Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.

vendredi 16 février 2024

Nostalgie morbide

Où les vacances se profilent à l'horizon et où il était plus que temps...

Bonsoir à tous,

Comme attendu, veuillez trouver ci-joint le planning de la semaine de la rentrée.

Car vous avez hâte, j'en suis sûr.

Les deux prochaines semaines ne seront pour vous qu'un (trop) long calendrier de l'avent, dont vous ouvrirez mentalement les cases avec un mélange de hâte et de profond désespoir - et quand je dis "calendrier de l'avent", je veux dire : pas un de ceux qu'on offre aux êtres chers mais un invendu de Noël périmé (peut-on alors parler légitimement de "calendrier de l'après" ?) dont le chocolat déjà bas de gamme a commencé à s'entendre avec la faune microbiologique locale pour fonder ce qui, à coup sûr, prendra la relève de l'humanité dans un proche avenir (avec un taux de réussite record au DNB).

Chaque jour, vous soupirerez en regardant le thermostat de vos pénates et en vous demandant comment le régler pour être bien au chaud sans pour autant y laisser vos HSE, tout en songeant qu'"au moins, dans ma salle, j'avais froid, mais je savais pourquoi" (et puis c'était gratuit).

Vous pourrez bien aller à l'opéra, ou au concert des sept-cent-choristes-dont-un-en-double, rien n'égalera à vos oreilles le mélodieux souvenir du carillon entre les cours, composition exquise dont on devine qu'elle est issue d'un stock de sonneries de portables recalées par les fabricants à la fin des années 90 au prétexte "qu'on a simultanément l'impression qu'elle se paie notre tête et qu'elle nous plaint du plus profond de son être" (ce qui n'aura pas été jugé très vendeur, sur le moment, à juste titre, même si elle traduit parfaitement le sentiment des grands industriels à notre égard). 

Et je pourrais poursuivre comme ça pendant les deux prochaines semaines, vous le savez, j'en suis capable, sauf qu'une fois n'est pas coutume, je suis en vacances en même temps que vous, c'est à dire depuis vingt minutes déjà (trente au moment de la relecture. Deux heures sans doute au moment où j'appuierai ENFIN sur "envoyer" parce que tous mes mots auront enfin le nombre de syllabes adéquats) (ne riez pas, c'est vraiment comme ça que je bosse). Autant dire que même si je vous aime beaucoup, tous, à une ou deux exceptions près qui se reconnaitront sans mal, je ne vais pas me faire prier pour retourner chez moi retrouver la personne qui m'est le plus cher au monde : ma Playstation 5. J'y retrouverai également la personne à cause de qui je vais prendre le plus cher au monde sitôt qu'elle aura lu ce qui précède. Et le chat. Qui lui s'en fiche du moment que je le nourris, et la vie serait certainement plus simple si tous les gens étaient des chats.

Encore que.

Je ne vous demanderais qu'une seule chose lundi : penser à mes collègues de l'administration qui rempileront courageusement, ainsi qu'aux agents jusqu'à mardi inclus.

Vous avez évidemment le droit des les envier autant qu'ils vous envient. Mais en ce cas, je vous suggère de prendre illico rendez-vous avec la médecine du travail et d'arrêter avec les calendrier de l'avent, même quand ils sont d'après (oui, oh, ça va, j'ai improvisé ce bout de texte en dix minutes, on ne peut pas être au top tout le temps, pas dans la fonction publique, enfin, vous n'y pensez pas, déjà qu'une fois par an ça fait beaucoup...) (au moins, le bon côté des choses, c'est que ça vous épargnera les erratums...).

Vous souhaitant de bonnes vacances, reposantes et riches en jolies rencontres (du genre de type qui vous conviendra le mieux) (pour moi ce sera le troisième, merci),


Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

vendredi 9 février 2024

Petit ourson de Chine

Où on est trop fatigué pour écrire un texte digne de ce nom et où on pense naïvement que coller des images à la place demandera moins de travail...

 

Bonsoir à tous,

Je le sais bien, à force, je vous connais, vous n'êtes là ni pour le semainier joint, ni pour lire ma prose laborieuse.

Je pensais jusqu'ici que vous n'aviez d'yeux que pour mon collègue au prétexte qu'il était plus jeune, plus beau, plus travailleur (puisque travailleur tout court. J'ai beau lui dire d'arrêter, il n'en fait qu'à sa tête sous prétexte qu'on est payé pour) (ce qu'il ignore encore, c'est que même quand on ne travaille pas, on est payé quand même, mais chut, je voudrais lui faire la surprise) ; mais à l'indifférence que vous lui avez témoigné à son retour, au lieu de le fêter avec les effusions qui s'imposaient (j'ai bien essayé de lui faire une petite danse du ventre mais autant sur le ventre, j'ai été bon, autant sur la danse beaucoup moins), j'ai réalisé que lui non plus n'avait plus pignon sur rue dans vos cœurs administrativement volages.  

Tardivement, j'ai compris que vous ne pensiez désormais plus qu'à une chose : 

LE PANDA.

Où était-il ?, demandaient dès lundi matin vos regards aussi éperdus qu'un élève devant un compas.

Que devenait-il, allait-il bien ?

S'était-il par hasard associé à Wilson pour monter un numéro de jonglage acrobatique, et remporter haut la patoune "la France à un incroyable talent 2024" (face à Jean-Enzo en finale, qui sait réciter les tables de multiplication par coeur jusqu'à la table de 4 - bien connue des habitués de l'Hippopotamus) ?

Alors que la liesse aurait dû parcourir l'épine dorsale du collège comme ce grand soubresaut nerveux qui nous foudroie quand on découvre notre fiche de paie le mois où tombent les HSE, le retour dudit collègue n'aura donné lieu à aucun déhanchement festif, aucune scène d'hystérie (à part celles qu'on observe quotidiennement dans la cour de récré), aucune libation à l'ancienne, à tel point que j'ai dû décommander in-extremis les grappes de raisin et la banquette d'empereur romain commandé sur les crédits de Langue Ancienne.

Tout au plus vous ai-je entendu bruyamment lâcher des soupirs tandis que vous pensiez à son ventripotent remplaçant (pas moi, l'autre), si progressiste jusque dans sa fourrure qu'il était à la fois noir ET blanc, concrétisant à lui tout seul l'aboutissement de trois siècles de lutte contre le racisme.

Et bien rassurez-vous, puisqu'il faut en passer par là : lui aussi m'a donné de ses nouvelles, il va très bien, "et même beaucoup mieux" depuis, je cite, "qu'il a quitté ce secrétariat de losers".

Ses habitudes de travail n'ont pas changé pour autant. Son cadre de travail non plus.


 

Par contre, sachez qu'il a enfin pris la pleine mesure de son addiction et qu'il s'est donc laissé convaincre de passer au bambou électronique.

 


Par ailleurs, le succès qu'il a remporté dans l'enceinte du collège et ses nombreuses aventures conjugales avec des membres du personnel et certains éléments de mobilier l'ont poussé à mettre à jour sa photo de profil Tinder :

 


Toujours prêt à apprendre de ses aînés, il a également suivi mes conseils professionnels et il a levé le pied.

 


Problème : il a levé les quatre à la fois, une erreur de débutant. 

C'est la Fonction Publique qui rentre, comme on dit dans le métier.


Il a également fini tranquillement de manger le stock de Woody de l'intendance.

 


Bref, il est comme un coq en pâte, à ceci près que ce n'est pas un volatile et qu'il est bien en chair, mais vous m'avez compris.

En espérant, donc, que vous saurez tourner la page à moyen terme, et vous contenter des deux mammifères (plus ou moins) imberbes du secrétariat,


Bien cordialement, 


--

Le secrétaire de direction


vendredi 2 février 2024

"Chut, chut, ce n'était qu'un vilain cauchemar... Nous voilà revenus en cette bonne vieille année 1950 !"

Où l'on termine sur la cale des genoux ces trois semaines de double temps plein, avec une petite grève en prime pour mettre de l'ambiance...

 

Bonsoir à tous,

Comme attendu, je vous transfère ci-joint le planning de la semaine à venir.


Et sans plus de cérémonie, retrouvez notre rubrique hebdomadaire : 

"Comment ça se passe au secrétariat en l'absence du secrétaire élève ?" :


Ceci posé, j'aimerais profiter de cette fin de semaine et de tout mon temps libre au secrétariat pour revenir sur l'actualité.

En l'occurrence, j'avoue, quand le préavis de grève pour la journée du 1er février est tombé, j'ai un peu paniqué, je me suis dit : attends, les agriculteurs bloquent l'autoroute et la voie express, les taxis bloquent le centre ville, du coup, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir bloquer, nous ? J'ai appelé la préfecture pour savoir un peu, ils m'ont dit que la rue George Clemenceau était libre à Pont d'Isère, mais qu'il fallait vite réserver si on était intéressés parce que l'amicale des fans de Patrick Fiory avait posé une option dessus et qu'ils étaient au moins quatre. 

Parce que oui, au départ, cette grève-là, j'étais prêt à la faire, histoire d'avancer un peu dans la campagne principale de Robocop sur Playstation 5 (hé quoi ? C'était complètement dans le thème), et puis un peu par conviction aussi, de temps en temps ça me prend, comme une crise d'urticaire de l'âme que ne saurait pas soulager la douce pommade de mon indifférence. Seulement voilà : par un mail syndical reçu dans la boîte de l'établissement, j'apprends que cette grève s'oppose également à la Marseillaise à l'école, à plus d'autorité, à l'uniforme, bref, le texte le revendique explicitement : "contre le retour aux années 50". 

Et là, je ne peux pas vous suivre parce que bon, quand même, les années 50, c'était le plein emploi, c'était l'enfance sans internet, c'était deux milliards et demi d'humains sur terre, c'était moins de pollution, c'était plus d'arbres en Amazonie, c'était Trenet, Brel, Louis Armstrong, et puis Audrey Hepburn, bon sang, Audrey Hepburn ! Sans parler de toutes les espèces qui se sont éteintes entre temps, à l'instar du dodo (ceux qu'on compte avant Noël ne comptent pas), du respect et du goût de l'effort. Du coup, moi, je me dis "hé, un retour aux années 50, ce ne serait pas si mal, au fond, après tout les ardéchois vivent ça tous les soirs quand ils rentrent chez eux et aucun ne s'est jamais plaint alors pourquoi pas nous ?".

Bon, après, la Marseillaise, ok, c'est un peu daté, je vous l'accorde. "Qu'un sang impur abreuve nos sillons", en période de vigipirate renforcé, ça la fout un peu mal, et puis à force de répéter ça tous les jours, même avec un accompagnement musical, ça pourrait susciter des vocations. On sait jamais, à force de crier "Aux armes !", il y en a qui pourraient prendre ça pour une invitation. "Ben qu'est-ce que tu fais Mathéo ?" "C'est rien ça, M'dame, c'est mon TP sur la Marseillaise" "ha d'accord. Bon ben tu passeras la serpillère après". Et puis je sais bien que l'Eurovision occupe une place privilégiée dans le coeur des français, et qu'à cet égard chanter faux sur des accords faciles c'est une part de notre héritage culturel, mais la Marseillaise, à l'oreille, c'est pas très folichon, on dirait un générique du Club Dorothée, un de ceux chantés par Bernard Minet, genre les Chevaliers du Zodiaque - mais si, vous savez, ceux "qui s'en vont toujours à l'attaque, en chantant une chanson bien haut, c'est la chanson des héros" (et tant pis si c'est ridicule parce que le ridicule ne tue pas et que ce qui ne tue pas nous rend plus fort, ce qui arrange bien leurs petites affaires). Sans mentir, chaque fois que j'entends la Marseillaise, je ne peux pas m'empêcher d'imaginer le résumé de l'épisode derrière : "précédemment, dans les Barricades de l'Infini : alors que Super Gavroche fait appel à l'esprit révolutionnaire pour terrasser Oméga Voltaire, ce dernier utilise la technique secrète du protestantisme pour lui renvoyer son attaque à bout portant. Evil Rousseau en profite pour lui asséner le coup de grâce à l'aide de la technique ancestrale de la Confession, de l'école dite du Gros Mytho. Grièvement blessé, Super Gavroche se retrouve à terre (c'est la faute à Voltaire) le nez dans le ruisseau (c'est la faute à Rousseau). Pendant ce temps, à la Commune, Cyber Jean Valjean tire des rayons lasers avec les yeux sur la Tour Eiffel sans aucune raison valable parce que c'est japonais et que c'est comme ça qu'on fait pour meubler dans les dessins animés japonais...".(oui, je sais, j'ai une conception assez malléable de l'Histoire de France en général - de Gaulle, blague contextuelle - et de sa chronologie en particulier. Mais les japonais aussi, à ma décharge). 

Je suis donc plutôt pour qu'on remplace ladite Marseillaise par quelque chose d'un peu plus moderne, d'un peu plus bienveillant - en un mot : d'un peu plus ouvert, et pas à la baïonnette. Après, la difficulté, c'est qu'il faut quelque chose que notre équipe de foot serait capable d'apprendre par cœur, ce qui réduit grandement l'éventail des possibles. Pandi-Panda, petit ourson de Chine, peut-être. Si on s'en tient à "Pandi", ça peut se tenter. A moyen terme. Ou non, attendez, mieux : "On est champions", de Johnny Hallyday. ça ferait un bel hymne national ça : "on est champions / on est tous ensemble / c'est le grand jeu / la France est debout". En plus il l'a chantée l'année où ils ont refusé de descendre du bus et je trouve que le décalage correspond plutôt bien à notre mentalité.

Sur la question de l'autorité, par contre, je ne suis pas prêt à transiger. Alors je sais, depuis qu'on a sanctifié l'éducation bienveillante, c'est devenu un gros mot, un mot de droite, un mot tabou, d'ailleurs désormais dans les cours d'école on ne joue plus à "ni oui ni non" mais juste à "ni non" parce que "ni oui" est vécu par les enfants et leurs parents comme de la maltraitance. Personne n'aime ça, l'autorité. C'est un peu les salsifis de la vie en collectivité. Certains diront qu'il faut quand même en manger de temps en temps pour s'habituer à d'autres saveurs mais les pédagogues sont formels, c'est de la maltraitance aussi, et la place de ceux qui font manger des salsifis à leurs enfants est en prison. C'est le cycle de la Vie du Roi Lion, mais version 35 heures : les élèves n'aiment pas les profs, les profs n'aiment pas les chefs d'établissement, les chefs d'établissement n'aiment pas le rectorat, le rectorat n'aime pas le ministère, le ministère n'aime pas les lobbys finan... euh, hum, pardon, je m'emporte. ça vaaaa, ooooh, on riiiigooooole, c'est de la caricature, enfin. Heureusement. Sinon, dans quel triste monde on vivrait !

Tout ça pour dire qu'on n'est plus dans les années 80, coco, on a fait chauffer les neurones, on a compris que les punitions, ça servait à rien, c'était rétrograde et inhumain, qu'il valait mieux expliquer avec bienveillance, que l'enfant derrière il entend, il comprend et il ne recommence plus, parce que l'enfant, il est intelligent, tu vois. Alors que les punitions, c'est violent, c'est stigmatisant et ça ne marche pas. C'est d'ailleurs pour ça que depuis quelques années, on a arrêté de mettre les criminels en prison. Ben oui. ça sert à rien de punir on a dit. Du coup, on leur explique, on leur dit "c'est pas bien", par acquis de conscience on les oblige à suivre deux cours d'empathie niveau primaire, histoire de rentabiliser les formations, et puis on les libère. Et là, vous me direz : Guillaume, il faut arrêter de faire du mauvais esprit, ce n'est pas du tout la même chose, là on parle d'adultes, on ne peut pas s'adresser à eux comme à des enfants, ils n'ont pas les mêmes capacité de compréhension. Et puis les enfants, ils sont purs et innocents, je l'ai lu dans le cahier bien-être de Biba. Quand ils arrachent les ailes des mouches, c'est pour plus qu'elles se cognent aux vitres et qu'elles se fassent mal. C'est tellement mignon, un enfant. Un criminel, beaucoup moins. A part dans Prison Break



Non, vraiment, il faut arrêter avec l'autorité, c'est un concept fasciste  qui vise à la soumission des individus, et pas du tout une nécessité sociétale dans un monde où ma liberté commence où s'arrête celle des autres - c'est-à-dire nulle part, tant pis pour moi, ça m'apprendra à ne pas appartenir au camp des winners. On est en 2024, bon sang ! Les gens n'ont plus besoin qu'on les materne, ils savent se réguler tout seul, ils sont assez grands pour, ils n'ont pas besoin qu'on leur dise quoi faire ou qu'on les oblige. Tenez, regardez, sur la route, tout le monde fait ce qu'il veut comme il veut et est-ce que ça pose le moindre probl... oui, non, oubliez, c'est pas un bon exemple, mais je suis sûr qu'il y a un domaine dans lequel ça marche. Tenez, si je pose une assiette de salsifis, là, maintenant, personne n'y touchera sans autorisation (et même avec autorisation, d'ailleurs, c'est vous dire si nous sommes disciplinés quand il est question de légumes dég*ulasses). 

Je profite de cette occasion pour partager avec vous mon plus beau souvenir d'éducation bienveillante, qui saura vous arracher à coup sûr une larmichette d'émotion : c'était il y a cinq ou six ans, à l'aéroport de Lyon Saint Exupéry, une histoire de petit prince, justement, je faisais la queue à l'enregistrement avec plusieurs centaines d'autres moutons, et il y avait ce petit gamin, là, blond comme une affiche du rassemblement national, à plat ventre sur le sol, littéralement, qui nageait une belle brasse coulée sur le carrelage, ses bras et ses jambes parfaitement coordonnés, en mouvements amples, gracieux, comme une petite grenouille en short de dessin animé, fendant la foule dans un sens, puis dans l'autre, comme si elle était seule au monde, sous l’œil attendri de ses deux "parents" (faute d'un terme plus approprié), tous deux cote-à-cote le front haut, le menton relevé, toisant les personnes présentes d'un air de dire "allez, vas-y, fais-là, ta réflexion, j'attends que ça, mon compte Twitter est chaud". Après quoi comme nul ne réagissait, à leur grand désespoir, ils ont dû lui demander discrètement de mettre la barre plus haut vu qu'il a entrepris de lécher goulument les plots en métal qui séparaient les files d'attente, avec un air gourmand à la Cyril Lignac, et j'ai mentalement adressé un big up à son système immunitaire. C'était pas Il était une Fois la Vie, dans son petit corps d'enfant de quatre ans, c'était The Walking Dead : Maestro il était planqué derrière une barricade en train d'arroser des globules mutants à la kalachnikov. A la maternelle, les maitresses ont dû être stupéfaites. "Dites donc, c'est fou, Timéo, il ne tombe jamais malade, on a jamais vu ça", "ha si, si, si, quand même, il a été un peu secoué quand il a choppé la malaria en suçant les bouches d’égout à Disneyland mais depuis qu'il boit l'eau du Gange, c'est le rhume qui le craint plutôt que l'inverse". Aux dernières nouvelles, la covid était toujours en train de chercher une variante exprès pour Timéo, mais c'est galère. Chaque fois qu'elle tente un truc elle se fait bouffer par le chikungunya. Bon, après, ça a été moins drôle, on est passés en salle d'attente, Timéo s'est dirigé vers le piano pour nous interpréter ses plus grands succès populaires, ça a duré une demi-heure, les parents avaient tellement le menton relevé qu'ils ont failli basculer en arrière. Et moi, j'ai failli rebrousser chemin et traverser la Manche à la nage, en brasse coulée.

Enfin, l'uniforme. Sur cette question non plus, je ne ferai pas de concessions. L'uniforme, je suis pour à 100%, et je sais bien que vous désapprouvez, au fond, que vous jugez le principe rétrograde, mais c'est parce que vous n'avez pas une vision d'ensemble. La preuve ?! Il ne me faudra pas plus d'une phrase pour vous faire changer d'avis. On parie ? Attention, c'est parti. L'uniforme, c'est la fin des claquettes-chaussettes. Eh oui. Imaginez. Imaginez un monde magique où les élèves ne viennent pas au collège en pyjama, un monde où ils portent leurs sous-vêtements SOUS leurs VÊTEMENTS (c'est fou), un monde où on ne porte plus plainte pour vol de moufles Gucci en plumes d'autruche à 70 balles pièce ! Vous entendez, les oiseaux qui chantent ? Vous le voyez, le double arc en ciel ? Terminées les heures à passer devant Cristina Cordula pour ne plus confondre kimono et Abaya, ou à se demander à partir de quel centimètre une jupe cesse d'être un outil d'émancipation pour devenir un vecteur d'objectivation de la condition féminine ! Ai-je entendu crier "Hosana !" ?! Oui mes frères ! Oui, réjouissons-nous ! Le paradis terrestre existe, et nous en serons l'artisan ! Alors j'entends bien que cette mesure ne fait pas l'unanimité, bien sûr. J'ai notamment vu une caricature de presse sur internet qui suggérait que l'uniforme n'éviterait pas davantage la discrimination, car celle-ci se reporterait sur le choix des cartables. C'est un bel argument. Qui marche pour absolument tout, notez. Tenez, par exemple, l'égalité des salaires hommes-femmes n'éviterait pas davantage la discrimination, car celle-ci se reporterait sur le harcèlement de rue. Du coup, on laisse tomber, on est d'accord ?! Non ? Et puis c'est par le vêtement que l'enfant affirme sa personnalité, qu'il se distingue des autres, qu'il fait l'apprentissage de son individualité : enlevez-lui son crocodile sur la casquette ou son logo Nike sur ses pompes et holala, tragédie, il n'est plus personne, le voilà forcé de se distinguer pour ce qu'il est, et non pour ce dont il a l'air, il est extirpé du diktat de l'apparence et pire encore, il cesse de payer cher pour faire gratuitement de la pub à des sociétés multimilliardaires ! Effectivement, vu sous cet angle, on retombe dans la maltraitance.

Et pourtant j'irai même plus loin : les parents veulent pouvoir joindre leur progéniture à toute heure ? Qu'à cela ne tienne ! Qu'on fournisse un téléphone portable à tous les enfants ! Mais attention, pas n'importe quel portable. Un Nokia de 2012. Comme ça, plus de problème dans la cour de récréation, plus de vidéos abjectes qui circulent, plus de pornographie en libre accès dès la primaire, plus de challenges dangereux, plus de profs filmés pour faire rire les potes, plus de jeux vidéo jusqu'à pas d'heure, plus de nudes qui circulent, plus de harcèlement sur les réseaux sociaux, plus de culte de la superficialité ! Eh quoi ? Le but, c'est de pouvoir les joindre, ils sont joignables, fin de l'histoire. Alors bien sûr, c'est de la maltraitance aussi que de les priver des réseaux sociaux sur lesquels ils n'ont pas le droit d'aller avant leurs 17 ans ! Mais là encore, imaginez-les en train d'envoyer un texto ! A devoir taper quatre ou cinq fois sur la même touche pour obtenir la bonne lettre ! L'effort qu'ils devraient déployer pour rédiger jusqu'au plus infime SMS les pousserait à s'interroger en permanence sur la valeur de leur prise de parole : sa nécessité, sa pertinence, son sens profond. Le moindre "wesh bien ou bien" leur prendrait deux heures. Ainsi feraient-ils l'expérience de la profonde vacuité de l'acte locutoire. Ils se rendraient compte que neuf fois sur dix, ce qu'ils ont à dire, ils peuvent aussi bien le garder pour eux que la terre ne s'arrêterait pas de tourner (pour ceux d'entre eux qui savent qu'elle tourne, évidemment, c'est-à-dire 20%). Et puis allez développer une addiction aux jeux vidéo avec un Nokia de 2012 ! Au mieux, deux choix possibles : le Serpent, ou le SuDoKu. Or pour ce qui est du SuDoKu, déjà, c'est mort, il y a des chiffres comme dans le cours de maths et ils ne les connaissent que jusqu'à sept. Quant au Serpent, trois minutes passées dessus réconcilieraient n'importe quel individu avec les vertus créatives de l'ennui. Cerise sur le gâteau : l'appareil en question coûterait quinze balles, soit moins de 5% du prix de leurs smartphones. Au-delà, surtout, ça leur rendrait ce droit pourtant inaliénable dont nous, adultes, les avons odieusement privés à trop vouloir être de notre temps plutôt que des années 50. Le droit d'être des enfants, purement et simplement.

Alors, bien sûr, cela peut ressembler à un retour en arrière, j'en ai conscience. Mais quand vous partez en vacances et que vous vous trompez de voie, vous persistez dans votre erreur au motif que la terre est ronde et que vous finirez bien par en faire le tour, ou vous faites demi tour ?

Vous souhaitant un week-end diamant sur canapé,

Bien cordialement,

--

Le secrétaire de direction




P.S. et conclusion :















































vendredi 26 janvier 2024

Le grand remplacement 2

 

Bonjour à tous,

Comme de coutume, veuillez trouver ci-joint le planning de la semaine à venir.

Et au cas où vous vous poseriez toujours la question : "comment est-ce que ça se passe au secrétariat en l'absence de ton collègue ?", j'ai envie de dire "de mieux en mieux".


Quant à Wilson, dont vous avez été nombreuses à me demander le 06 (contre jamais une seule fois le mien en dix ans, je tenais à le signaler), il m'a lâchement abandonné pour faire carrière dans le show-biz, sous le fallacieux prétexte que ça payait mieux et qu'on y a droit aux tickets resto.

- Moi, au moins, je sais rebondir, a-t-il ironisé en voyant ma mine déconfite.

Depuis, il s'est fait de nombreux amis de plus d'un mètre 90, et il dit qu'il pense souvent à moi "parce qu'on est taillés pareils. Je cite : "eux en portrait, toi en paysage".

Je suis content, on a quand même gardé de bons contacts, il m'écrit régulièrement :


Je suis donc un secrétaire administratif comblé.

Vous souhaitant une bonne fin de semaine,

Bien cordialement,


-- 
 
Le secrétaire de direction

vendredi 19 janvier 2024

Le grand remplacement

 Où après déjà une semaine et demi à assumer un double temps plein pour cause d'absence de mon collègue, le désespoir commence à se faire sentir.

 

Bonsoir à tous,

Veuillez trouver ci-joint le planning de la semaine à venir.

Et pour celles et ceux qui souhaiteraient savoir comment ça se passe au bureau en l'absence de mon collègue, j'ai envie de dire, curieusement, "très bien".

Comme en attestent les clichés ci-dessous :



Bref : l'absence de mon collègue, c'est un peu comme de loooonguuuues vacances sur une belle plage de sable fin en plein été au milieu du Pacifique.
Qui ne voudrait pas être à ma place, franchement ?

Et oui, absolument, j'ai photoshopé mon bidou sur toutes les photos, preuve que ça me laisse malgré tout encore beaucoup de temps libre !

Vous souhaitant un week-end pas trop seuls au monde,

Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction


lundi 15 janvier 2024

"Galette des Rois.eines, des Petit.e.s Bourgeois.e.s, des Classes intermédiaires et des Prolétaires" de l'Amicale

 A l'attention de l'ensemble des personnels du collège Jean Roucas,



Bonjour à tous,

Bien que l'esprit Républicain (tm) qui nous anime s’accommode assez mal des têtes couronnées, et dans un esprit égalitariste qui entend rétablir la parité tant en matière de genre que de classe sociale dans cette célébration jusqu'ici élitiste et patriarcale, vous êtes tous et toutes, ainsi que toutes et tous, et même tous.se.s et chacun.e.s (pour celleux à qui ça fait plaisir) convié.e.s à venir faire le plein de frangipane en salle des professeurs Lundi 22 janvier, à partir de 17h15.

Car la Frangipane seule peut unir les hommes et les femmes, les beaux et les laids, les grands et les petits, les riches et les pauvres, autour d'une valeur commune universelle : le gros bidou. 

La Frangipane seule peut nous affranchir de nos chaines, qu'elles soient physiques, morales ou télévisées.

La Frangipane n'est ni masculin, ni féminin, en cela qu'elle transcende l'Humanité. Manger de la Frangipane, c'est devenir de la Frangipane. Devenir de la Frangipane, c'est le moyen le plus laïque d'accéder au Divin.

Les plus grandes figures historiques françaises étaient faites de Frangipane : Nolwen Leroy Mage, France Galette, Jean LaFève, Epi Fanny Ardant (la soeur du buisson)...

Aux yeux de la Frangipane, nous sommes tous libres et égaux en droit. La Frangipane ne fait pas de distinction. Elle nous régale en égales proportions quel que soit notre sexe ou notre couleur de peau, dès lors que nous n'avons pas perdu le sens du goût à cause de la Covid.

La Frangipane ne nous juge pas.

La Frangipane nous aime.

Gloire à la Frangipane.

La Frangipane, Présidente (ou à défaut : Ministre de l'Education Nationale).

Un point de vigilance, néanmoins : gaffe à ne pas avoir la fève, un accident Républicain est si vite arrivé. Je ne retrouve plus mon massicot. Il était posé là il y a encore cinq minutes, et puis pouf, volatilisé...

Comme la fortune immobilière, la prudence s'impose à 0,5%.

Bien cordialement.
--

Le secrétaire de direction

vendredi 12 janvier 2024

Joyeuses Paques

Où le collègue est absent pour un moment, et donc la charge de travail double, voire triple, le temps et l'énergie au diapason, mais où il faut quand même souhaiter leurs voeux aux gens. C'est la base.


Bonsoir à tous,

Comme attendu, nous vous transférons ci-joint le planning de la semaine prochaine.

Vous en souhaitant bonne réception, et profitant de l'occasion pour vous présenter tous mes vœux.

En premier lieu : une année socialement plus apaisée, c'est-à-dire sous tutelle extraterrestre.

Et puis un ministre, également. Pour frimer nous aussi dans les soirées de fonctionnaires et dire qu'on en a un. ça claque.

L'accès à un palier spirituel de conscience supérieur où Cyril Hanouna n'existe pas, même à l'état liquide.

Moins de pectoraux en couvertures des romans sur les étagères des libraires, qu'on cesse de les confondre avec des salles de sport.

Moins de bousculades pour les soldes, et plus dans les bibliothèques (tant qu'on s'y bouscule en silence). 

Des élèves attentifs, travailleurs et respectueux ailleurs que dans les pubs Acadomia et les séries jeunesse.

Des collègues souriants, sauf le lundi matin, sans quoi vous êtes obligés de leur sourire en retour et ça fait mal aux dents.

Du sens dans le travail qui ne soit ni unique, ni interdit.

Et mieux encore : un excellent week-end.

Bien cordialement,


--


Le secrétaire de direction

Les voyages forment la jeunesse

 Où ça ne s'arrange pas niveau fatigue mais où ce qui a été promis la semaine précédente a été promis...   Bonsoir à tous, Je n...