Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.

vendredi 24 novembre 2023

Les jolies colonies de vacances...

 Où faute d'inspiration, on en revient éhontément aux valeurs sûres...

 

Bonsoir à tous,


Veuillez trouver ci-joint le planning de la semaine à venir ; l'occasion pour moi de revenir ci-après sur un possible malentendu, susceptible d'en avoir fâché certains.

Cette année, on m'a demandé si je voulais encadrer la sortie dans le Lubéron. J'ai ri. Je m'en excuse. Ce n'était pas volontaire. Sur le moment, j'ai vraiment cru qu'il s'agissait d'une plaisanterie. Je veux dire, vos enfants, vous les aimez, non ? Ne niez pas. J'ai vu un reportage sur vous à la télé, vous êtes génétiquement tenus de les chérir. Dès lors, est-ce que vous iriez les confier à Gargamel ? Rien qu'au nom, déjà, vous sentez intuitivement que ce serait une mauvaise idée, que cet homme n'est pas une bonne personne, surtout si vous êtes bleu coiffé d'un bonnet blanc (nous ne jugeons pas), quand bien même ses tarifs seraient-ils plus compétitifs que ceux de Cruella d'Enfer (on est d'accord que l'état civil, depuis quelques temps, c'est vraiment n'importe quoi ou bien ?!). Vous n'iriez pas non plus, que sais-je, inscrire votre progéniture au Centre Aéré Friedrich Nietzche pour Jeunes Nihilistes parce qu'il est 30% moins cher que le Club de Loisir Joyeux de l'Ours Babalou ? Bien sûr que non ; ne serait-ce que parce que Babalou est plus confortable à écrire que Friedrich Nietzsche sur les talons de chèque. Oui, j'ai googlé. Deux fois. Ou tenez, même, si Hannibal Lecter, la terreur des bibliothèques, vous disait en face et les yeux dans les yeux "j'ai changé", comme n'importe quel politicien en campagne, vous ne le croiriez pas sur parole. Vous demanderiez prudemment "...de fournisseur" ? ! Et vous auriez raison. C'est dire si l'idée était saugrenue, quand bien même ai-je énormément à apporter à nos élèves en matière de joie de vivre et de foi en l'humanité. D'où mon incrédulité initiale. Quand j'ai compris que la requête était sérieuse, qu'il ne s'agissait pas d'une caméra cachée, que je n'allais pas pouvoir gagner un caméscope ni rencontrer Marcel Béliveau, j'ai pesé le contre et le contre et j'ai répondu "ha ben non" avec toute l'éloquence qui me caractérise. Avant d'ajouter un "grave pas" à vocation hyperbolique.

On a voulu savoir pourquoi. J'ai précisé : "ce n'est pas que je ne veux pas, c'est que je ne peux pas". "Encadrer la sortie ?" a-t-on tenté de clarifier. "Encadrer les élèves" ai-je corrigé en retour. "Je n'ai jamais pu les encadrer. Pas aujourd'hui davantage qu'hier. Je pensais que c'était acquis, depuis le temps". On m'a dit que je prenais les choses de façon trop imagée, que le verbe encadrer était ici à envisager au sens littéral. Je suis donc passé chez Cadrea pour faire établir un devis. Au regard de quoi on m'a dit que j'étais TROP littéral, sur ce coup. Vous les terriens vous êtes décidément des êtres bien compliqués. Dans un sursaut surhumain de bonne volonté, sans doute le signe avant-coureur d'un virus saisonnier, j'ai demandé si le Lubéron, c'était ce grand parc d'attraction dans le Vercors où un riche millionnaire américain avait cloné des dinosaures, plutôt que d'organiser des battues dans l'hémicycle. On m'a répondu que je confondais ; que ça, c'était la ferme aux reptiles. J'ai rétorqué qu'on revienne me chercher quand on ferait la sortie à la ferme aux reptiles, alors. Non seulement j'encadrerais avec joie mais je payerais même de ma poche les cartons de Digédril (tm) pour les crocos, histoire de leur éviter les reflux acides. Je ne sais que trop ce que c'est, et pourtant je ne mange pas de ce pain là, je me contente de le côtoyer cinq jours par semaine.

Après, je me disais, on pourrait faire ça en Ardèche, ça me motiverait déjà plus. C'est bien aussi, l'Ardèche, quand on est passionné par tout ce qui est préhistorique et dangereux avec des écailles sur la tête. Je n'ai rien inventé. Jurassic World 3, en Ardèche, on appelle ça "un jeudi". On pourrait s'organiser ça à la Koh Lanta, on les y abandonnerait pendant une semaine, en autonomie (c'est bon, ça, l'autonomie, ça entretient la confiance), histoire de bien s'assurer qu'ils resserrent les liens - si ce n'est entre eux, au moins, ceux des membres de l'équipe adverse qu'ils ont capturé sur leur territoire. Et puis non sans un petit pincement nostalgique, on retournerait chercher ceux qui auront appris à faire de la crème de marron et à distiller l'alcool de prune. Hé quoi. Il faut la mériter, sa place, au sein de la société. Oui ou non ? Mine de rien, c'est pluri-disciplinaire, l'alcool de prune : SVT, Physique-Chimie, Technologie, Droit pénal... l'essentiel y est. A-t-on besoin de plus pour devenir un adulte épanoui ? D'autant qu'une sortie scolaire où les élèves ne courent pas le risque de se faire courser par un sanglier au clair de lune n'est pas une sortie scolaire digne de ce nom. Je suis sûr d'avoir lu ça dans un Dolto. C'est formateur, de se faire courser par un sanglier, quand on ne sait pas les différencier d'un mouton. ça favorise l'apprentissage. On néglige trop l'apport pédagogique du facteur survie dans l'intégration des fondamentaux. Reste la difficulté de faire signer le formulaire de droit à l'image aux sangliers, dont on sait qu'ils sont de grands phobiques administratifs. Mais on arrive bien à récupérer nos coupons de bourse en moins d'un mois et demi... on trouvera un moyen. Ou on se contentera de les prendre en photo de dos pour ne pas qu'on les reconnaisse. Quitte à entendre Jean-Dylan s'exclamer : "pourquoi elle est toute grise, la vache ?". Ce sont les risques du métier.

En espérant avoir dissipé toute ambiguïté, et vous souhaitant un excellent week-end, en terres sauvages de votre choix,


Bien cordialement,


--

 Le secrétaire de direction


jeudi 16 novembre 2023

Doléances du matin (chagrin)

Où conformément à nos habitudes, on arrive et on râle.

 

Bonjour à tous,

Comme vous aimez mes mails de doléance, j'en ajoute un à votre collection. 

Ce matin, en arrivant sur le parking, j'ai découvert le nouveau jeu nocturne à la mode : le lancé de bouteille de bière par dessus le grillage.

Discipline qui remplacera le triathlon aux Jeux Olympiques en 2064.

J'ai hésité longtemps à faire comme les autres avant moi, c'est-à-dire : comme si je n'avais rien vu, et passer mon chemin en sifflotant, puis ma conscience morale a pris le dessus (j'ignorais que j'en avais une, ce fut une déception énorme), j'ai ramassé les débris avec mes gros doigts boudinés et quelque peu malhabiles pour ne pas qu'une voiture innocente (Boumbo, Herbie, que sais-je ?) roule ultérieurement dessus.

Depuis, je suis aux toilettes en train de me laver les mains, me re-laver les mains, me re-re-laver les mains, ça durera sans doute comme ça toute la matinée, voire une partie de l'après-midi, sans que la honte, le déshonneur et la salissure ne paraissent vouloir me quitter. Je suis souillé. Frappé de la lettre écarlate.

D'autant qu'il ne s'agissait peut-être que d'une seule bouteille, d'accord, mais c'était une bouteille de Heineken.

Et ça, je suis désolé, en 2023, c'est inadmissible.

Quand va-t-on enfin m'écouter et installer des miradors ?


Bien cordialement,


-- 
 
Le secrétaire de direction

lundi 6 novembre 2023

Cho-cho-cho-cho-co-lat !

Où la collègue d'allemand y réfléchira sans doute à deux fois la prochaine fois qu'elle nous donnera quartier libre pour relancer le reste de l'équipe pédagogique.

 

 

Bonjour à tous,


Quoi de plus déprimant qu'une rentrée en période automnale ? 

DEUX rentrées automnales. Evidemment. ça tombe sous le sens.

Mais à part ça ?

Bon, ok, l'état du monde, la disparition du respect, l'asservissement de l'homme par les smartphones, le triomphe du business de l'indignation sur les réseaux sociaux (et pas que).

Mais à part ça ?

Bon, ok, les albums de Jul et d'Aya Nakamura, la banalisation de la violence, le culte de l'individualisme, la régression culturelle à l'échelle internationale.

Mais à part ça ?

Bon, ok, la hausse du coût de la vie, la fonte de la banquise, les dérèglements climatiques, le retour des téléfilms de Noël, vingt minutes au secrétariat à m'écouter geindre.

Mais à part ça ?

Bon, ok, on n'a que l'embarras du choix, en fait.

Raison de plus pour se gaver sans retenue du plus sain des antidépresseurs : LE CHOCOLAT !

"Mais enfin Thomas !", vous entendé-je vous exclamer d'une seule voix, "que fais-tu de la culpabilité qui va de paire, et qui fait qu'on se sent forcé de ne picorer qu'un ou deux carrés là où on rêve de se claquer toute la tablette ?!

A cela, je répondrai : "Ne vous torturez plus l'esprit ! J'ai la solution !". Car en utilisant les bons de commandes de la salle des professeurs, plus vous vous goinfrerez et plus vous ferez des heureux !  

Les élèves, en premier lieu, qui pourront grâce à vous découvrir les plaines verdoyantes du territoire teuton ; mais également l'établissement entier, qui sera débarrassé desdits élèves pendant TOUTE UNE SEMAINE ! 

Aussi avez-vous jusqu'à jeudi 16 novembre pour passer commande auprès de Madame Lantier (les chèques sont à remplir à l'ordre du FSE Collège Jean Roucas et à déposer dans son casier, ou à libeller à mon nom à moi et à déposer directement dans ma poche). Passé ce délai, vous resterez seul face à vos idées noires. Vous êtes prévenus.

Alors bien sûr, d'ici à ce que vous receviez les précieux ballotins, vous aurez le temps de déprimer cent fois, mais rien que de rêver en relisant votre bon de commande et en vous imaginant déguster son contenu sans état d'âme devrait vous permettre de secréter suffisamment d'endorphines pour tenir jusqu'aux vacances. Sans les hanches qui doublent de volume. Le bénéfice est total.

Par conséquent, comme dit le slogan : faites chauffer la CB (mais par chèque, vous l'aurez compris).


Bonne reprise à tous,


Bien cordialement, 


--


Le secrétaire de direction


lundi 23 octobre 2023

N'oubliez pas les paroles

Où à trop presser le citron, on jette l'éponge en cinq minutes montre en main.



Bonjour à tous,

Que seraient des vacances sans un semainier à lire et à relire en soupirant le nez collé à la fenêtre comme un amoureux languide en pleine descente de mélancolie ?

Plus jolies, à n'en pas douter, plus sereines ; et c'est la raison pour laquelle je vous fais parvenir une copie numérique du précieux document ci-joint, afin que vous souffriez vous aussi comme moi je vais souffrir pendant ces deux semaines, à essayer de battre le même boss de fin de niveau sur ma console de jeu.

N'ayant hélas pas le temps de rédiger un mot d'accompagnement digne de ce nom, mais vous sachant plein de temps libre, je vous en communique la trame ci-après, pleine d'une positivité dont moi seul ait le secret, que je vous laisserai compléter à votre guise :

............................Ardèche..........................................préhistoire...............

...........point d'indice...................LOL.................élèves......................nuls..

..........bienveillance........................poubelle.....................vous hais tous.....

.....démission.........................Nintendo.......................................réforme......

................travail...................nul.........................semainier........................nul.

.......nul........................nul........................clignotant........................................

les gens................nuls aussi.................les vacances.............trop courtes..

.........la reprise........................nul...........................fiche CHSCT...............

Voilà, avec ça vous avez de quoi vous bidonner, c'est dans la bonne moyenne de mes thématiques de prédilection.

Vous................. de.................. vacances,

.......... cordialement,


-- 
 
Le ................... de direction 

vendredi 13 octobre 2023

Je suis Dieu

Où la tragique et révoltante actualité du jour a failli reporter l'écriture du message de la semaine à un moment plus adapté, avant que la révolte ne prenne le dessus sur la tristesse.

 

Ce soir, comme beaucoup d'autres soirs, au-delà de la colère, j'ai de la peine pour Dieu, Allah, Yahvé, Jéhovah, Bruce Springsteen, peu importe de quel nom nous l'avons affublé.

Car comme disait justement Juliette Capulet, qui je le rappelle n'avait que 14 ans à l'époque des faits (en 2023, avec son niveau d'alors, Juliette sortirait de l'ENA avec cent ans d'avance et un master en microchimérisme dans la bulle spéculative du Franc-Comtois) (pendant ce temps, nos élèves peinent à tracer des ronds au compas) : "Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons rose, Par n'importe quel autre nom sentirait aussi bon" (ce qui rejoint peu ou prou le principe premier de la sémantique générale : "une carte n'est pas le territoire", et par extension celui de Magritte : "ceci n'est pas une pipe". C'est dire si on peut être sérieux quand on a quatorze ans, c'est à dix-sept que ça se gâte d'après Rimbaud).

J'ai de la peine pour Dieu, donc, d'abord parce qu'on lui a fait le même coup qu'à Khévyne à la naissance : on lui a collé arbitrairement un prénom Mamoune avec des H et des Y pour faire tendance, comme un samedi matin dans la queue de l'Etat Civil entre deux soupirs de consternation de l'employé, sans même relever deux contradictions de taille : d'abord, un nom est une entité linguistique qui sert à différencier deux réalités distinctes du monde. Ce qui implique que revendiquer un nom pour Dieu, c'est implicitement nier son Unicité. On n'a pas besoin de Nom si on n'a pas besoin de se différencier de l'Autre. Ensuite, parce qu'un nom par nature ne peut être que donné, ou reçu, ce qui implique d'une part l'existence d'une entité qui donne, et de l'autre l'existence d'une entité qui reçoit. Ce qui, dans le cas qui nous occupe, implique un "avant Dieu", ainsi qu'un "autre que Dieu". Alors effectivement, une entité peut se donner un nom à elle-même, de la même façon que je peux vous dire de m'appeler Jean-Eudes, mais la portée symbolique n'est pas la même et l'entité qui s'auto-nomme est consciente de l'arbitraire de sa démarche, et donc de sa subjectivité, ou alors c'est qu'elle a un grain, voire toute la cafetière.

Donc déjà, tu as le niveau intellectuel d'une gamine du XVIème (siècle, pas arrondissement, ça se saurait), tu as compris intuitivement ce à côté de quoi passent des millions, voire milliards d'individus adultes éduqués censément en pleine possession de leurs moyens, mais qui ne seraient pas contre entrer en possession des moyens d'autrui : se crêper le chignon au sujet du nom de Dieu, déjà, relève du blasphème, puisque c'est nier son Unicité et sa Totalité. 

Mais ce n'est finalement qu'un problème parmi d'autres qui font que je le plains ce soir du plus profond de ce qui reste des fragments de mon coeur brisé, bien qu'il n'ait pas daigné faire de moi un rentier de naissance ni un mutant capable de tirer des rayons lasers avec les yeux. A sa décharge, quand j'étais enfant, je lui ai demandé les oreilles des elfes dans le Seigneur des Anneaux, il m'a exaucé, je le regrette depuis chaque jour qu'Il fait depuis ma puberté, mais ça ne Lui est pas imputable.

Non, vraiment, le nombre d'horreurs qu'on lui colle sur le dos sans lui demander son avis, c'est pas Lui-Même possible, quand on y pense. Rendez-vous compte : dans la liste des êtres nuisibles responsables de tous les maux de l'humanité, il est classé DEVANT le Gangnam style et le mâle hétéro-cis genre. Or sachant que si l'on en croit Internet, le mâle hétéro cis-genre est responsable de l'ensemble des calamités présentes passées et à venir à l'échelle du monde entier, voire de l'univers, et a plus forte raison s'il fait partie de la caste honteuse des boomers (ces vilains méchants profiteurs qui bénéficiaient du plein emploi à cinq heures du mat' dans les usines de la sidérurgie), il y a de quoi se vexer très fort, voire balancer un ou deux éclairs au hasard juste pour rappeler qui c'est le taulier.

Alors que Lui, au fond, c'est juste un artiste, il avait eu une idée un peu fofolle, un espèce de bipède qui parle, une sorte de Pokémon qui évolue tout seul, c'était un prototype d'avant-garde avec des grosses mains plates au bout des jambes et des pouces opposables (à défaut de jantes alliage), peut-être juste une blague entre potes, du genre "attends, hé, même pas cap' !", le truc qu'on dessine sur un coin de nappe un soir de beuverie (ça expliquerait pas mal de choses), en théorie il aurait dû se contenter de grimper aux arbres pour cueillir des papayes et ça aurait été déjà beau, mais finalement, Il s'est pris d'affection, Il s'est dit bon, allez, j'y vais à la confiance, après une ou deux nuées de sauterelles, deux ou trois transformations en statues de sel histoire de poser des limites (c'est peut-être un peu radical, mais ça marche un peu mieux que les lignes à recopier, sans vouloir vous donner des idées), Il a lu Françoise Dolto, remis ses méthodes éducatives en question et opté pour le libre arbitre, l'équivalent divin de l'éducation bienveillante, pour un résultat au moins aussi concluant. Non parce que de vous à moi, franchement, on se dit que quand même, une ou deux statues de sel de temps en temps, ça aiderait à recadrer un peu. Et j'avoue, oui, je ne serais pas contre un cercle de l'Enfer spécial dans lesquels les gens seraient condamnés à mettre leur cligno pour l'éternité. Avec autour des démons qui klaxonnent. Le pied (ou devrais-je dire : la grosse main plate au bout de la jambe).

Mais non. Dieu il nous aime plus que nous l'aimons Lui, et au moins autant que nous nous aimons nous-mêmes, c'est-à-dire à l'infini + 1, alors il nous laisse faire parce qu'il pense qu'on est assez grands. C'est ça le problème avec les parents, ils ont tendance à idéaliser leur progéniture. Ils les voient avec les yeux de l'amour. Ce qui implique la clairvoyance d'un mec bourré à quatre heures du matin quand on prononce les mots Didier et Raoult dans une même phrase. Sauf que dans les faits, c'est Lui, qui est grand, comme tout ce qui est imaginaire. Nous, on est tout petits, même quand on fait plus d'un mètre quatre vingt. On l'est même davantage à chaque année qui passe, collectivement parlant, tandis que reculent tristement le civisme, la culture, la maturité, la créativité, la candeur, l'altruisme, l'empathie (quoi qu'on lise sur le net), et toutes ces petites choses infimes, mais sublimes, qui ont fait fût un temps notre grandeur dérisoire, et que nous avons vraisemblablement troqué contre un smartphone pliable et l'internet illimité.

Non seulement ça mais vous allez voir, après ce qui s'est passé aujourd'hui, on va Le rendre responsable, encore, dire "ça n'arriverait pas s'il n'y avait pas ces s*l*peries de religions !", "c'est le pire fléau de l'humanité après les punaises de lit !", parce que c'est bien utile quand même d'avoir un bouc émissaire à blâmer pour nos insuffisances, surtout lorsqu'il ne peut pas se défendre et qu'il est passé de mode. Avant ça, c'était le diable. D'une certaine manière, c'est un peu de bonne guerre.

Alors que clairement, on n'a jamais trop eu besoin de Lui pour se tirer la bourre, on s'est déjà écharpé pour moins que ça. Des grosses sphères en cuir souple dans lesquelles on tape pendant une heure trente, des bouts de papier imprimés qu'on s'échange avec les yeux vides, des frontières fictives, des regards imaginés. Enlevez la religion, vous ne réglez pas le problème, vous ne faites que le déplacer. Cherchez plutôt le dénominateur commun.

Ce soir, j'ai de la peine pour Dieu parce que je n'en ai plus pour nous. J'ai épuisé mon stock.

Lui au moins, il a des excuses : d'abord, il a fait de son mieux, ce qui n'est pas notre cas. Ensuite et aux dernière nouvelles, il n'existe pas, et c'est tout le mal que je lui souhaite des jours comme celui-là. Parce que si vous, vous déprimez parfois parce que vous vous trouvez une nouvelle ride dans le miroir ou parce que la glace autour de votre point d'indice fond moins vite que la banquise, qu'est-ce qu'il devrait dire, Lui ? ! Ce n'est pas des prières, qu'il faut Lui envoyer. Ce sont des camions d'antidépresseurs.

Et à côté de ça, nous, on existe à peine, mais on a le potentiel de nuisance d'une armée de divinités nordiques, sans les casques avec les ailes et le romantisme Wagnerien (on a plus hérité de l'autre côté de Wagner, hélas, celui dont il ne fait pas bon parler).

Je vais vous faire une confidence : quand j'étais môme, je rêvais d'être un super héros pour venir en aide aux plus faibles, et je ne comprenais pas tous ces super méchants qui étaient jadis bons et qui retournaient leur veste à force de trop avoir été déçus par l'humanité, trahis ou éconduits sur Tinder. Aujourd'hui, je les comprends, même si ça matche beaucoup pour moi, attention, j'insiste, j'intéresse énormément de bots et de jeunes femmes slaves qui lisent notre avenir commun dans le numéro de ma carte bleue.

Tout ça pour dire : ne blâmez pas Dieu, alors. Blâmez les hommes.

Nous sommes lamentables. Chaque jour apporte son lot de preuves indiscutables, et ceux à venir ne feront pas exception : le drame est derrière nous, le choc est passé, place à présent au grand bal des vautours de la récup', à Droite autant qu'à Gauche (et vice versa), et leurs cortèges d'indécences ordinaires.

Dans son message hommage à Samuel Paty, daté de ce matin, notre Ministre évoque les Lumières.

Nous les avons éteintes depuis longtemps.

Alors moi, ce soir, comme j'ai jadis affiché Je Suis Charlie par principe, j'ose : Je suis Dieu

Et avec Lui, ce soir, comme beaucoup d'autres soirs, au-delà de la colère, je Pleure. 

Avec la majuscule.


Ne vous en souhaitant pas moins un très bon week-end, et vous communiquant ci-joint le planning de la semaine à venir,


Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

mardi 10 octobre 2023

Urne y soit qui mal y pense

 Où comme chaque année, on s'y recolle, en dépit du fait qu'il n'y ait qu'une seule liste...

Bonsoir à tous,

Si vous n'avez pas encore retiré votre matériel de vote pour les élections professionnelles de la semaine prochaine, nous vous invitons à venir le faire contre signature au secrétariat élève le plus tôt possible, car avant l'heure, ce n'est pas l'heure mais après l'heure, ce ne sera plus l'heure. 

 J'ai vérifié auprès des professeurs de physique, ils me l'ont confirmé, même s'ils ont des doutes quant à la validité de cet adage dans le champ gravitationnel d'un trou noir. Il faut toujours qu'ils compliquent tout.

Comptant sur votre vigilance, et vous souhaitant une bonne fin de journée,

Bien cordialement,


-- 
 
Le secrétaire de direction

On a reçu un livre

 Où au nombre des objets trouvés, on repousse sans cesse les limites de l'originalité.

 

 

Bonjour à tous,

Monsieur le Gestionnaire est perplexe : on a reçu un livre. Qu'on a vraisemblablement commandé, rendez-vous compte. Ce qui implique que l'un d'entre nous au collège lit encore des livres en 2023. PIRE ! Sans les télécharger illégalement ! Et alors attendez, quand je dis "livre", je ne parle pas de ceux en cinq ou six volumes avec des monsieurs torses nus en couverture, comme on trouve à la loge, respectivement intitulés "passion brûlante", "passion moite", "passion prends quand même ta température on sait jamais", "passion houlà 39.2 toi tu dois couver un truc", "passion t'as fais un test anti-covid ?" et "passion en même temps ça aurait pu être pire ça aurait pu être 49.3". Non, je parle d'un livre SANS IMAGE, pas même une petite photo de coucher de soleil libre de droits en couverture pour attirer le chaland, non ! Un truc qui s'intitule, deux points ouvrez les guillemets et prenez une grande inspiration mentale : "Les cellules buissonnières : l'enfant dont la mère n'était pas née et autres folles histoires du microchimérisme". Dans un établissement dont les 9/10ème des élèves n'ont pas le niveau pour lire Bibi Fricotin, ça me paraît aussi courageux qu'optimiste, comme acquisition.

J'ai feuilleté un peu, c'est assez sympa, ça ressemble à du X Files dans les premières saisons mais les personnages ne sont pas aussi charismatiques et ça manque d'Eugène Victor Tooms (même si on n'en est pas loin, puisqu'on y raconte comment une femme a accouché de ses neveux. Si).

Une affaire non-classée n'arrivant jamais seule, nous sommes à la recherche de la personne qui a passé commande, afin de lui remettre le précieux ouvrage, déjà, et de lui demander si elle veut qu'on lui prenne le tome 2 : "les cellules buissonnières : la revanche de la nanoingénierie dans la bulle spéculative du Franc-Comtois, tome 1 : les reliques de la mort".

Avec nos remerciements,

Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

Les voyages forment la jeunesse

 Où ça ne s'arrange pas niveau fatigue mais où ce qui a été promis la semaine précédente a été promis...   Bonsoir à tous, Je n...