite à ramener ta carcasse au Crétariase de Rectiondi pour les choper à l'ancienne façon deux flics à miami.
ça aurait été trop de la balle si y'avait eu des ballons avec mais comme il n'y en a pas, c'est juste trop de la cage.
Bien weshialement,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 29 septembre 2017
Pour survivre au semainier, il faut devenir le semainier
Où la semaine fut rude et riche en contrariétés (encore plus que d'habitude, je veux dire)...
Bon gré, mal gré, le doigt rampe douloureusement le long du clavier qui, au fil de la semaine, est devenu son enfer, son champ de bataille.
Blessé au côté par un tir d’agrafeuse inopiné, chaque lettre qu'il enfonce (à grand peine) lui arrache une grimace de souffrance. A bout de forces, il puise dans ce qui lui reste de ressources pour rédiger cet ultime message de la semaine, dans lequel il se met en scène à la troisième personne - de la pudeur, sans doute, éventuellement un soupçon d'orgueil -, à quelques paragraphes de l'évanouissement.
Ses articulations lui font mal, il peine à se courber, et pourtant il ne renonce pas : il a un devoir à accomplir, il a des responsabilités. Sans lui, ce sont des dizaines de professeurs qui ne sauront pas ce qui les attend dans les sept jours à venir. Sans lui, ce serait l'anarchie. Le chaos. La fin du monde libre. Il pense à Auriculaire, Pouce, Majeur, ses frères d'armes tombés au champ d'honneur. Il pense à la brigade Main Gauche, dont il n'a plus de nouvelles depuis le blitz du "Message-d'Information-à-l'Ensemble-de-l'Equipe-Educative". Il pense à toutes les larmes versées, toute la sueur, et il se demande à quoi bon, mais il ne fléchit pas - ou tout juste ce qu'il faut pour taper ce message.
Il sait que quand la paix du week-end reviendra, il n'aura ni médaille, ni hourras. Il ne sera pas porté en triomphe. Il sait que la liesse sera pour les autres, et il la leur laisse de bon coeur.
Il n'aspire qu'au repos, ce soir.
Il s'imagine déjà dans le B22 modèle Clio qui le ramènera au ranch familial, et à combien il sera heureux de retrouver ses poules et ses vaches - et la jolie Becky, aussi, l'annulaire de la fille du puisatier, son premier et unique amour.
Il pourra alors goûter aux joies simples d'une retraite méritée ; et s'il apprend un jour qu'un professeur n'aura pas oublié son rendez-vous chez M le Chef d'Etablissement, ou que la vie scolaire n'a pas cherché vainement les 3ème1 vendredi matin, il pourra se dire que c'est un peu grâce à lui.
Porté par ces pensées réconfortantes, il rassemble toute son énergie, se prépare au baroud d'honneur, redouble d'efforts et frappe, caractère après caractère :
"Bon week-end à tous".
Voilà. ça, c'est fait.
Il y est presque.
Plus que sa signature à apposer au bas de ce message, ce bout de phrase dont il a fait son emblème, à force, et le calvaire sera fini pour lui, ce sera retour au bercail.
Aussi s'applique-t-il plus que jamais, inspire-t-il profondément (autant qu'un Index puisse inspirer) et inscrit-il le plus sincèrement du monde :
"Bien cordialement,"
--
Le secrétaire de direction
Bon gré, mal gré, le doigt rampe douloureusement le long du clavier qui, au fil de la semaine, est devenu son enfer, son champ de bataille.
Blessé au côté par un tir d’agrafeuse inopiné, chaque lettre qu'il enfonce (à grand peine) lui arrache une grimace de souffrance. A bout de forces, il puise dans ce qui lui reste de ressources pour rédiger cet ultime message de la semaine, dans lequel il se met en scène à la troisième personne - de la pudeur, sans doute, éventuellement un soupçon d'orgueil -, à quelques paragraphes de l'évanouissement.
Ses articulations lui font mal, il peine à se courber, et pourtant il ne renonce pas : il a un devoir à accomplir, il a des responsabilités. Sans lui, ce sont des dizaines de professeurs qui ne sauront pas ce qui les attend dans les sept jours à venir. Sans lui, ce serait l'anarchie. Le chaos. La fin du monde libre. Il pense à Auriculaire, Pouce, Majeur, ses frères d'armes tombés au champ d'honneur. Il pense à la brigade Main Gauche, dont il n'a plus de nouvelles depuis le blitz du "Message-d'Information-à-l'Ensemble-de-l'Equipe-Educative". Il pense à toutes les larmes versées, toute la sueur, et il se demande à quoi bon, mais il ne fléchit pas - ou tout juste ce qu'il faut pour taper ce message.
Il sait que quand la paix du week-end reviendra, il n'aura ni médaille, ni hourras. Il ne sera pas porté en triomphe. Il sait que la liesse sera pour les autres, et il la leur laisse de bon coeur.
Il n'aspire qu'au repos, ce soir.
Il s'imagine déjà dans le B22 modèle Clio qui le ramènera au ranch familial, et à combien il sera heureux de retrouver ses poules et ses vaches - et la jolie Becky, aussi, l'annulaire de la fille du puisatier, son premier et unique amour.
Il pourra alors goûter aux joies simples d'une retraite méritée ; et s'il apprend un jour qu'un professeur n'aura pas oublié son rendez-vous chez M le Chef d'Etablissement, ou que la vie scolaire n'a pas cherché vainement les 3ème1 vendredi matin, il pourra se dire que c'est un peu grâce à lui.
Porté par ces pensées réconfortantes, il rassemble toute son énergie, se prépare au baroud d'honneur, redouble d'efforts et frappe, caractère après caractère :
"Bon week-end à tous".
Voilà. ça, c'est fait.
Il y est presque.
Plus que sa signature à apposer au bas de ce message, ce bout de phrase dont il a fait son emblème, à force, et le calvaire sera fini pour lui, ce sera retour au bercail.
Aussi s'applique-t-il plus que jamais, inspire-t-il profondément (autant qu'un Index puisse inspirer) et inscrit-il le plus sincèrement du monde :
"Bien cordialement,"
--
Le secrétaire de direction
vendredi 22 septembre 2017
Le secréteur du Futur
Où l'on n'annonce jamais trop un premier exercice-incendie, et où c'est l'occasion de pasticher une web-série célèbre...
Stop !
Ecoute-moi bien, c'est important !
J'arrive du futur pour te dire : "surtout, ne ferme pas ce message avant d'avoir lu le semainier joint !"
Sinon, voilà ce qui va se passer :
Jeudi 28 septembre 2017, à 9h30, l'alarme incendie va sonner, mais comme tu n'étais pas au courant, tu vas croire que l'heure de la récré est arrivée plus tôt que prévu et tu vas libérer ta classe, ce qui te permettra de profiter d'une demi-heure de pause supplémentaire que tu passeras à jouer à Candy Crush sur ton portable - et tu battras même ton propre record !
Seulement voilà !
Comme ta classe ne trouvera personne ni dans la cour, ni à la vie scolaire (vu que nous serons tous parqués sur le plateau sportif), elle pensera que nous avons été enlevé par des extraterrestres, comme dans l'émission de Jean-Marc Morandini diffusée la veille sur le câble ("les mollusques de Ganymède, qui sont-ils, que veulent-ils, quels sont leurs réseaux ?"). Plutôt que de remonter dans ta salle, elle va donc se précipiter à l'intendance pour réquisitionner tout ce qu'elle trouvera de trombones et d'agrafeuses afin d'organiser la résistance, manquant d'entraîner un trou de plusieurs milliers d'euros dans le budget de l'établissement (mais heureusement, pas sur les crédits pédagogiques, ce qui te permettra de continuer d'acheter tranquillement des trucs sur LeBonCoin en les faisant passer pour du matériel d'enseignement).
Mais ce n'est pas tout !
Quand leurs camarades reviendront de l'exercice, tes élèves croiront qu'il s'agit de cyber-clones envoyés pour donner le change auprès de leurs familles (Morandini les avait bien mis en garde là-dessus), et ils lanceront une grande cagnotte Litchee sur internet pour financer leur contre-attaque. Cagnotte qui, moins d'un mois plus tard, va leur rapporter plusieurs centaines de millions d'euros (après avoir publiquement reçu le soutien inespéré de Paco Rabanne, des frères Bogdanov et de Jean-Marc Morandini lui-même).
Sauf qu'avec cet argent, plutôt que d'acheter l'usine Haribo pour se baigner dans les cuves de fraises Tagada (comme n'importe quel pré-ado censé le ferait), ils paieront des gens du CNRS pour créer ce qu'ils appelleront un "rayon plasmatique réfracteur de polarité", destiné à désactiver les robots humains sans nuire au reste de la population. Rayon qui verra le jour le 18 mars 2084 mais qui, dans les faits, ne sera bon qu'à transmuer les molécules d'eau plate en molécule de café torréfié Nescafé saveur Brésil Intense, ce qui mettra un terme tardif à leur mouvement de résistance mais les rendra encore plus riches !
Grâce à cette technologie révolutionnaire, ils deviendront les numéros 1 de la cafetière et remplaceront progressivement tous les anciens modèles par des appareils toujours plus sophistiqués et plus imposants, si bien qu'en 2122, leurs descendants inaugureront l'apogée de cette technologie, une machine de la taille du stade de France, capable d'alimenter tout le Nord du pays ainsi qu'une partie du Sud-Ouest. Malheureusement, un court-circuit dans le système principal provoquera une explosion telle qu'elle engloutira l'hexagone sous des tonnes de litres de café moulu pur arabica, sonnant le glas de la civilisation telle que nous la connaissons et marquant l'avènement d'une nouvelle humanité, respirant du café en poudre en lieu et place de l'oxygène de leurs ancêtres !
Alors surtout, ne ferme pas ce message avant d'avoir lu le semainier joint, et les consignes qui vont de paire !
Je vais disparaître, c'est normal !
Mais pas sans te souhaiter d'abord un excellent week-end,
--
Le secréteur du futur de direction
Stop !
Ecoute-moi bien, c'est important !
J'arrive du futur pour te dire : "surtout, ne ferme pas ce message avant d'avoir lu le semainier joint !"
Sinon, voilà ce qui va se passer :
Jeudi 28 septembre 2017, à 9h30, l'alarme incendie va sonner, mais comme tu n'étais pas au courant, tu vas croire que l'heure de la récré est arrivée plus tôt que prévu et tu vas libérer ta classe, ce qui te permettra de profiter d'une demi-heure de pause supplémentaire que tu passeras à jouer à Candy Crush sur ton portable - et tu battras même ton propre record !
Seulement voilà !
Comme ta classe ne trouvera personne ni dans la cour, ni à la vie scolaire (vu que nous serons tous parqués sur le plateau sportif), elle pensera que nous avons été enlevé par des extraterrestres, comme dans l'émission de Jean-Marc Morandini diffusée la veille sur le câble ("les mollusques de Ganymède, qui sont-ils, que veulent-ils, quels sont leurs réseaux ?"). Plutôt que de remonter dans ta salle, elle va donc se précipiter à l'intendance pour réquisitionner tout ce qu'elle trouvera de trombones et d'agrafeuses afin d'organiser la résistance, manquant d'entraîner un trou de plusieurs milliers d'euros dans le budget de l'établissement (mais heureusement, pas sur les crédits pédagogiques, ce qui te permettra de continuer d'acheter tranquillement des trucs sur LeBonCoin en les faisant passer pour du matériel d'enseignement).
Mais ce n'est pas tout !
Quand leurs camarades reviendront de l'exercice, tes élèves croiront qu'il s'agit de cyber-clones envoyés pour donner le change auprès de leurs familles (Morandini les avait bien mis en garde là-dessus), et ils lanceront une grande cagnotte Litchee sur internet pour financer leur contre-attaque. Cagnotte qui, moins d'un mois plus tard, va leur rapporter plusieurs centaines de millions d'euros (après avoir publiquement reçu le soutien inespéré de Paco Rabanne, des frères Bogdanov et de Jean-Marc Morandini lui-même).
Sauf qu'avec cet argent, plutôt que d'acheter l'usine Haribo pour se baigner dans les cuves de fraises Tagada (comme n'importe quel pré-ado censé le ferait), ils paieront des gens du CNRS pour créer ce qu'ils appelleront un "rayon plasmatique réfracteur de polarité", destiné à désactiver les robots humains sans nuire au reste de la population. Rayon qui verra le jour le 18 mars 2084 mais qui, dans les faits, ne sera bon qu'à transmuer les molécules d'eau plate en molécule de café torréfié Nescafé saveur Brésil Intense, ce qui mettra un terme tardif à leur mouvement de résistance mais les rendra encore plus riches !
Grâce à cette technologie révolutionnaire, ils deviendront les numéros 1 de la cafetière et remplaceront progressivement tous les anciens modèles par des appareils toujours plus sophistiqués et plus imposants, si bien qu'en 2122, leurs descendants inaugureront l'apogée de cette technologie, une machine de la taille du stade de France, capable d'alimenter tout le Nord du pays ainsi qu'une partie du Sud-Ouest. Malheureusement, un court-circuit dans le système principal provoquera une explosion telle qu'elle engloutira l'hexagone sous des tonnes de litres de café moulu pur arabica, sonnant le glas de la civilisation telle que nous la connaissons et marquant l'avènement d'une nouvelle humanité, respirant du café en poudre en lieu et place de l'oxygène de leurs ancêtres !
Alors surtout, ne ferme pas ce message avant d'avoir lu le semainier joint, et les consignes qui vont de paire !
Je vais disparaître, c'est normal !
Mais pas sans te souhaiter d'abord un excellent week-end,
--
Le secréteur du futur de direction
Divers et contre tout.
Où l'on a encore perdu du matériel...
Bonjour à tous,
On le sait bien, l'été est le temps des grandes migrations, les télécommandes retournent vers leurs terres natales pour nidifier, donnant bientôt naissance à plein de bébés télécommandes qui, à leur tour, serviront un jour dans une salle de classe ou sur le canapé d'un particulier.
Hélas, si toutes sont revenues depuis pour retrouver leurs territoires respectifs, on déplore l'absence de celle de la salle B21, qui n'a de toute évidence pas retrouvé le chemin du Collège.
Par conséquent, si l'un ou l'une d'entre vous a de ses nouvelles, ou sait où on peut la trouver, merci de m'en informer au secrétariat afin que je rassure les employés de la WWF (Hulk Hogan est très inquiet).
Vous en remerciant par avance,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
...mais où on a retrouvé la convivialité.
Bonjour à tous,
Parce que le travail, ce n'est pas que le travail (on m'aura compris) (enfin, j'espère), tous ceux qui voudraient se retrouver dans un cadre informel pour partager un temps de convivialité sont invités ce soir au bar Champagne et Bubulles, à partir de 18h30, pour y deviser de tout ce qui ne va pas dans ce monde et de ce que chacun a prévu pour ce week-end (liste non exhaustive).
Enfin, entendons-nous bien : quand je dis "sont invités", c'est une façon de parler, n'allez pas croire que vos consos seront réglées grâce aux crédits pédagogiques de l'établissement.
Ceux qui viennent en hélico pourront s'aider de cette vue satellite pour trouver un endroit où atterrir :
[randomliengooglesatellite]
Les autres n'auront qu'à laisser faire leur GPS : c'est à deux pas.
Avis aux amateurs, amateuses, amatrices et apparentés !
--
Le secrétaire de direction
Bonjour à tous,
On le sait bien, l'été est le temps des grandes migrations, les télécommandes retournent vers leurs terres natales pour nidifier, donnant bientôt naissance à plein de bébés télécommandes qui, à leur tour, serviront un jour dans une salle de classe ou sur le canapé d'un particulier.
Hélas, si toutes sont revenues depuis pour retrouver leurs territoires respectifs, on déplore l'absence de celle de la salle B21, qui n'a de toute évidence pas retrouvé le chemin du Collège.
Par conséquent, si l'un ou l'une d'entre vous a de ses nouvelles, ou sait où on peut la trouver, merci de m'en informer au secrétariat afin que je rassure les employés de la WWF (Hulk Hogan est très inquiet).
Vous en remerciant par avance,
Bien cordialement,
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Le secrétaire de direction
*
...mais où on a retrouvé la convivialité.
Bonjour à tous,
Parce que le travail, ce n'est pas que le travail (on m'aura compris) (enfin, j'espère), tous ceux qui voudraient se retrouver dans un cadre informel pour partager un temps de convivialité sont invités ce soir au bar Champagne et Bubulles, à partir de 18h30, pour y deviser de tout ce qui ne va pas dans ce monde et de ce que chacun a prévu pour ce week-end (liste non exhaustive).
Enfin, entendons-nous bien : quand je dis "sont invités", c'est une façon de parler, n'allez pas croire que vos consos seront réglées grâce aux crédits pédagogiques de l'établissement.
Ceux qui viennent en hélico pourront s'aider de cette vue satellite pour trouver un endroit où atterrir :
[randomliengooglesatellite]
Les autres n'auront qu'à laisser faire leur GPS : c'est à deux pas.
Avis aux amateurs, amateuses, amatrices et apparentés !
--
Le secrétaire de direction
vendredi 15 septembre 2017
Trop de tu tue le tu
Où l'on n'a pas pu faire sa petite sieste de vingt minutes entre midi et deux, et où l'on peine à trouver l'inspiration (alors on la joue éco-responsable et on recycle les idées).
Cher professeur, cher collègue, cher ami - peut-être ?
Avant d'évoquer avec toi en détail le contenu du planning de la semaine prochaine, je tenais à t'adresser mes remerciements pour avoir répondu de façon aussi volontaire au Doodle que je t'ai adressé vendredi dernier.
Même si tu ne m'as pas toujours simplifié la tâche dans tes réponses (mais hé, c'est un peu ma faute, aussi, j'ai tendu le bâton pour me faire battre !), je suis ravi d'avoir pu commencer, enfin, à te dire "tu", voire à t'appeler par ton prénom, voire à t'héberger chez moi à mi-chemin entre mon canapé et mon frigo (les intéressés se reconnaîtront. Et seront prier de me laisser quelques chips).
Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, j'ai encore des loupés et quelques hésitations de passage, quelques "vous" persistants qui reviennent avec la fatigue et les automatismes, mais les faits sont là : je te dis "tu" et le secrétariat ne s'est pas effondré sur ses bases, l'équilibre des forces n'est pas bouleversé, tout va bien, je suis tout à fait à l'aise, je le vis très bien, je n'ai absolument aucune difficulté à assimiler cette donnée nouvelle, le glissement se fait de la façon la plus naturelle qui soit, si bien que tu
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SYNTAX ERROR
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***
IT SEEMS THIS FILE HAD BEEN CORRUPTED
PLEASE REBOOT SECRETAIRE DE DIRECTION
REBOOTING SECRETAIRE
PLEASE DO NOT TURN OFF THE COMPUTER
ATTENTION ! LE SECRÉTAIRE DE DIRECTION N'A PAS ÉTÉ ÉTEINT CORRECTEMENT.
VOULEZ-VOUS PASSER EN MODE SANS ÉCHEC POUR VÉRIFIER L’INTÉGRITÉ DU PROGRAMME ?
> OUI > NON
LE SECRÉTAIRE DE DIRECTION VA MAINTENANT REDÉMARRER EN MODE SANS ÉCHEC.
SI LE PROBLÈME PERSISTE, MERCI DE CONTACTER LE SERVICE D’ASSISTANCE MICROSOFT.
"Madame, Monsieur,
Veuillez trouver ci-joint le planning de la semaine à venir, qui vous permettra d'anticiper ses principaux temps fort.
Vous remerciant par avance d'en prendre connaissance, et restant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire,
Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués"
--
Le secrétaire de direction
vendredi 8 septembre 2017
Pronom de tous les miens
Parce qu'après quatre années de services mi-figue mi-papaye mais à peu près loyaux, il est grand temps de travailler sur mon talon d'Achille : le rapport aux autres. Vaste chantier.
Bonsoir à tous,
Voilà plus de quatre ans, maintenant, que je débute au collège Jean Roucas. Bien que j'aie fait quelques progrès à de nombreux niveaux (je dis bonjour, j'arrive à sourire sans me faire péter les muscles du visage, je ne manque plus de m'évanouir quand vous m'adressez la parole), à chaque rentrée, j'avoue, je me sens encore comme le petit nouveau d'il y a mille quatre cent soixante et un jours, celui qui pâlit à la vue d'une fiche de paie et qui ne comprend rien aux circulaires qu'on lui envoie (mais pourquoi ils ne les écrivent pas en français, aussi ? Ce serait tellement plus simple...).
Sauf que depuis, je dois me rendre à l'évidence, de l'eau a coulé dans la Saône, charriant son lot de poissons-chats géants mangeurs de teckels (j'adore cette légende urbaine) et de paquets de chips biodégradants (j'adore beaucoup moins cette réalité), me plaçant malgré moi dans une position délicate (plus délicate encore que la position debout, pourtant crainte par l'ensemble de mes camarades fonctionnaires).
Parce que voilà, avec le temps, j'ai commencé à vous connaître (un peu) et à vous apprécier, tous autant que vous êtes (sauf les deux dans le fond, là, qui se reconnaîtront) - du moins, autant que je puisse apprécier des individus qui m'empêchent de dormir sur mon clavier.
Ce qui m'amène à poser ce constat terrible, presque schizophrénique ("Gollum, Gollum", pour citer François Rabelais) : je ne sais plus qui je dois vouvoyer et qui je dois tutoyer. ça n'aura l'air de rien, pour vous, mais pour quelqu'un comme moi, qui est à la psychorigidité ce que la psychorigidité est à l'idéal post soixante-huitard, c'est très perturbant. En temps normal, on l'aura compris, je vouvoie tout le monde par défaut, ça va avec la panoplie du fonctionnaire, ça fait pro, sobre, distancié. Mais au bout de mille quatre cent soixante et un jours, parfois, j'ai l'impression que ça sonne un peu faux. Non ?
Alors voilà, ne reculant devant aucun effort de fin de semaine, j'ai mobilisé la totalité de mes vertigineuses compétences en informatique pour créer un nouveau Doodle, histoire de m'aider à faire le tri dans mes pronoms. Doodle auquel vous êtes libre de répondre ou pas, que vous soyez seul ou plusieurs.
Mais si vous n'y répondez pas, ne viens pas te plaindre si je ne m'adresse pas à toi comme vous le souhaiteriez !
Peu importe votre réponse (ou non-réponse), le semainier ci-joint sera le même pour tout le monde, et la semaine à venir également, alors n'oublie pas d'y jeter un yeux attentif !
Te souhaitant à vous tous un excellent week-end !
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Bonsoir à tous,
Voilà plus de quatre ans, maintenant, que je débute au collège Jean Roucas. Bien que j'aie fait quelques progrès à de nombreux niveaux (je dis bonjour, j'arrive à sourire sans me faire péter les muscles du visage, je ne manque plus de m'évanouir quand vous m'adressez la parole), à chaque rentrée, j'avoue, je me sens encore comme le petit nouveau d'il y a mille quatre cent soixante et un jours, celui qui pâlit à la vue d'une fiche de paie et qui ne comprend rien aux circulaires qu'on lui envoie (mais pourquoi ils ne les écrivent pas en français, aussi ? Ce serait tellement plus simple...).
Sauf que depuis, je dois me rendre à l'évidence, de l'eau a coulé dans la Saône, charriant son lot de poissons-chats géants mangeurs de teckels (j'adore cette légende urbaine) et de paquets de chips biodégradants (j'adore beaucoup moins cette réalité), me plaçant malgré moi dans une position délicate (plus délicate encore que la position debout, pourtant crainte par l'ensemble de mes camarades fonctionnaires).
Parce que voilà, avec le temps, j'ai commencé à vous connaître (un peu) et à vous apprécier, tous autant que vous êtes (sauf les deux dans le fond, là, qui se reconnaîtront) - du moins, autant que je puisse apprécier des individus qui m'empêchent de dormir sur mon clavier.
Ce qui m'amène à poser ce constat terrible, presque schizophrénique ("Gollum, Gollum", pour citer François Rabelais) : je ne sais plus qui je dois vouvoyer et qui je dois tutoyer. ça n'aura l'air de rien, pour vous, mais pour quelqu'un comme moi, qui est à la psychorigidité ce que la psychorigidité est à l'idéal post soixante-huitard, c'est très perturbant. En temps normal, on l'aura compris, je vouvoie tout le monde par défaut, ça va avec la panoplie du fonctionnaire, ça fait pro, sobre, distancié. Mais au bout de mille quatre cent soixante et un jours, parfois, j'ai l'impression que ça sonne un peu faux. Non ?
Alors voilà, ne reculant devant aucun effort de fin de semaine, j'ai mobilisé la totalité de mes vertigineuses compétences en informatique pour créer un nouveau Doodle, histoire de m'aider à faire le tri dans mes pronoms. Doodle auquel vous êtes libre de répondre ou pas, que vous soyez seul ou plusieurs.
Mais si vous n'y répondez pas, ne viens pas te plaindre si je ne m'adresse pas à toi comme vous le souhaiteriez !
Peu importe votre réponse (ou non-réponse), le semainier ci-joint sera le même pour tout le monde, et la semaine à venir également, alors n'oublie pas d'y jeter un yeux attentif !
Te souhaitant à vous tous un excellent week-end !
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
jeudi 7 septembre 2017
Procès Verbal d'Installation Recherche Signature Désespérément
Parce qu'on répète, on répète et puis un jour, ça pète.
Madame, Monsieur,
Je me fais aujourd'hui le porte parole de votre procès verbal d'installation, qui se languit de votre signature.
Très affecté par votre absence (qu'il interprète, m'a-t-il confié, comme du rejet de votre part), il s'est roulé en boule dans le coin du bureau où il se balance d'avant en arrière, en marmonnant sans fin "pourquoi personne ne m'aime ?".
Le voir ainsi me fend le coeur, alors de temps en temps, je lui lance des M&Ms et des Kinder Chocobon mais il refuse de s'en saisir.
Tout au plus lève-t-il vers moi de grands yeux humides, comme une prière muette qui reste aujourd'hui sans réponse.
Comptant sur votre compréhension (parce qu'il est en train de me filer grave le cafard, c't'animal !),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Madame, Monsieur,
Je me fais aujourd'hui le porte parole de votre procès verbal d'installation, qui se languit de votre signature.
Très affecté par votre absence (qu'il interprète, m'a-t-il confié, comme du rejet de votre part), il s'est roulé en boule dans le coin du bureau où il se balance d'avant en arrière, en marmonnant sans fin "pourquoi personne ne m'aime ?".
Le voir ainsi me fend le coeur, alors de temps en temps, je lui lance des M&Ms et des Kinder Chocobon mais il refuse de s'en saisir.
Tout au plus lève-t-il vers moi de grands yeux humides, comme une prière muette qui reste aujourd'hui sans réponse.
Comptant sur votre compréhension (parce qu'il est en train de me filer grave le cafard, c't'animal !),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
samedi 2 septembre 2017
C'est la chenille qui redémarre
Où plus c'est long, plus c'est bon mais où plus c'est petit, plus c'est mignon ; et où on se remet en route doucement pour éviter les claquages.
Bonjour à tous,
On a coutume de dire que "les premiers seront les derniers" (pas sûr que ça fonctionne dans le cadre des évaluations de fin de trimestre, ceci dit), mais tenez-vous-le pour dit : ce premier semainier cuvée 2017-2018 n'est que le premier d'une longue, très longue série.
Grâce à lui, plus que jamais, vous en vaudrez deux - puisque c'est ce que vaut "un être humain averti", paraît-il, et que vous y trouverez tout ce qu'il vous faudra savoir sur la semaine à venir. Le tout, sublimé par un nouveau code-couleur exclusif en édition limitée de série issu de la recherche spatiale, qui saura flatter vos rétines jusqu'à ce qu'elles se mettent à piquer.
Vous souhaitant un excellent dernier week-end (qui, lui n'est que le premier d'une autre très longue série), avant votre plongeon dans le grand bain éducatif (à toutes fins utiles, j'espère que vous avez tous validé votre "Savoir Nager").
Courage à tous !
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
Bonjour à tous,
On a coutume de dire que "les premiers seront les derniers" (pas sûr que ça fonctionne dans le cadre des évaluations de fin de trimestre, ceci dit), mais tenez-vous-le pour dit : ce premier semainier cuvée 2017-2018 n'est que le premier d'une longue, très longue série.
Grâce à lui, plus que jamais, vous en vaudrez deux - puisque c'est ce que vaut "un être humain averti", paraît-il, et que vous y trouverez tout ce qu'il vous faudra savoir sur la semaine à venir. Le tout, sublimé par un nouveau code-couleur exclusif en édition limitée de série issu de la recherche spatiale, qui saura flatter vos rétines jusqu'à ce qu'elles se mettent à piquer.
Vous souhaitant un excellent dernier week-end (qui, lui n'est que le premier d'une autre très longue série), avant votre plongeon dans le grand bain éducatif (à toutes fins utiles, j'espère que vous avez tous validé votre "Savoir Nager").
Courage à tous !
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
mardi 29 août 2017
Sisyphe, ou l'Eternel Recommencement
Où le nouveau Chef d’Établissement décide de maintenir la tradition du semainier, et où on repart donc au front la fleur au fusil - mais avec plus de fleurs que de fusil.
A l'attention de l'ensemble de la communauté éducative du Collège Jean Roucas
Bonjour à toutes et tous,
Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de consulter un calendrier récemment, mais ne vous fiez pas aux températures. Elles vous mentent. Elles vous spolient. Juillet est déjà loin, et avec lui, ses itsi bitsi petits bikinis, ses bronzages façon barbecue et ses bobs sur la tête. Vous avez dû noter les signes. Le ciel qui se voile. Les jours qui raccourcissent. Michel Drucker à la télé. Autant d'augures qui ne trompent pas : septembre est à nos portes, et d'ici peu, vous y serez tout autant (mais de manière autrement plus concrète).
A peine aurez-vous le temps de dire au revoir aux hamacs, aux chaises longues, aux grasses mat' jusqu'à 18 heures et aux mojitos on the rocks qu'il vous faudra déjà être là, frais (sous réserve que les températures baissent d'ici là) et dispos, prêts à entamer une nouvelle (ou première) rentrée à Jean Roucas. Alors qu'une page s'est tournée fin juin avec le départ de Mme la Principale et l'ouverture du collège de Beaumont, c'est un nouveau chapitre que nous nous apprêtons à rédiger ensemble, plein de ces petits bas et de ces grands hauts qui jalonnent les années scolaires et qui font les grandes aventures humaines (j'en fais trop, là, ou ça passe ?). Nouveaux collègues, nouveaux effectifs, nouvelle organisation, nouveau Chef d'établissement, autant dire : nouveau départ. Tout à réinventer.
Aussi comptons-nous sur vous (et sur quelques élèves, ne soyons pas sectaires - vous savez ce qu'on dit : 750 préados vous manquent et tout est dépeuplé) pour ramener la vie dans nos couloirs inanimés, de l'animation dans notre cour déserte, du sens dans nos salles de classes silencieuses. C'est la noble responsabilité qui vous incombe, et vous vous en acquitterez avec brio, alors... préparez vos cartables, sortez vos feuilles de cours, aiguisez vos stylos. Haut les coeurs ! L'heure de nos retrouvailles est proche !
Dans l'attente, nous vous communiquons ci-joint votre invitation à la journée de pré-rentrée de ce vendredi 1er septembre, ainsi qu'une version numérique de la traditionnelle pochette de rentrée, dans laquelle vous trouverez tous les documents relatifs au bon fonctionnement de l'établissement. Comme à l'accoutumée, une version physique sera distribuée dans le casier des nouveaux professeurs ; et les anciens qui le souhaiteraient pourront en retirer une auprès du secrétaire de direction, qui se fera un plaisir de la dédicacer contre un gros billet plein de zéros.
Vous souhaitant d'excellentes fin de vacances, et commençant déjà à vous chauffer la place (c'est une expression. Je travaille avec la clim'),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
A l'attention de l'ensemble de la communauté éducative du Collège Jean Roucas
Bonjour à toutes et tous,
Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de consulter un calendrier récemment, mais ne vous fiez pas aux températures. Elles vous mentent. Elles vous spolient. Juillet est déjà loin, et avec lui, ses itsi bitsi petits bikinis, ses bronzages façon barbecue et ses bobs sur la tête. Vous avez dû noter les signes. Le ciel qui se voile. Les jours qui raccourcissent. Michel Drucker à la télé. Autant d'augures qui ne trompent pas : septembre est à nos portes, et d'ici peu, vous y serez tout autant (mais de manière autrement plus concrète).
A peine aurez-vous le temps de dire au revoir aux hamacs, aux chaises longues, aux grasses mat' jusqu'à 18 heures et aux mojitos on the rocks qu'il vous faudra déjà être là, frais (sous réserve que les températures baissent d'ici là) et dispos, prêts à entamer une nouvelle (ou première) rentrée à Jean Roucas. Alors qu'une page s'est tournée fin juin avec le départ de Mme la Principale et l'ouverture du collège de Beaumont, c'est un nouveau chapitre que nous nous apprêtons à rédiger ensemble, plein de ces petits bas et de ces grands hauts qui jalonnent les années scolaires et qui font les grandes aventures humaines (j'en fais trop, là, ou ça passe ?). Nouveaux collègues, nouveaux effectifs, nouvelle organisation, nouveau Chef d'établissement, autant dire : nouveau départ. Tout à réinventer.
Aussi comptons-nous sur vous (et sur quelques élèves, ne soyons pas sectaires - vous savez ce qu'on dit : 750 préados vous manquent et tout est dépeuplé) pour ramener la vie dans nos couloirs inanimés, de l'animation dans notre cour déserte, du sens dans nos salles de classes silencieuses. C'est la noble responsabilité qui vous incombe, et vous vous en acquitterez avec brio, alors... préparez vos cartables, sortez vos feuilles de cours, aiguisez vos stylos. Haut les coeurs ! L'heure de nos retrouvailles est proche !
Dans l'attente, nous vous communiquons ci-joint votre invitation à la journée de pré-rentrée de ce vendredi 1er septembre, ainsi qu'une version numérique de la traditionnelle pochette de rentrée, dans laquelle vous trouverez tous les documents relatifs au bon fonctionnement de l'établissement. Comme à l'accoutumée, une version physique sera distribuée dans le casier des nouveaux professeurs ; et les anciens qui le souhaiteraient pourront en retirer une auprès du secrétaire de direction, qui se fera un plaisir de la dédicacer contre un gros billet plein de zéros.
Vous souhaitant d'excellentes fin de vacances, et commençant déjà à vous chauffer la place (c'est une expression. Je travaille avec la clim'),
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
lundi 10 juillet 2017
Le retour d'Hercule Poivrot
Bonjour à tous,
J'espère que vous profitez bien de ces vacances méritées, d'autant qu'à l'heure où je rédige ce mail, il ne vous reste plus que 53 jours, 14 heures, 20 minutes et 43 secondes de bonheur, alors il ne faut pas traîner au lit, chaque instant compte (source : http://vacances-scolaires.education/ . Je ne sais pas qui a eu cette idée de génie mais il mériterait de faire un peu de prison avec sursis).
Je me permets de vous rappeler brièvement les joies du travail au collège pour solliciter votre aide (précieuse) dans ma nouvelle enquête : "le mystérieux mystère de la mystérieuse carte disparue".
En effet, à l'issue de la cérémonie de vendredi, une carte-souvenir pleine de vos petits mots et signatures devait être remise à Mme la Principale. Sa mystérieuse disparition entre la salle des professeurs et la salle polyvalente aura sonné le glas de ces belles intentions.
Aussi compté-je sur toutes les bonnes volontés et sur les mémoires les plus affutées pour résoudre ce mystérieux mystère (tm). L'un d'entre vous aurait-il une piste, un indice, des soupçons envers l'un de ses collègues - tout ce qui pourrait me permettre de faire la lumière sur cette affaire ?
Et comme le coupable se trouve forcément parmi vous, je me permets de lui adresser un message personnel :
"Laisse tomber, Bob. C'est fichu, ça n'en vaut pas la peine. Je t'aurais tôt ou tard alors pense à ta famille, pense aux gens qui t'aiment, fais rien d'inconsidéré. Glisse cette enveloppe dans une autre enveloppe, envoie-là au collège ou apporte-là nous d'ici demain, comme tu veux, mais rends-toi. Je te jure, Bob, on fermera les yeux, on sait que tu fais ça pour nourrir tes enfants mais c'est pas la solution, tu le sais bien. Allez, fais pas de bêtise, lâche cette carte et tu passeras de bonnes vacances aussi".
Bien cordialement à tous,
--
Le secrétaire de direction
J'espère que vous profitez bien de ces vacances méritées, d'autant qu'à l'heure où je rédige ce mail, il ne vous reste plus que 53 jours, 14 heures, 20 minutes et 43 secondes de bonheur, alors il ne faut pas traîner au lit, chaque instant compte (source : http://vacances-scolaires.education/ . Je ne sais pas qui a eu cette idée de génie mais il mériterait de faire un peu de prison avec sursis).
Je me permets de vous rappeler brièvement les joies du travail au collège pour solliciter votre aide (précieuse) dans ma nouvelle enquête : "le mystérieux mystère de la mystérieuse carte disparue".
En effet, à l'issue de la cérémonie de vendredi, une carte-souvenir pleine de vos petits mots et signatures devait être remise à Mme la Principale. Sa mystérieuse disparition entre la salle des professeurs et la salle polyvalente aura sonné le glas de ces belles intentions.
Aussi compté-je sur toutes les bonnes volontés et sur les mémoires les plus affutées pour résoudre ce mystérieux mystère (tm). L'un d'entre vous aurait-il une piste, un indice, des soupçons envers l'un de ses collègues - tout ce qui pourrait me permettre de faire la lumière sur cette affaire ?
Et comme le coupable se trouve forcément parmi vous, je me permets de lui adresser un message personnel :
"Laisse tomber, Bob. C'est fichu, ça n'en vaut pas la peine. Je t'aurais tôt ou tard alors pense à ta famille, pense aux gens qui t'aiment, fais rien d'inconsidéré. Glisse cette enveloppe dans une autre enveloppe, envoie-là au collège ou apporte-là nous d'ici demain, comme tu veux, mais rends-toi. Je te jure, Bob, on fermera les yeux, on sait que tu fais ça pour nourrir tes enfants mais c'est pas la solution, tu le sais bien. Allez, fais pas de bêtise, lâche cette carte et tu passeras de bonnes vacances aussi".
Bien cordialement à tous,
--
Le secrétaire de direction
vendredi 30 juin 2017
Petit bonhomme de chemin.
C'est un petit bonhomme tout gris, qui vit recroquevillé dans le coin tout gris d'un univers tout gris, peuplé de bonhommes tout gris recroquevillés dans le coin tout gris d'un univers tout gris et tout ça jusqu'à l'infini, un infini de gris et de petits bonhommes recroquevillés sur eux-mêmes dans leur coin. Du matin au soir et du soir au matin, comme tous les autres, il bougonne, ronchonne, rabâche, de la voix la plus grise qu'on puisse s'imaginer. "Et pourquoi il a ci ?". "Et pourquoi j'ai pas ça ?". "Et pourquoi ils y ont droit ?". "Et pourquoi on ne me donne pas ?". Personne ne l'aime. Dit-il. Personne ne le respecte. Dit-il. Personne n'est là pour lui. Dit-il. Ah, s'il avait plus d'argent. Plus de considération. Plus de ceci ou de cela. Une maison plus grande, avec une piscine qui fait Plouf. Une voiture plus puissante, avec un moteur qui fait Vroum. Un chien plus gros, avec une gueule qui fait Ouaf-Ouaf. Une femme plus jeune, avec des robes qui font Waow. S'il avait tout cela, c'est sûr, il ne serait pas un petit bonhomme tout gris, recroquevillé dans le coin tout gris d'un univers tout gris. Dit-il. Croit-il. Ment-il. Il est seul, renfermé. Il est gris, aigri, amer. Il pense que le monde entier lui en veut. Il pense que l'univers s'est ligué contre lui. C'est plus commode, faut reconnaître. ça fait moins mal. Parce qu'il souffre, notre bonhomme tout gris. Parce que son cœur est chaud. Parce que son sang est rouge. Parce que personne n'est heureux d'être gris. Personne n'est heureux de vivre recroquevillé sur lui-même. Pas plus lui qu'un autre. Et ça le met en colère, une colère noire, toute noire, parce que ce n'est pas juste, parce qu'il n'est pas né pour être gris, parce qu'il se rêvait de toutes les couleurs, quand il était encore un petit enfant rose, tout rose. Il a cette amertume, cette aigreur, cette colère qui bouillonnent en lui, qui le déchirent de l'intérieur, qui lui font mal, oh, si mal, mais il ne sait pas quoi en faire alors il les déverse sur les autres bonhommes gris, qui déversent les leurs en retour et tout ça jusqu'à l'infini, un infini d'amertume et d'aigreur et de colère toute noire. Un infini de bonhommes tout gris, qui se font du mal pour ne plus avoir mal d'être des bonhommes tout gris. Une éternité passe, gris-clair. Bougonne, bougonne. Une deuxième éternité passe, gris-neutre. Ronchonne, ronchonne. Une troisième éternité passe, gris-sombre. Rabâche, rabâche. Tout pourrait durer ainsi pour toujours, pour jamais, en une boucle insensée de jours vides et froids, en tous points identiques, sans hier ni demain ni maintenant, rien que du gris, du gris, du gris sur chaque page du calendrier. Oui mais voilà. Un jour comme tous autres - et pourtant différent, au point d'être comme le tout premier de tous les premiers jours -, un jour avec ses nuages, ses averses et sa cendre, un petit bonhomme tout blanc passe à côté de lui. S'arrête. Le fixe. Et lui sourit. ça ne le surprend pas. Il en a déjà vu, des petits bonhommes tout blanc. Il a toujours eu pitié d'eux, d'ailleurs. Parce que regardez-les, enfin, avec leurs vêtements tout propres et leur air ahuri : ils ne savent rien du monde qui les entoure, ils ne réalisent pas combien il est mauvais parce qu'ils n'y voient pas clair, allons, vous savez, parce qu'ils sont, c'est quoi le mot, déjà... "différents" ? Sinon ils ne souriraient pas. Personne de sensé ne sourirait dans un univers tout gris, peuplé de bonhommes gris, recroquevillés dans des coins gris. C'est pour ça qu'il les a toujours pris de haut, qu'il les a toujours ignorés. Qu'il s'est moqué d'eux, même, parfois, pour leur faire mal parce qu'il faut qu'ils aient mal, eux aussi, parce que ce n'est pas juste sinon. Et puis ça vaut quoi, un sourire ? ça ne vous nourrit pas. ça ne vous rend pas heureux. Ce n'est ni une maison, ni une voiture, ni un chien, ni une femme, enfin, voyons. C'est bon pour les petits enfants tout rose qui ne savent rien du monde et qui ne voient pas clair. Mais ce jour-là, au lieu de pouffer, de cracher, de grogner, il ne sait trop pourquoi, notre bonhomme tout gris rend son sourire au bonhomme tout blanc. Et tout à coup, au fond de lui, il se passe quelque chose. Bobom, bobom. Quelque chose se met en marche. Quelque chose se réveille. Tout à coup, il se sent plus léger. Oh, pas beaucoup, n'exagérons rien, c'est à peine perceptible, tout juste un peu de fièvre, mais le monde lui paraît moins sombre. La pluie lui semble tomber moins dru. Machinalement, il se redresse. Déplie ses jambes. Étire ses bras. Et pendant qu'il étire ses bras, le petit bonhomme tout blanc reste debout devant lui, à le regarder fixement de son regard tout blanc, sans cesser d'afficher ce sourire insoutenable qui ne l'est plus autant, soudain. Puis il lui tend la main. Jusqu'ici, notre petit bonhomme avait toujours refusé d'en saisir, des mains tendues. Pensez-vous. Il connaît le monde gris. On ne la lui fait pas. Il sait que personne ne tend la main sans raison, puisque le monde tout entier lui en veut et que l'univers s'est ligué contre sa personne. Si on vous tend la main, c'est qu'on veut quelque chose. Si on vous tend la main, c'est qu'on a une idée derrière la tête. Si on vous tend la main, c'est qu'on veut vous utiliser. Parce que ça n'existe pas, les gens désintéressés. ça n'existe pas, les gens qui vous aiment, les gens qui vous respectent, les gens qui se soucient de vous. Il n'y a rien de tout ça, dans son petit, si petit monde. Sans trop savoir pourquoi, il s'en saisit pourtant, comme si rien n'était plus naturel, ou plus sage, ou plus important. D'abord, ça lui fait mal, d'abord ça le blesse tellement fort qu'il a envie de hurler, puis il comprend qu'il n'a pas mal, en fait, qu'au contraire, c'est l'absence subite de ce mal qui le fait tant souffrir. Puis il découvre que ce n'est pas de la souffrance. Qu'au contraire, c'est un apaisement. Ses pupilles papillotent. Ses prunelles grises se teintent de bleu. Une goutte, à peine. Qui, comme toutes les gouttes, contient tout l'océan. Il réalise alors, si tard, mais pas trop tard, qu'il voyait le monde à l'envers. En négatif, comme sur une pellicule photo. Que le gris qui teintait chaque ciel, chaque nuage, chaque instant était dans son regard. Que le monde est multicolore. Que même s'il peut être gris, ou noir, ou même au-delà, il ne l'est jamais complètement. Qu'il y a toujours, ou presque, de la couleur pour qui sait regarder. Il se tient debout, à présent. Bien campé sur ses jambes, il relève la tête. Le soleil l'éblouit. Le réchauffe. Il se détourne un peu, le temps de reprendre sa respiration. Autour de lui, le monde des petits bonhommes gris, ce monde qui n'est déjà plus le sien, semble rapetisser à vue d’œil, de plus en plus absurde, de plus en plus futile, de plus en plus sinistre à mesure qu'il prend de la hauteur. Un peu comme s'il s'en détachait, comme s'il s'élevait dans les airs, plus loin, toujours plus loin, toujours plus près de la lumière. Dans la lumière. Il y a de la lumière partout, dorénavant, pour le nouveau petit bonhomme tout blanc. De la lumière autour de lui, au-dessus, au-dessous, dans ses cheveux, entre ses doigts, qui enfle, s'étend, rayonne. Le voilà au sommet du monde, ce sommet dont il a tant rêvé quand il était en bas, et il n'y trouve ni gloire, ni fortune, ni rien de ce après quoi il pensait courir et qui aurait dû le combler. Seulement de la lumière. Une lumière qui s'immisce en lui, s’infiltre par les pores de sa peau, s'inhale et s'exhale à chaque souffle. Un temps, il reste là. Heureux, croit-il, bien que le mot n'ait plus véritablement de sens à ses yeux. Les maisons plus grandes, les voitures plus puissantes, les chiens plus gros, les femmes plus jeunes, tout ça lui paraît tellement... gris. Tellement petit. Infime. Et triste, aussi. Il ne possède rien de tout ça, et pourtant rien ne lui manque car il a l'essentiel. Il l'a toujours eu, sans le savoir. Il ne regardait pas dans la bonne direction, ni de la bonne manière. Respecter pour être respecté. Aimer pour être aimé. Tendre la main quand on nous la tend. Comprendre, plutôt que juger. Donner, plutôt que prendre. Ne pas être soi parmi les autres, mais être ensemble. Seulement cela : ensemble. A cette pensée, la lumière s'empare de lui et lui, à son tour, s'empare d'elle, oh, pas grand chose, un fragment, à peine, pour ne pas se brûler les pouces, puis il la frotte sur son visage jusqu'à l'en imprégner. Il pourrait rester là, infiniment, content et contenté. Mais il choisit de redescendre vers le petit monde tout gris des petits bonhommes tout gris qui parlent d'une voix toute grise. Ce monde qui n'est désormais plus le sien, mais où il a sa place. Sur son visage, l'éclat grandit, grandit, grandit. Jusqu'à dessiner... Oh, trois fois rien. Un sourire. C'était mon dernier petit mot d'accompagnement. Une page se tourne. C'est tout pour moi. Merci à tous de m'avoir lu jusqu'au bout. -- Le petit bonhomme du secrétariat de Direction |
vendredi 23 juin 2017
Les fonctionnaires, c'est des planqués
Où l'on ne peut pas être au four et au moulin, et à plus forte raison, en train de rédiger un courrier à l'ensemble des professeurs pour retrouver des hauts-parleurs (c.f. post précédent), et un mot d'accompagnement pour le semainier.
A l'abri sous un porche de briques fendillées, le secrétaire de direction étouffe un juron, alors que l'averse s'abat à toute force sur le bitume fumant et lui éclabousse les chaussures. Loin de rafraichir l’atmosphère, elle l'enfle, l’empèse, l'appesantit jusqu'à lui donner une touffeur de jungle amazonienne. Huit heures maintenant qu'il planque devant la porte d'un suspect potentiel, et toujours aucune trace des haut-parleurs disparus... ha non, vraiment, ça ne sentait pas bon, et pas seulement à cause des ordures renversées au coin de la rue.
Jetant un oeil à sa montre fatiguée (mais pas autant que lui), il constate avec dépit qu'il va devoir facturer au client des dépassements horaires. Sans doute devrait-il rentrer chez lui, afin d'épargner à la dame une facture trop salée ? Ce ne serait pas une défection, alors, mais de la courtoisie ? Très bien, ça. Va pour la courtoisie.
De toute façon, l'enquête piétine au moins autant que lui.
Tout ce qu'il a pu obtenir de ses indics se résume au mystérieux document joint, dont le sens lui échappe encore : de toute évidence, celui-ci se rapporte à la semaine à venir, et à plusieurs affaires en cours - dont un mystérieux dossier intitulé "Brevet des Collèges".
Mais qui a pu l'éditer, et dans quel but ?
Sans l'appui de ses contacts au sein de l'organisme occulte appelé "éducation nationale", il n'avancera pas, il le sait.
Aussi leur confie-t-il présentement le bébé, si l'on peut dire, et leur souhaite-t-il un excellent week-end, avant de regagner sa deux chevaux brinquebalante et de s'en retourner vers son appart' du centre-ville,
--
Le secrétaire de direction
Touchez pas au Hi-Fi
C'était une de ces journées étouffantes où l'air semble vous faire comme
une seconde peau (le genre poisseuse et trop courte de deux tailles),
et où l'univers semble se liquéfier devant vos yeux, pavé après pavé. Le
genre de sale journée qu'on entame du pied gauche, sous la contrainte,
et dont chaque minute écoulée vous invite à rentrer chez vous avant
qu'une tuile ne vous cabosse le paletot. Le genre où vous n'avez même
plus un vieux mégot à vous coller au coin des lèvres pour vous donner du
coeur au ventre, où les ventilos sont en rade et où il n'y a plus une
bibine au frais dans le frigo. Un "lundi", qu'on appelle ça, en langage
de privé. Et fallait pas se fier aux calendriers : des lundis, ça
pouvait tomber tous les jours.
Nerveux, je réajuste mon galurin et m'évente avec un vieux mouchoir trouvé au fond de ma poche.
Avais-je seulement le choix ? On m'avait engagé pour enquêter sur la disparition d'une paire de haut-parleurs au collège Jean Roucas, le type d'affaire "qu'on ne peut pas refuser", surtout quand on est au régime pâtes-croutons depuis un mois et qu'on doit de l'argent à Gros-Riton. De ces petits contrats qui n'ont l'air de rien mais qui vous colleront dans la mouise ad vitam nauseam - j'en aurais mis ma main à couper (et sans doute était-ce ce qui m'attendait si Gros-Riton perdait patience...). L'intuition, dans ma branche, c'est une question de survie - et j'en avais à revendre, faute de posséder quoi que ce soit d'autre. Faut dire, dès qu'elle a passé la porte de l'agence, mon sixième sens a tiré la sonnette d'alarme : ses larges lunettes noires à la Audrey Hepburn, ses cheveux relevés en chignon, son foulard en soie véritable et cet accent léger, chantant, si distingué... j'en avais déjà croisé pas mal, des comme elle, et ça n'avait jamais bien tourné pour mon matricule. J'en avais même été quitte pour une pension alimentaire, il y a quinze ans de ça... Mais encore n'était-ce rien, comparé au danger que j'allais courir et aux découvertes sordides qui m'attendaient.
Tout avait commencé comme une affaire de routine : les deux disparus avaient été aperçus pour la dernière fois l'après-midi du mardi 20 juin, en salle A16, sans que rien d'inhabituel dans leur comportement n'attire l'attention ni ne suscite de soupçons. Sauf que depuis, plus de nouvelles. Ils se sont comme volatilisés.
Il me revient subitement en mémoire plusieurs autres cas de disparitions similaires au cours des deux dernières années. Des cas non-élucidés à ce jour. Nombreux. Trop nombreux. ça cachait forcément quelque chose.
Malgré le mercure au zénith, un frisson me parcourt l'échine.
En mon for intérieur, j'espère que je me trompe. Que l'irréparable n'a pas été commis. Que le ravisseur ne les a pas encore revendus sur LeBonCoin. Qu'il aura des remords, et qu'il les rapportera sans délais où il les a trouvés. Ou au moins, qu'il m'informera de son forfait, afin que nous puissions trouver ensemble une issue heureuse pour tous les partis. Le temps est compté. Si la police le trouvait avant moi, qui sait comment les choses pourraient tourner ?
(en version courte : si vous avez emprunté les haut-parleurs de la salle A16, pourriez-vous les y rapporter au plus vite ? Le professeur qui les utilise en a grand besoin. A toutes fins utiles, quand vous empruntez du matériel dans une autre salle, pensez juste à laisser un petit mot à votre collègue pour le prévenir, ça évitera qu'il engage des gens comme moi pour vous retrouver, à un tarif horaire frisant l'indécence.
Vous en remerciant par avance,
Bien cordialement,).
--
Dick Tracy
Nerveux, je réajuste mon galurin et m'évente avec un vieux mouchoir trouvé au fond de ma poche.
Avais-je seulement le choix ? On m'avait engagé pour enquêter sur la disparition d'une paire de haut-parleurs au collège Jean Roucas, le type d'affaire "qu'on ne peut pas refuser", surtout quand on est au régime pâtes-croutons depuis un mois et qu'on doit de l'argent à Gros-Riton. De ces petits contrats qui n'ont l'air de rien mais qui vous colleront dans la mouise ad vitam nauseam - j'en aurais mis ma main à couper (et sans doute était-ce ce qui m'attendait si Gros-Riton perdait patience...). L'intuition, dans ma branche, c'est une question de survie - et j'en avais à revendre, faute de posséder quoi que ce soit d'autre. Faut dire, dès qu'elle a passé la porte de l'agence, mon sixième sens a tiré la sonnette d'alarme : ses larges lunettes noires à la Audrey Hepburn, ses cheveux relevés en chignon, son foulard en soie véritable et cet accent léger, chantant, si distingué... j'en avais déjà croisé pas mal, des comme elle, et ça n'avait jamais bien tourné pour mon matricule. J'en avais même été quitte pour une pension alimentaire, il y a quinze ans de ça... Mais encore n'était-ce rien, comparé au danger que j'allais courir et aux découvertes sordides qui m'attendaient.
Tout avait commencé comme une affaire de routine : les deux disparus avaient été aperçus pour la dernière fois l'après-midi du mardi 20 juin, en salle A16, sans que rien d'inhabituel dans leur comportement n'attire l'attention ni ne suscite de soupçons. Sauf que depuis, plus de nouvelles. Ils se sont comme volatilisés.
Il me revient subitement en mémoire plusieurs autres cas de disparitions similaires au cours des deux dernières années. Des cas non-élucidés à ce jour. Nombreux. Trop nombreux. ça cachait forcément quelque chose.
Malgré le mercure au zénith, un frisson me parcourt l'échine.
En mon for intérieur, j'espère que je me trompe. Que l'irréparable n'a pas été commis. Que le ravisseur ne les a pas encore revendus sur LeBonCoin. Qu'il aura des remords, et qu'il les rapportera sans délais où il les a trouvés. Ou au moins, qu'il m'informera de son forfait, afin que nous puissions trouver ensemble une issue heureuse pour tous les partis. Le temps est compté. Si la police le trouvait avant moi, qui sait comment les choses pourraient tourner ?
(en version courte : si vous avez emprunté les haut-parleurs de la salle A16, pourriez-vous les y rapporter au plus vite ? Le professeur qui les utilise en a grand besoin. A toutes fins utiles, quand vous empruntez du matériel dans une autre salle, pensez juste à laisser un petit mot à votre collègue pour le prévenir, ça évitera qu'il engage des gens comme moi pour vous retrouver, à un tarif horaire frisant l'indécence.
Vous en remerciant par avance,
Bien cordialement,).
--
Dick Tracy
vendredi 16 juin 2017
Je peux pas j'ai piscine
Où un "petit dessin" vaut plus qu'un grand discours.
(vous trouverez votre plan de navigation ci joint. Les sextants et les casques sont à retirer auprès du service Intendance. Pensez bien à remplir vos gourdes et à faire des provisions de viande séchée. Les citrons sont conseillés en cas de scorbut ou de grosse fatigue).
(Les week-end aussi, remarquez, mais plus en cas de grosses fatigues que de scorbut. Que le vôtre soit plaisant, alors, puisse-t-il vous donner la force d'accomplir votre périple jusqu'à son terme victorieux !)
(S'il ne suffit pas, il reste les oursons guimauve).
--
Le secrétaire de direction
(vous trouverez votre plan de navigation ci joint. Les sextants et les casques sont à retirer auprès du service Intendance. Pensez bien à remplir vos gourdes et à faire des provisions de viande séchée. Les citrons sont conseillés en cas de scorbut ou de grosse fatigue).
(Les week-end aussi, remarquez, mais plus en cas de grosses fatigues que de scorbut. Que le vôtre soit plaisant, alors, puisse-t-il vous donner la force d'accomplir votre périple jusqu'à son terme victorieux !)
(S'il ne suffit pas, il reste les oursons guimauve).
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Le secrétaire de direction
mercredi 14 juin 2017
Grande foire aux clés au secrétariat de direction !
Vous cherchez un cadeau original à offrir ou à VOUS offrir ? Vous aimeriez un présent symbolique, qui dure plus que des chocolats ou des fleurs de saison ? Vous avez oublié votre clé sur la porte de votre salle ou, par exemple, un banc ? Ne cherchez plus ! Pour une modique somme en espèces remise de la main à la main en toute transparence sur le pont de Belleville à 5 heures du matin (merci d'actionner deux fois vos phares pour signaler votre présence), le secrétaire de Direction vous remettra l'objet de vos désirs, qui fera le bonheur des petits et des grands ! Attention ! Offre très limitée ! Dans la limite des stocks disponibles ! Premiers arrivés, premiers servis ! Photographie non contractuelle ! Peut contenir des traces de gluten et de fruits à coque ! Ne convient pas à un enfant de moins de 36 mois !
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Le secrétaire de direction |
vendredi 9 juin 2017
Intérim riche
| Où le nervous breakdown n'est pas loin, semble-t-il, mais où la honte ne nous étouffe pas. Quant aux scrupules... Bonjoure à tous, Le secretaire 2 direcsion il a dis ke cété le wiquainede et kil nallé pa passé 1 minute 2 + dan cet établissement de oufzor. Alors il ma dis dékrir 1 mot d'aconpagnement a sa plasse mé sa membaite paske il ma pa dis quelle mot je devé ékrir et jen conné pas beaucout. Est-ce ke antikonstitussionailemant sa iré ? Jen profites pour passé le bonjoure a tous mé profaisseurs et leur dir ke gé pa beaucoup travaillé cet ané mé ke ca va changé a la rentré si mé parant il machaite une pléstéchione 4. Du coup, si vous pouvé majouté discraitemant 2 point a chake moillenne, sa méderé beaucout é je vous ékriré 1 LONT mêle de remersiment. Vous souétant 1 trés bon wiquainede (je sé pas tro si sa sékri kom sa lol). Bi1 quordialemant,
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Kévin, 3ème12 (P.S. : il y a peut-aitre des faute. Si oui, eskuzé moi, je promé ke je n'en feré plus l'anné prochaine !)
(mé seulemant si
jé ma pléstéchione 4 !).
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vendredi 2 juin 2017
Je ne suis pas un Numen
Où l'on s'apprête à apprécier le dernier week-end de trois jours d'une longue série, avant d'entamer une lente et laborieuse traversée du désert jusqu'à juillet, en mode "nervous breakdown".
Non, n'insistez pas, n'en jetez plus (ou alors uniquement dans les poubelles de recyclage, parce que je ne sais pas si vous avez lu les dernières nouvelles, mais depuis hier soir, la planète est encore un peu plus mal barrée qu'elle ne l'était la veille, ce qui n'est pas peu dire. Bientôt, l'ours polaire sera une espèce endémique aux régions tropicales).
La coupe est pleine, les dés sont jetés. J'ai franchi le Rubicon de l'indignation, ma colère flotte mais ne coule pas, toi aussi, mon fils, ma bataille, fallait pas qu'elle s'en aille !
On ne le croirait peut-être pas, comme ça, à me voir tout pataud, avec mon air benêt et mes lunettes de premier de la classe, mais je suis un rebelle.
Carrément.
Antisocial je perds mon sang froid, surtout par ces températures !
Alors d'accord, aux yeux de celles d'entre vous qui ont connu la série du même nom (avec Lorenzo Lamas torse nu dans le rôle-titre), la comparaison n'est pas à mon avantage, j'en ai conscience. Mais bon, ça va, oh, c'est quoi ces clichés superficiels ? Moi aussi, j'ai une Harley. Enfin, quand je dis une Harley... c'est plutôt une sorte de moto, hein... mais sans roues... ni moteur, d'ailleurs. Un vélo d'appartement, oui, voilà, c'est ça le terme, merci. Une Harley d'appartement, donc.
C'est sûr que pour les cheveux au vent, ça le fait moyen, mais bon. Pour qu'il y ait cheveux au vent, encore faut-il qu'il y ait cheveux. Du coup, je ne suis pas lésé.
Tout ça pour crier haut et fort, tel le William Wallace de l'Administration Française (dans sa version lyophilisée sans sucre) : "ils m'ont peut-être eu au bureau toute cette semaine, oui, mais ils n'auront pas... MON LUNDI 5 JUIN !".
Et ouais. Je suis peut-être aux mauvais garçons ce que Gros Minet est aux tigres à dents de sabre, mais je suis comme ça, moi. Je me bats pour mes convictions !
Même pas peur. La société ne m'achètera pas et elle le sait (la preuve : elle n'essaie même pas ! Mes fiches de paie le prouvent objectivement !).
Alors voilà, pendant que vous, vous suivrez aveuglément les directives occultes des Agents du Grand Capital, tant pis si ça me fait sauter une journée de salaire (dix euros environs), moi, je serais EN GRÊVE.
Je crains rien. J'suis un fou.
Je suis Rocky 4, moi.
Rambo 3 !
Jean-Paul 2 !
Jean-Pierre Pape 1 !
Pendant que vous serez tous au travail, dans les chaînes, à soupirer, grogner, maudire votre sort ingrat, esclaves de vos allégeances professionnelles, moi, je testerai la thermodynamique des doigts de pieds en éventail (pour le bien des générations futures en général, et le mien en particulier).
Vous verrez sans doute en moi un héros. Un modèle, à coup sûr. Celui que vous n'osez pas être, mais que vous aspirez à devenir, ces soirs d'amertumes où vous vous imaginez, lancés à toute berzingue sur un vélo d'appartement d'occasion, avec au vent quelques touffes de ce qui fut jadis une abondante chevelure, tandis que vous pédalez à toute force devant "Recherche Appartement" pour essayer de perdre 20 kilocalories (que vous reprendrez tout de suite après en vous jetant sur les chips dans le placard).
Mais sachez-le, je ne suis pas exceptionnel.
Enfin si, un peu, je ne vais pas vous mentir non plus ni vous donner de faux espoirs...
Mais si vraiment, tout au fond de votre coeur, c'est ce que vous souhaitez, vous pouvez vous aussi devenir un authentique rebelle.
Dans l'attente : bon week-end de deux jours à tous (sauf moi) !
--
Le secrétaire de direction
mercredi 24 mai 2017
Les tortues, c'est pas des flèches.
Où l'on termine la semaine un mercredi à midi et où c'est encore trop !
En plus de me prodiguer de précieux conseils pour lutter contre ma nervosité (tel que "respirez par les pieds") et de me coller généreusement 4/20 à chaque contrôle, ma prof de Mathématiques de 3ème aimait à répéter cette formule sibylline : "moins qu't'avances plus vite, plus qu't'avances moins vite" (comme quoi j'ai au moins retenu une chose de son enseignement, même si a priori, ce n'était pas la bonne, et si je ne suis pas sûr d'en avoir compris le sens véritable).
Je ne sais pas pour vous mais c'est l'impression que m'a laissé cette demi-semaine : celle d'un étirement significatif du temps, un peu comme ce qu'on ressent les soirs d'Eurovision, dans la salle d'attente d'un dentiste ou quand on décortique la dernière circulaire rectorale à la mode - à la manière des mirages d'oasis des albums de Tintin : un pas en avant, deux pas en arrière.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, j'y ai lu une réécriture moderne du paradoxe de Zénon, qui veut qu'avant que l'objet en mouvement (nous) ne puisse atteindre sa destination (le mercredi midi), il doive d'abord atteindre la moitié de la durée qui le sépare de celui-ci, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié de cette moitié, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié de cette moitié de cette moitié, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Ce qui implique que selon lui, nous n'aurions jamais dû pouvoir atteindre ce mercredi midi.
Or nous y sommes.
C'est dire la chance que nous avons, et à quel point les lois de la physique nous ont à la bonne.
Tenez-vous le pour dit : si vous en êtes ou vous en êtes, c'est grâce à elles. Sauf, évidemment, si vous êtes un chat enfermé dans une boîte hermétique mais comme les probabilités sont minces, c'est une autre histoire - que nous aborderons une autre fois.
Dans l'attente, ce mot d'accompagnement devrait suffire puisque pour arriver au bout, vous devrez d'abord en lire la moitié. Mais pour en lire la moitié, vous devrez d'abord en lire le quart. Et pour en lire le quart, vous devrez d'abord en lire le huitième. Et pour en lire le huitième, vous devrez d'abord en lire le seizième. Et pour en lire le seizième, il faudra d'abord en lire le trente-deuxième (tout ça pour vous prouver que je méritais plus de 4/20 : rendez-vous compte, j'arrive à multiplier par deux de tête ! Alors ? C'est qui, le boss ?).
Si long que soit le week-end, ça devrait vous occuper jusqu'à son terme - et pour l'éternité au-delà (selon le principe du "qui peut le plus peut le moins". Ou, en langage de professeur de Mathématiques de 3ème : "Plus que tu peux le moins, moins que tu peux le plus" - et vice versa).
Comment ça, "non" ?
Comment ça, "vous êtes arrivé au bout ?"
Comment ça, "heureusement" ?
Zénon, viens voir un peu par là, s'te plaît, j'ai deux mots à te dire...
Vous souhaitant un très long week-end,
Bien cordialement,
--
Le secrétariat de Direction
[Et pour celles et ceux - très hypothétiques - qui se demanderaient où sont passés les mots des deux semaines passées, on va dire qu'ils étaient trop... synthétiques, oui, voilà, disons ça... pour mériter des posts à part entière. La preuve par deux :
- Semaine du 15 au 19 mai :
Vous savez ce qu'on dit :
"Semainier pluvieux, semainier paresseux".
Utilisant les ultimes forces qui subsistent dans mes petits doigts fourbus pour vous souhaiter un excellent week-end,
Bien cordialement,
--
Le secrétariat de direction
- Semaine (de deux jours et demi) du 22 au 26 mai :
S'il y a bien un planning qui mérite l'épithète de semainier "à la petite semaine", c'est celui que vous trouverez ci-joint.
Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle car il en va des semaines de travail comme des plaisanteries : les plus courtes sont les meilleures.
En va-t-il de même pour les mots d'accompagnement du semainier ?
Nous vous laissons juges.
Vous souhaitant un excellent week-end riquiqui de SEULEMENT deux jours,
Bien cordialement,
--
Le secrétariat de direction].
En plus de me prodiguer de précieux conseils pour lutter contre ma nervosité (tel que "respirez par les pieds") et de me coller généreusement 4/20 à chaque contrôle, ma prof de Mathématiques de 3ème aimait à répéter cette formule sibylline : "moins qu't'avances plus vite, plus qu't'avances moins vite" (comme quoi j'ai au moins retenu une chose de son enseignement, même si a priori, ce n'était pas la bonne, et si je ne suis pas sûr d'en avoir compris le sens véritable).
Je ne sais pas pour vous mais c'est l'impression que m'a laissé cette demi-semaine : celle d'un étirement significatif du temps, un peu comme ce qu'on ressent les soirs d'Eurovision, dans la salle d'attente d'un dentiste ou quand on décortique la dernière circulaire rectorale à la mode - à la manière des mirages d'oasis des albums de Tintin : un pas en avant, deux pas en arrière.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, j'y ai lu une réécriture moderne du paradoxe de Zénon, qui veut qu'avant que l'objet en mouvement (nous) ne puisse atteindre sa destination (le mercredi midi), il doive d'abord atteindre la moitié de la durée qui le sépare de celui-ci, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié de cette moitié, et donc d'abord atteindre la moitié de cette moitié de cette moitié de cette moitié, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Ce qui implique que selon lui, nous n'aurions jamais dû pouvoir atteindre ce mercredi midi.
Or nous y sommes.
C'est dire la chance que nous avons, et à quel point les lois de la physique nous ont à la bonne.
Tenez-vous le pour dit : si vous en êtes ou vous en êtes, c'est grâce à elles. Sauf, évidemment, si vous êtes un chat enfermé dans une boîte hermétique mais comme les probabilités sont minces, c'est une autre histoire - que nous aborderons une autre fois.
Dans l'attente, ce mot d'accompagnement devrait suffire puisque pour arriver au bout, vous devrez d'abord en lire la moitié. Mais pour en lire la moitié, vous devrez d'abord en lire le quart. Et pour en lire le quart, vous devrez d'abord en lire le huitième. Et pour en lire le huitième, vous devrez d'abord en lire le seizième. Et pour en lire le seizième, il faudra d'abord en lire le trente-deuxième (tout ça pour vous prouver que je méritais plus de 4/20 : rendez-vous compte, j'arrive à multiplier par deux de tête ! Alors ? C'est qui, le boss ?).
Si long que soit le week-end, ça devrait vous occuper jusqu'à son terme - et pour l'éternité au-delà (selon le principe du "qui peut le plus peut le moins". Ou, en langage de professeur de Mathématiques de 3ème : "Plus que tu peux le moins, moins que tu peux le plus" - et vice versa).
Comment ça, "non" ?
Comment ça, "vous êtes arrivé au bout ?"
Comment ça, "heureusement" ?
Zénon, viens voir un peu par là, s'te plaît, j'ai deux mots à te dire...
Vous souhaitant un très long week-end,
Bien cordialement,
--
Le secrétariat de Direction
[Et pour celles et ceux - très hypothétiques - qui se demanderaient où sont passés les mots des deux semaines passées, on va dire qu'ils étaient trop... synthétiques, oui, voilà, disons ça... pour mériter des posts à part entière. La preuve par deux :
- Semaine du 15 au 19 mai :
Vous savez ce qu'on dit :
"Semainier pluvieux, semainier paresseux".
Utilisant les ultimes forces qui subsistent dans mes petits doigts fourbus pour vous souhaiter un excellent week-end,
Bien cordialement,
--
Le secrétariat de direction
- Semaine (de deux jours et demi) du 22 au 26 mai :
S'il y a bien un planning qui mérite l'épithète de semainier "à la petite semaine", c'est celui que vous trouverez ci-joint.
Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle car il en va des semaines de travail comme des plaisanteries : les plus courtes sont les meilleures.
En va-t-il de même pour les mots d'accompagnement du semainier ?
Nous vous laissons juges.
Vous souhaitant un excellent week-end riquiqui de SEULEMENT deux jours,
Bien cordialement,
--
Le secrétariat de direction].
vendredi 5 mai 2017
Où ai-je la tête ?
Où la reprise est rude et où le temps vient à manquer.
J'oublie quelque chose.
Je sais que j'oublie quelque chose.
C'est juste que je n'arrive pas à me rappeler quoi.
ça va me revenir.
Voler des trombones ?
Non, ça, c'est fait, j'en ai plein les poches, je vais pouvoir finir ma Tour Eiffel au 1/1ème aux frais de l'intendance.
Photocopier mon visage en recto verso et en fonçant le contraste au maximum ?
C'est fait aussi, j'ai cramé la cartouche, je mettrais ça sur le dos des professeurs d'arts plastiques (ça me fait une de ces têtes, il faudrait que vous voyez ça. "Totally worth it", comme disent les jeunes).
J'ai bien récupéré mon oreiller de plume, mon doudou et ma console de jeu portable (tout ce qui occupe mes journées sitôt que vous sortez de mon bureau).
J'ai bu tout le café.
J'ai mangé tout ce qu'il y avait à manger, et même des trucs qui n'étaient pas fondamentalement comestible, des fois que, car qui ne tente rien n'a rien (en l'occurrence : "qui ne tente rien n'a pas mal à l'estomac". C'est que ce n'est pas très digeste, une ramette A4, même avec un peu d'encre quatre couleur pour faire passer)...
J'ai tous les stylos bleu de l'administration, et quelques vert avec, parce qu'ils ne cessent de disparaître et qu'il faut bien qu'ils atterrissent quelque part (alors autant que ce soit chez moi).
Bon. Tant pis.
ça me reviendra plus tard, sans doute.
Quoi que ça puisse être, ça ne devait pas être important.
Profitant de cette occasion pour vous souhaiter un excellent (long) week-end,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
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