C'était une de ces journées étouffantes où l'air semble vous faire comme
une seconde peau (le genre poisseuse et trop courte de deux tailles),
et où l'univers semble se liquéfier devant vos yeux, pavé après pavé. Le
genre de sale journée qu'on entame du pied gauche, sous la contrainte,
et dont chaque minute écoulée vous invite à rentrer chez vous avant
qu'une tuile ne vous cabosse le paletot. Le genre où vous n'avez même
plus un vieux mégot à vous coller au coin des lèvres pour vous donner du
coeur au ventre, où les ventilos sont en rade et où il n'y a plus une
bibine au frais dans le frigo. Un "lundi", qu'on appelle ça, en langage
de privé. Et fallait pas se fier aux calendriers : des lundis, ça
pouvait tomber tous les jours.
Nerveux, je réajuste mon galurin et m'évente avec un vieux mouchoir trouvé au fond de ma poche.
Avais-je
seulement le choix ? On m'avait engagé pour enquêter sur la disparition
d'une paire de haut-parleurs au collège Jean Roucas, le type d'affaire
"qu'on ne peut pas refuser", surtout quand on est au régime
pâtes-croutons depuis un mois et qu'on doit de l'argent à Gros-Riton. De
ces petits contrats qui n'ont l'air de rien mais qui vous colleront
dans la mouise ad vitam nauseam - j'en aurais mis ma main à couper (et
sans doute était-ce ce qui m'attendait si Gros-Riton perdait
patience...). L'intuition, dans ma branche, c'est une question de survie
- et j'en avais à revendre, faute de posséder quoi que ce soit d'autre.
Faut dire, dès qu'elle a passé la porte de l'agence, mon sixième sens a
tiré la sonnette d'alarme : ses larges lunettes noires à la Audrey
Hepburn, ses cheveux relevés en chignon, son foulard en soie véritable
et cet accent léger, chantant, si distingué... j'en avais déjà croisé
pas mal, des comme elle, et ça n'avait jamais bien tourné pour mon
matricule. J'en avais même été quitte pour une pension alimentaire, il y
a quinze ans de ça... Mais encore n'était-ce rien, comparé au danger
que j'allais courir et aux découvertes sordides qui m'attendaient.
Tout
avait commencé comme une affaire de routine : les deux disparus avaient
été aperçus pour la dernière fois l'après-midi du mardi 20 juin, en
salle A16, sans que rien d'inhabituel dans leur comportement n'attire
l'attention ni ne suscite de soupçons. Sauf que depuis, plus de
nouvelles. Ils se sont comme volatilisés.
Il me revient
subitement en mémoire plusieurs autres cas de disparitions similaires au
cours des deux dernières années. Des cas non-élucidés à ce jour.
Nombreux. Trop nombreux. ça cachait forcément quelque chose.
Malgré le mercure au zénith, un frisson me parcourt l'échine.
En
mon for intérieur, j'espère que je me trompe. Que l'irréparable n'a pas
été commis. Que le ravisseur ne les a pas encore revendus sur
LeBonCoin. Qu'il aura des remords, et qu'il les rapportera sans délais
où il les a trouvés. Ou au moins, qu'il m'informera de son forfait, afin
que nous puissions trouver ensemble une issue heureuse pour tous les
partis. Le temps est compté. Si la police le trouvait avant moi, qui
sait comment les choses pourraient tourner ?
(en version courte :
si vous avez emprunté les haut-parleurs de la salle A16, pourriez-vous
les y rapporter au plus vite ? Le professeur qui les utilise en a grand
besoin. A toutes fins utiles, quand vous empruntez du matériel dans une
autre salle, pensez juste à laisser un petit mot à votre collègue pour
le prévenir, ça évitera qu'il engage des gens comme moi pour vous
retrouver, à un tarif horaire frisant l'indécence.
Vous en remerciant par avance,
Bien cordialement,).
--
Dick Tracy
Petites Grandeurs et Grandes Misères d'un Secrétaire de Direction
Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.
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