Où il revient à votre serviteur (le mot n'est pas faible) de préparer la bascule informatique du réseau administratif, ce qui donne lieu à quelques échanges truculents avec la référente de la DSI. Bon, du coup il manque la moitié des échanges, mais votre imagination comblera les trous à coup sûr...
11/03 :
Objet : Question informelle dans un registre formel
(Pire intitulé de courriel au monde)
Bonjour à vous,
Une fois n'est pas coutume, comme Olive et Tom, je vais aller droit au but (pardon pour cette référence honteuse, mais c'était trop tentant). Nous aurions besoin de faire attribuer une tablette à une élève qui s'est cassé le bras, il nous en reste quelques-unes non utilisées initialement attribuées à des élèves Ukrainiens, j'ai ouvert une fiche... mais ma cheffe voudrait que j'appelle quelqu'un chez vous car c'est assez urgent. Or je m'en voudrais d'appeler la mauvaise personne et de me faire gronder, car je suis ce que les anciens appelaient "une chiffe molle".
Sauriez-vous m'indiquer quel interlocuteur je dois joindre - ou à défaut : les coordonnées du collègue que vous détestez le plus ?
Dans un autre registre, je peux désormais accéder
aux documents types que vous aviez déposé dans
Nextcloud pour la bascule. Je comprends que mes
questions aient pu vous paraître déroutantes, du
coup. Mais voilà, c'est rentré dans l'ordre, je vais
maintenant m'atteler à la tâche. Je pense finir aux
environs de mars 2032, pile pour l'arrivée du
météore.
Vous souhaitant une bonne fin de journée,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
11/03 :
Merci beaucoup pour votre réponse à la volée, et donc tout à fait dans le thème. ;) J'en prends bonne note.
Ceci posé, je refuse catégoriquement de croire que "les Experts Miami" est une vieille série, car ça impliquerait que je le suis moi-même encore davantage. Non, impossible. ça doit avoir quoi... deux, trois ans à tout casser... :)
Quant à Olive et Tom, il y a débat : peut-on vraiment
considérer ça comme du foot ? A titre personnel, le foot,
je n'aime pas ça non plus, mais si les footballers
pouvaient vraiment effectuer des tirs enflammés, des saut
périlleux à huit mètres du sol sur barres traversables et
faire apparaître des tigres lumineux de l'espace derrière
eux quand ils tirent au but, je m'y intéresserais à coup
sûr davantage.
Vous souhaitant une bonne soirée, et retournant à mes
fichiers .ods,
--
Le secrétaire de direction
14/03 :
Haaaa, la lune... je me rappelle du jour où ils l'ont mise en
orbite, ça avait été beaucoup d'émotion. Mon père m'avait emmené
au parc faire du vélociraptor, qu'est-ce qu'on s'était amusé !
N'empêche, on n'en fait plus, des satellites comme ça, de nos jours ! Le satellites, c'était mieux avant !
...mais c'est bien vu, j'admets, merci à vous, vous avez trouvé le point de comparaison parfait, me voilà rassuré : je me sens investi d'une nouvelle jeunesse. Peut-être vais-je me lever de ma chaise à roulettes dans un élan de dynamisme inconsidéré !
Si vous entendez un grand CRAC, c'était mon dos.
Merci beaucoup pour cette vidéo que je ne connaissais pas, et qui effectivement s'accorde bien à ma conception de ce que devrait être le football. Le terrain de 21 km, c'est un minimum : on doit pouvoir voir la courbure de la terre à l'horizon (quand bien même celle-ci est-elle plate, paraît-il).
Vidéo qui m'en a rappelé une autre, laquelle m'a fait beaucoup sourire dans mon plus-jeune-temps-d'éternel-adolescent-geek-immature. Pas sûr que vous partagiez mon hilarité, sans doute partiellement due au fait que j'ai toujours quinze ans d'âge mental, mais dans le doute, je partage : https://www.youtube.com/watch?v=pS9Xokt8WHo&t=513s
Vous souhaitant un excellent week-end,
--
Le secrétaire de direction
20/03 :
Rebonjour à vous,
Si vous passez autant de temps que moi sur les réseaux sociaux
(ce que je ne souhaite à personne), vous connaissez sans doute ce
gif de panda dans lequel un représentant de cette noble espèce
(mon puissant intellect me suggère qu'il s'agit peut-être d'un
être humain déguisé) envoie valdinguer son ordinateur et son
clavier avant de les fracasser joyeusement contre un bureau.
Je pense que c'est un cousin à moi. Et tout cas sommes-nous présentement sur la même longueur d'onde lui et moi, en plus de partager le même tour de taille. Je vais donc opter ce midi pour un sandwich au bambou. Et au pire, si je n'arrive pas à mâcher, je me servirais des bambous pour taper sur mes collègues (mais avec bienveillance, en accord avec les circulaires rectorales, car je suis un professionnel avant tout).
Comme annoncé ce matin, j'ai déposé (allez, soyons fous : j'ai
"téléversé") au plus vite les tableaux dans la zone de partage,
remplis au plus près des informations que j'ai glanées non sans
efforts ni soupirs d'agacement. Réunir toutes ces données fut ce
qu'en langage technique on appelle un joyeux bazar, les limites de
mes connaissances informatiques n'aidant pas, non plus que
l'absence de toute collaboration du côté de mes pairs. J'aurais,
j'avoue, apprécié ne serait-ce qu'un minimum d'implication de leur
part, mais visiblement, c'était trop en attendre, ils gardent leur
énergie pour se plaindre la semaine prochaine des logiciels
manquants "que j'aurais oublié de mentionner".
De votre côté, n'hésitez pas à me faire remonter toutes les bêtises que j'ai pu faire, ou tous les oublis qui vous auraient sauté au visage, je m'appliquerai à corriger au mieux.
Il me reste le planning des interventions à "finir" (j'ai donné à mes collègues jusqu'à 14h pour me communiquer leurs créneaux, après quoi je les ai prévenus que je remplirai ça au pif), les clés Office à fournir (je ne me fais pas trop d'illusions sur ce point, je n'ai pas cessé de relancer le HGetsionnaire, qui m'a systématiquement répondu "ha oui, il faut que je cherche ça..." avant de tout aussi systématiquement partir en formation ou en réunion dans d'autres établissements), puis à faire un nœud coulant, le passer autour de la poutre et monter sur le tabouret.
Tout ça pour dire que ça c'est très très bien passé de mon côté !
Houlala, oui. J'aime mes collègues. J'aime mon métier. Le monde
est beau. C'est la fête. Ils recrutent, chez Alexis Gruss ? Je
fais super bien l'otarie.
Un grand merci pour vos réponses, à plus forte raison parce que
vous m'avez répondu, VOUS. On n'en dira pas tant de mes collègues.
Que j'aime. FORT. SI FORT. TROP FORT, même, je crois. OU BIEN
C'EST DE LA HAINE. L'avenir le dira. Quoi qu'il en soit, vous avez
bien raison : dès ce soir, je m'entraîne à courir en prévision de
la prochaine bascule. On ne m'y reprendra plus ! Dans quatre ans,
je suis aux J.O.
Je profite de ce mail pour vous rendre la politesse, mais hélas
pas de la façon souhaitée :
La question 2 c'est que dans certaines administrations, les utilisateurs ont des codes "photocopies" ; est-ce le cas chez vous (par pitié, répondez "non")
Croyez bien que j'aurais voulu répondre par la négative, ne
serait-ce que pour ne pas passer pour un cuistre, mais hélas, nous
avons bel et bien des codes photocopies individuels, que j'ai
méticuleusement listés pour l'administration (ils sont également
enregistrés dans les paramètres imprimante des postes afin que
nous puissions nous en servir à distance). Le plus tragique étant
que les professeurs en ont aussi, quand bien même cela ne sert-il
pas à grand chose dans les faits. Pire encore (c'est possible,
oui) : nous changeons de parc de photocopieurs dans deux semaines,
et rien ne garantit à ce jour (à ma connaissance, en tout cas) que
nous conserverons les mêmes codes. Pire que pire encore : avec ce
nouveau parc, nous aurons alors pour la première fois des codes
d'impression EN PLUS des codes photocopies. Croisons les doigts
pour que ce soient les mêmes. Jamais un fonctionnaire digne de ce
nom ne serait capable de retenir DEUX codes différents.
Voilà. Je sais : vous regrettez amèrement de m'avoir passé de la
crème, maintenant, comme tous ceux qui ont eu l'imprudence de me
passer de la crème un jour. Y compris de la crème dessert à la
cantine.
Pour le reste, je rebondis pêle-mêle avant de me précipiter sur mes sandwichs au bambou :
- Grand merci pour l'astuce de professionnelle en vue de préparer
ma mutation au sein de vos services. J'en ai moi-même une qui me
vaut actuellement le statut honorifique de chaman de
l'informatique aux yeux de mes collègues (QUE J'AIME). Quand je
leur fais éteindre et redémarrer leur ordinateur mais que ça ne
fonctionne toujours pas ensuite, je leur fais débrancher les
câbles, puis compter jusqu'à dix, puis secouer les câbles très
fort "pour faire tomber les données corrompues", puis je leur
demande de crier ALAKAZAM avant de rebrancher. Vous verriez
l'expression admirative sur leurs visages. C'est touchant. Je
marcherais sur l'eau qu'ils auraient exactement les mêmes étoiles
dans les yeux (sans doute parce qu'ils tournent à la coke, mais je
ne vous ai rien dit). Il faut d'ailleurs que je me méfie, à
présent que j'y pense. De mémoire, ça ne s'est pas trop bien fini
pour celui qui marchait sur l'eau. Quoi qu'il en soit, je pense
sous peu passer à des tours de passe-passe plus complexes, comme
celui où je les colle dans une boite et où je les coupe en deux.
- "Comment peut-on travailler dans le monde actuel sans s'y
connaître un minimum en informatique ?". Je partage votre
étonnement, voire votre consternation. Personnellement, c'est un
domaine que je suis loin de maîtriser, je le sais, c'est
d'ailleurs à ça qu'on reconnait ceux qui commencent à s'y
connaitre un peu, je pense, quel que soit le domaine : ils ne
satisfont plus fièrement du peu dont ils sont capable, mais
s'affligent de tout ce qu'il leur reste à apprendre. En ce qui me
concerne, j'ai très peu de connaissances, je me contente de
bricoler, d'être un minimum curieux, d'essayer de comprendre
comment fonctionnent mes outils de travail dans la mesure de mes
maigres moyens, et pourtant ici je suis identifié ici comme une
personne ressource. ça m'effraie plus que ça ne me flatte. Pour
l'anecdote, mon ancienne collègue a eu un jour besoin de mes
services. Je lui donne la marche à suivre pour régler son
problème, en surveillant par dessus son épaule qu'elle s'y prenne
bien. Je commence simple, je lui demande d'aller sur internet.
Elle clique sur Firefox, va sur Google et dans la barre de
recherche, elle tape : "internet". Puis elle presse Entrée. Et
elle me dit "voila". ça ne s'invente pas. D'un autre côté, les
nouveaux entrants dans les fonctions administrative s'y
connaissent de mieux en mieux, il faut l'admettre. Mais beaucoup
parmi eux considèrent que "ce n'est pas leur rôle, qu'ils ne sont
pas payés pour ça", et se contentent d'exiger que ça marche. Après
bon, au moins, ça flatte mon égo. ça me donne l'impression
trompeuse de servir à quelque chose et de mériter mon salaire.
C'est grisant.
- Effectivement, la flemme est la caractéristique de base du fonctionnaire, mais j'étais jusque-là convaincu d'être le meilleur dans ce domaine, tous pays confondus. Pour une fois que j'étais bon dans quelque chose (croyais-je)... Quelle déception !
- Honnêtement, l'idée de voir mes collègues aux attributions
multiples obligés de se déplacer d'un poste à l'autre avec leur
ordi sous le bras m'a réjoui. Je les ai même imaginés avec la
tour, l'écran, et les câbles. En train de tomber dans les
escaliers. ça m'a temporairement détendu.
Sur ces bonnes paroles, je vous laisse, je dois préparer la
réunion d'équipe que j'anime tous les jeudis après-midi, qui
consiste concrètement pour moi à parler dans le vide une heure
durant pendant que mes collègues pianotent sur leurs portables,
puis les écouter se plaindre trois jours plus tard parce qu'il
manque des trucs dans le planning... je vous ai dit que j'aimais
mes collègues ? ET BEN PEUT-ÊTRE QUE J'AI MENTI. :)
Vous souhaitant un bon après-midi,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
21/03 :
Bonjour à vous,
Et avant toute chose : promis, je vais faire plus court aujourd'hui, n'ayant plus la force ne serait-ce que de lever les doigts pour taper sur le clavier. Je tape actuellement avec le front, ce qui est très douloureux et me demande de multiples corrections plus douloureuses encore.
Monsieur le Gestionnaire n'étant pas revenu aujourd'hui (c'eut été trop
conventionnel, et nous ne pouvons pas l'être dans tous les
domaines non plus), je n'ai donc pas pu obtenir les précieuses
clés licence Office dans les temps. Par conséquent, je ne
pourrais plus travailler à compter de lundi, holalala, quel
drame, je ne vais pas en dormir du week-end dites donc.
...
Ha pardon, excusez, je m'étais endormi en cours de message. On parlait de quoi, déjà ?
Ha oui, les suites Office. Bon, pour être tout à fait franc, si ça ne m'empêchera pas de dormir, c'est surtout parce que j'ai l'habitude d'utiliser Open Office et Libre Office aussi, donc je peux aisément me passer de Word et consorts (sauf de Paint. J'ai absolument besoin du vieux Paint pour falsifier des documents de temps en temps) (j'aimerais bien que ce ne soit ici qu'une plaisanterie, mais...). ;)
Merci pour votre retour rapide, une fois de plus, et pour la
bienveillance avec laquelle vous avez accueilli mes tableaux. Je
suis sincèrement désolé pour le coup des ordinateurs portables,
je leur avais bien dit que "je faisais remonter", mais que ce
n'était "une promesse de rien" et qu'il ne "fallait pas trop y
compter". J'avais joué la sécurité. Désolé pour le travail
supplémentaire. Si vous voulez, je pousserais les collègues
concernés dans l'escalier en votre nom. Dites oui, s'il vous
plaît. Dites oui.
Merci également pour les étiquettes, qui sont arrivées pile au
moment où j'avais l'impression d'enfin en voir le bout, histoire
de me rappeler QUE JE N'EN AURAIS JAMAIS FINI, JAMAAAAIIIIS !
Une larme a coulé en dedans.
Merci enfin pour le partage d'anecdote, celle-ci est
effectivement d'anthologie, je me la note. Ceci étant,
figurez-vous que j'en connaissais une variante, datée
d'octobre... 2024. Flashback, fondu au noir : on me demande
d'appeler notre responsable technique parce que "le téléphone de
la vie scolaire ne tient plus la charge" et qu'on "ne peut plus
les joindre depuis trois heures". Dans ma grande bienveillance,
avant de m'exécuter, je glisse à mon collègue de bureau (car je
suis le genre de personne qui ne manque jamais une occasion de
glisser un mot gentil au sujet de mes estimés collaborateurs) :
"'pas besoin du responsable technique, c'est juste les AED qui
avaient besoin d'une prise pour recharger leurs portables
persos". Et en disant ça, bon, j'étais persuadé d'être un peu
mesquin, voire carrément de mauvaise langue, c'était censé être
de l'humour un peu vachard. Mais non. Le responsable technique
s'est déplacé, et j'avais vu juste. Ils étaient trois à vouloir
charger leurs portables en même temps, donc ils ont débranché la
base du téléphone main libre pour libérer des prises, rendant
ainsi leur service injoignable. Normal. J'ai donc postulé chez
les Experts Ploutarboeuf : ce n'est pas aussi prestigieux
que Miami, mais il y a une bonne couverture santé. Notez
également que cette mésaventure est arrivée deux fois en
l'espace de trois semaines. ça n'aurait pas été suffisamment
drôle, sans ça. Je me rappelle aussi avec beaucoup d'émotion le
jour où l'ancienne gestionnaire avait suggéré de couper la clim'
dans la salle serveur pour faire des économies. Un grand moment.
Sinon, vous serez ravie d'apprendre que la réunion d'équipe s'est bien passée, je suis parti en fou rire nerveux dès les premières minutes et ceci jusqu'à son terme. A chaque fois que ma cheffe de service ouvrait la bouche, je me roulais sur la table. Je ne crois pas que ça ait été bien perçu mais ça m'a fait du bien. Le fait est qu'avant, tout le monde participait et me dictait heure par heure son emploi du temps de la semaine : c'était le bazar, tout le monde parlait en même temps, ça durait des plombes, c'était contre-productif au possible donc au bout d'un moment, j'ai proposé de centraliser leurs emplois du temps numériques et de préparer une matrice en amont pour faire gagner du temps à tout le monde. Et au final ça marche tellement bien que... plus personne n'écoute. ça m'apprendra à être "force de proposition" (les guillemets sont importants, ici).
Pour être lu dans les mails d'info, l'humour, ça marche bien
aussi. Quelqu'un avait oublié son écharpe hier en conseil de
classe, j'ai envoyé un mail ce matin pour dire qu'on avait
"retrouvé une serpillère", ça a beaucoup plu aux équipes (moins
à la propriétaire de l'écharpe en question mais hé ! Le message
est passé, c'est le plus important). Car oui, absolument, écrire
des mails sur les objets trouvé fait partie intégrante de mon
profil de poste et de mon quotidien professionnel. Je ne vous
raconte pas les poussées d’adrénaline. Depuis hier, j'ai des
clés de voiture qui traînent sur mon bureau, j'ignore à qui
elles sont, personne ne les a réclamées, je ne cherche plus à
comprendre, c'est l'éducation nationale.
J'entends déjà jeudi la voix du référent numérique me dire "Thierry, il
faudrait ouvrir un ticket".
Pour ce qui est de l'ordi du gestionnaire, attendez que je
consulte le planning... de toute façon, il ne sera pas là mardi
après-midi, et pas là jeudi non plus (véridique)... donc
l'absence de GFC ne devrait pas le tracasser outre mesure,
d'autant qu'il est passé à Op@le... Et pour le coup, comme Op@le
ne marche jamais en temps normal, il ne devrait pas trop voir de
différence, même si vous lui déréglez tout en passant...
Pour ce qui est de changer le mien, il faudra juste me secouer
très fort pour me réveiller. C'est très technique.
Vous souhaitant une bonne fin de semaine, et si possible un week-end derrière,
Bien cordialement,
--
Le secrétaire de direction
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