Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.

lundi 15 avril 2019

Western Epsitolaire


Où la solitude des permanences administratives pèse comme un couvercle.



Mon Amie,



Au risque de paraître indécent - et de manquer par-là à ces précieux usages qui nous distinguent de la gent animale -, je prends la plume ce jour pour vous dire combien votre absence m'est présentement intolérable.


De toutes mes forces, je m'applique à en faire abstraction, d'ignorer le silence dans les couloirs et l'immobilité des ombres, les portes qui ne claquent pas et mes tympans intacts, que ne froissent nulle sonnerie ou nul "j'te BIIIIP tes BIIIPPPP la BIIIIIP" lancé par quelque jeune garçon à la fougue juvénile et au vocabulaire fleuri (plus fleuri, même, qu'un rayon Villaverde - c'est dire).


Alors que collé à la vitre, je me remémore ces moments de complicité tendre, partagés autour d'un dossier de remboursement de frais de service, alors que ma main frôlait la vôtre d'un mouvement calculé, au mépris de toutes les directives sur le harcèlement au travail qui circulent dans le tout-Paris ; ou ces instants cocasses où nous essayions de comprendre rétroactivement quelque circulaire rectorale à appliquer pour l'avant-veille, je sens poindre en moi comme un soupçon de nostalgie, de ces amertumes solitaires dont se nourrissent la tristesse et la langueur amoureuse. Il pleut sur mon coeur comme il pleut sur la ville, déclamait tantôt un jeune poète de ma connaissance - sur une petite scène bordelaise que je vous recommande chaudement. C'est à quatre jours de calèche d'ici mais ça en vaut la peine, sauf quand on tombe sur des bandits de grand chemin et qu'il faut leur donner sa chemise en lin de chez Comptoir des Cotonniers (le vrai, pas la franchise commerciale).

Ha, que ne vous ai-je dit plus tôt, et de façon plus claire, telle l'onde qui de l'Olympe descend sur l'Empyrée, les doux sentiments que votre présence m'inspire, et la chamade qui bat dès que je pense à appeler votre DIPER. Il suffit que j'y pense pour que mes joues s'empourprent en crépuscule d'été.
Oui, comme votre absence me pèse, en ce lundi d'impermanence administrative ! Plus que ne pèsent les charges sociales sur mon petit salaire, ou que ne me pèserait une bonne choucroute garnie à trois heure du matin.


Il faut ce grand bâtiment vide, et ces couloirs déserts, et le bruit du vent dans le cadre des fenêtres dont l'isolation a été assurée, semble-t-il, par une troupe de ribauds au C.V. mensonger, pour réaliser à quel point je me morfonds sans vous. J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une intolérance au gluten, mais tous les signes sont là : mon esprit s'éparpille, je soupire aux nuages, chaque minute semble contenir en elle le secret de l'éternité.

Il est si loin, le temps où nous baguenaudions en salle des professeurs, alors que je vous portais vos convocations rectorales pour vous envoyer corriger des copies à Saint-Juste-deTriffouillis-les-Canards, dans la Savoie profonde. Vous en souvient-il ?

Oui, ma Mie, je crains fort que mes sentiments pour vous aient mûri depuis notre première rencontre. Peut-être même sont-ils blets. Sinon comment expliquer cette amertume lancinante qui m'habite depuis l'aube, et cette exaltation que je ressens en voyant venir l'heure de m'en aller (laquelle me rapproche incidemment du moment - béni ! - où nous nous retrouverons) ?  A moins que... se pourrait-il que ce que je conçois comme un attachement fort et sincère à votre endroit ne serait que la manifestation secondaire d'une simple allergie au travail, et l'espoir de vacances promptes et pas trop courtes ?

Dans le doute, je vous fais parvenir ci-joint le planning de nos futurs rendez-vous galants.



En espérant que l'officier des Postes vous trouvera séant à votre retour des Indes ou de Saint-Ouen-en-Goguette,


Votre dévoué et néanmoins pressé d'être chez lui,

-- 
 
Le secrétaire de direction
 

vendredi 12 avril 2019

Pour qui sonne la fin des cours

A l'attention de l'ensemble des professeurs


Bonjour à tous,


Il ne vous aura pas échappé que le collège s'est doté d'une nouvelle sonnerie inter-cours moins carcérale (hélas !), plus en phase avec le monde dans lequel nous vivons puisqu'à chaque fois qu'elle retentit, réflexe, je regarde mon smartphone en croyant avoir reçu un nouveau sms (alors que je n'ai même pas de smartphone, c'est dire si c'est très fort !).


Dans l'hypothèse où elle ne serait pas assez audible dans votre salle, ou au contraire trop forte,  nous vous invitons à faire part de vos remarques à Gilles à la loge, qui les centralisera afin que nous puissions les transmettre à l'installateur et lui permettre d'affiner les réglages. 
 

Personnellement, je préfèrerais quelque chose d'un peu plus péchu, comme du Iron Maiden ou du Blue Oyster Cult - mais je ne suis malheureusement pas convié à participer au débat.


Je profite de cette occasion pour vous souhaiter de bonnes vacances à tous, loin de cette nouvelle sonnerie dont la bienveillance forcée m'horripile déjà (Nounours et son nuage ne sont pas loin. A chaque sonnerie, ils saupoudrent un peu plus de sable magique dans les yeux de nos joyeux bambins. Au secours),


Bien cordialement,



-- 
 
Le secrétaire de direction

lundi 8 avril 2019

Une histoire de pipe



Par contre, la pièce jointe, si.


Vous souhaitant un excellent week-end,


Bien cordialement,

--

Le secrétaire de direction


*

Suivi, le lendemain, d'un correctif suivant, associé à ces quelques lignes  :

Un certain nombre d'erreurs s'étant subrepticement glissées dans le planning en cours, je me permets de vous en renvoyer une version corrigée.


Moralité : boire de l'alcool de prunes en cachette sur son lieu de travail n'est pas sans conséquence. Ayez soif de modération.

J'ai bien retenu la leçon. Dorénavant, je me contenterai du pastis.
 

Les voyages forment la jeunesse

 Où ça ne s'arrange pas niveau fatigue mais où ce qui a été promis la semaine précédente a été promis...   Bonsoir à tous, Je n...