Où le Père Noël revient pour la troisième année consécutive dans les mots d'accompagnement du semainier, et où il n'est (visiblement) pas content.
Cher [Professeur du Collège Jean Roucas],
J'ai bien reçu ta
gentille lettre et sache qu'en d'autres circonstances, je te mentirais,
comme chaque année. Je te dirais qu'elle m'a fait très plaisir, que j'ai
trouvé ça très mignon, après quoi je te ferais sauter sur mes genoux,
avant de demander à un de mes joyeux lutins (tm) de prendre une photo de
nous deux, que je te vendrais ensuite au prix joyeux de 30 euros toutes
taxes comprises (pour payer l'avoine bio sans gluten de mes rênes, qui
me coûtent les deux bras depuis qu'ils se la jouent bobo).
Mais je te jure, je n'ai plus la patience.
Tous
les ans, c'est la même rengaine : tu me prends pour un idiot, tu me dis
que tu as été très sage et tu penses vraiment que je vais te croire,
alors que Facebook a été inventé exprès pour que je puisse te surveiller
jour et nuit, et ne louper aucune photo de toi sur le dancefloor du Macumba alors que tu es (soi-disant) "en arrêt-maladie". Et en plus,
tu n'as même pas daigné accepter ma demande d'ami. ça m'a mis grave les
nerfs, j'ai dû sortir chasser l'ours blanc à main nue pour me calmer un
peu (au fait, la maman de Bouba te passe le bonjour. Ho ho ho).
Sans
compter que ta lettre, là, je ne suis pas dupe, c'est la même chaque
année ; tu te contentes juste de changer la date, la photocopier (avec
ton compte prof, en plus !) et hop-là, dans l'enveloppe ! Tu penses !
"Le vieux, il a cent cinquante ans au compteur, il n'y verra que du
feu". Ben tiens ! C'est ta fichue lettre, qui n'y a vu que du feu !
Celui de ma joyeuse cheminée ! Ho ho ho !
Non parce que tes
demandes, à force, je les connais par cœur, tu te répètes encore plus
qu'un single de Daft Punk : davantage d'heures supplémentaires,
davantage de crédits pédagogiques, des ordinateurs qui fonctionnent, des
élèves qui travaillent... Mais je suis le Père Noël, moi. Pour les
miracles, il faut s'adresser au gars torse nu, là... le hippie, deuxième
porte à droite.
Et puis avec la crise, j'ai été obligé de
licencier Rudolphe : son nez rouge clignotant avait tendance à rendre
les gens nerveux, avec toutes ces histoires de plan vigipirate... Sauf
que comme on n'a pas eu les crédits pour réembaucher derrière, ben
voilà, il faut que j'assure son service en plus du mien et que je tire
le traîneau avec les autres rênes. Sauf que comment vous voulez qu'ils
me respectent encore, d'un point de vue hiérarchique, après tout ça ?
Du
coup, ces derniers mois, j'ai beaucoup réfléchi (beaucoup bu, surtout),
et j'en suis arrivé à la conclusion que j'avais consacré les plus
belles années de ma vie à ce fichu boulot (avant que je ne commence à
compenser par la nourriture et à prendre de la bedaine), sans jamais
réussir à pleinement satisfaire personne, et qu'il était grand temps que
je lève le pied et que je prenne ma retraite.
Cette année, donc,
cher [professeur du Collège Jean Roucas], sache que je n'ai pas été
au-delà des deux premières lignes de ta gentille lettre, et que c'était
déjà deux lignes de trop. Aussi ai-je décidé que cette année, à titre
exceptionnel, tu aurais ce que MOI, j'aurais décidé de te donner.
A
savoir : le semainier ci-joint. Ho ho ho, c'est la fête, ai-je envie
d'ajouter avant de me resservir un verre de bourbon (c'est bon pour mon
palais. Palais. Bourbon. Humour) (estime-toi heureux que dans ma grande
mansuétude, je ne te facture pas ce trait d'esprit supplémentaire).
J'ai
donc missionné le joyeux lutin du secrétariat de Direction (tm) pour
qu'il t'envoie, ainsi qu'à tous tes gentils camarades (j'écris
"gentils", c'est une façon de parler, je consulte leurs Facebook aussi),
le document ci-joint.
Et je lui ai dit de le blinder de réunions
et de conseils de classe. Comme ça tu ne te déplaceras pas pour rien,
lol (comme disent les jeunes).
"Vas-y", que j'ai même ajouté
(j'étais de bonne humeur, ce jour-là. Au fait, la maman de Bibifoc te
passe le bonjour. Ho ho ho), "colle-leur soi-disant un repas de Noël le
jeudi midi, qu'on rigole. On verra bien leur tête quand ils se
retrouveront devant leur plat de salsifis".
Suis-je taquin !
En
conclusion, je serais censé te souhaiter un excellent week-end, mais
comme tu ne t’enquiers toi-même de ma santé qu'une fois par an, quand tu
as une liste longue comme le bras de truc à me demander, permets-moi de
passer mon tour.
Je laisse le Joyeux Lutin du Secrétariat de Direction le faire à ma place tant qu'il y est encore disposé.
C'est
qu'il sera moins joyeux, lui aussi, quand il découvrira que le prochain
poste à sauter, c'est le sien (mais chut ! Je ne vous ai rien dit,
laissons-lui la surprise ! Un peu d'esprit de Noël, bon sang. Ho ho ho
!).
Bien jovialement,
--
Le secrétariat du Père
Noël, qui vous souhaite donc un excellent week-end et vous demande
d'excuser l'aigreur du patron (faut le comprendre, il a eu une rude
année, avec la réforme de l'usine à jouets et tout ça).
Petites Grandeurs et Grandes Misères d'un Secrétaire de Direction
Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.
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