Où une professeur de l'établissement a ce qui semble être l'idée du siècle. Mais au second degré.
Bon samedi soir à tous,
Car oui, au moment où vous ouvrez ce mail, nous sommes samedi, N'EST-CE PAS ?!
Vous l'avez relevé, N'EST-CE PAS, le défi des 24 heures sans écran, que votre collègue Madame Méchante (tm) a lancé ce week-end aux élèves et à leurs parents, méritant par là même ce joyeux sobriquet (dont une maman l'a affublée jadis en toute bonne foi) ?
Vous avez tenu bon, vous avez été solidaire, vous êtes resté
valeur d'exemple, comme le commande votre fonction. Bravo. Je n'en
attendais pas moins de vous. De toute façon, vous n'avez rien
loupé.
Certains d'entre vous s'étonneront même de lire "bon samedi soir à tous" un dimanche en fin d'après-midi, ou un lundi matin, ou mercredi en huit. Ceux-là ont tout à fait compris le concept de "droit à la déconnexion". Félicitations à eux.
Bon. Quand votre collègue m'a parlé de cette initiative, j'avoue, mon premier réflexe, ça a été d'éclater de rire.
Mon deuxième réflexe, ça a été de chercher les caméras du regard, et vérifier derrière les plantes en pot si Marcel Béliveau n'était pas planqué sous une bâche.
Mon troisième réflexe, quand j'ai compris qu'elle ne plaisantait
pas, ça a été de m'exclamer :
- C'est un plan pour qu'ils aillent s'inscrire dans le Privé
?
Perspective qui, évidemment, ne pouvait que susciter mon
approbation pleine et entière. Pour être bien sûr que ça fonctionne, j'aurais même
proposé "soixante douze heures sans écran, le retour au Minitel
et un téléphone filaire par foyer"... On n'est jamais trop
prudent. A quoi j'ai ajouté, avec la bienveillance qui me
caractérise : - l'année prochaine, définis tes objectifs de
manière plus réaliste. Déjà, vingt quatre minutes sans écran, ça
relèverait du miracle, alors vingt quatre heures... question
probas, il y a plus de chances d'être enlevé par les
extraterrestres ce week-end que de recevoir un message Pronote
lundi intitulé "j'ai réussi, j'ai tenu jusqu'au bout !".
Du coup, craignant le drame et les procès pour maltraitance, j'ai
cherché des témoignages sur le net afin de savoir comment ça
s'était passé l'année dernière.
J'ai trouvé celui du petit Thyméo, qui confiait au micro de BFMTV
: "au bout d'un moment, sept secondes, peut-être huit, je me
suis senti partir. J'ai vu toute ma vie défiler devant mes yeux.
De haut en bas. Avec possibilité de lâcher des likes et des
commentaires. Et ma vie, c'était juste moi, en train de regarder
la vie des autres défiler devant mes yeux de haut en bas. Alors
j'ai lâché un like et un commentaire, et je me suis abonné par
principe".
Et son camarade Khevyhn d'ajouter, les larmes aux yeux : "Maman
m'a dit "va jouer dehors !", moi je lui ai dit "pour qui tu te
prends ? T'es pas ma mère !", elle m'a dit "si ! Je suis ta mère
!", j'ai dit "alors vas-y, prouve-le", elle a appelé le collège
pour avoir une copie de son livret de famille, le secrétaire
élève le lui a envoyé, bon, le document était formel, c'était
bien ma mère alors j'ai fait comme elle a dit, j'ai pris ma
Playstation avec moi et je suis sorti. J'ai passé six heures à
chercher une prise dans les arbres pour la brancher, je n'ai
même pas trouvé de port USB, depuis je dois voir un psy toutes
les deux semaines pour surmonter le traumatisme".
Et l'intéressé de conclure avec beaucoup d'éloquence : "Dehors,
c'est vraiment un truc de boomer. Hashtag laprehistoire. Hashtag
Remisansfamille. Hashtag nonmaisalloquoi".
J'ai également trouvé des témoignages de parents, et même des
forces de l'ordre, dont je vous ferai part plus tard dans le
week-end ou lundi à la première heure, faute de temps ce soir pour
finir.
Vous souhaitant dans l'attente un excellent dimanche, puisque samedi est déjà passé (N'EST-CE PAS ?),
Bien cordialement,
Le secrétaire de direction
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