Où la mutation de mon collègue reste visiblement un sujet sensible, voire Biblique...
Bonsoir à tous,
Comme attendu, je vous transfère ci-joint le planning de la semaine à venir, et profite de cette occasion pour relater ici une anecdote cocasse que nous avons vécus ce mercredi à l'administration.
En effet, ainsi qu'il en va chaque année, nous avons organisé notre traditionnel repas de service, que j'étais censé présider car c'est à tour de rôle.
J'avais donc choisi un petit restaurant gastronomique du coin que vous ne connaissez pas parce que vous ne sortez pas assez de votre zone de confort, béotiens que vous êtes (mais je ne vous jette pas la pierre, car il m'est arrivé de pécher en mon jeune temps. Essentiellement des truites). A savoir : une enseigne dont j'apprécie tout à la fois la diversité culinaire et le service sophistiqué, que dans la langue des gens du livre on appelle
המבורגר קינג
Soit : "Le roi du sandwich de jambon de Hambourg", en français - ou "Burger King", dans la langue secrète des initiés (mais chut, je ne vous ai rien dit, les gens de mon ordre pourrait m'en tenir rigueur et me confisquer ma toge promotionnelle couleur pain grillé).
Pour tout vous avouer, j'ai coutume de m'y sustenter régulièrement, ainsi qu'en témoigne ma ceinture abdominale, laquelle ignore vraisemblablement tout du principe de présomption d'innocence.
Depuis toujours, pour une raison que je ne m'explique pas, ma
préférence va à une spécialité locale riche en phosphore et en
huile de vidange du nom de King Fish - comme si nous étions
spirituellement liés, elle et moi, à un niveau ontologique.
Et donc nous étions là, installés gaiment, tous les treize, autour de cette grande table rectangulaire que le tenancier prépubère en contrat emploi-jeune avait gracieusement mis à notre disposition, à deviser gaiment de tout et de rien. Je vous laisse vous imaginer la cène : je venais de ramener des onions rings pour tout le monde alors je leur ai dit solennellement "mangez, ceci est mon corps" (parce que c'était payé avec mon argent et que c'est ça en moins que mon corps pourra manger ce mois-ci), ainsi que des boissons pour tout le monde aussi alors je leur ai dit solennellement "buvez, ceci est mon sang" (parce que c'était payé avec mon argent tout pareil. Heureusement qu'il y a de l'eau au robinet...).
Les langues se déliant, on s'est mis à discuter de nos vies, de
nos espoirs, de nos difficultés à passer certains niveaux dans
Lies of P sur PS5... Je me souviens avoir dit au gestionnaire "avant le chant du coq, tu m'auras renié trois fois", ce
genre de banalités qu'on échange quand on passe du bon temps entre
gens de bonne compagnie, et j'ai bien noté que Thierry ne mangeait
pas beaucoup, qu'il restait à l'écart, un peu mal à l'aise. Je lui
ai demandé "ça va, Thierry?!", il m'a répondu que ça allait,
qu'il était juste barbouillé parce qu'il revenait du Pilate (un
grand sportif, ce Thierry, ce n'est un scoop pour personne). Un peu
gêné, il a tout de même ajouté à voix basse (pour ne pas être
jugés, sans doute) : "j'aimerais bien me prendre un sundae,
quand même. Tu n'aurais pas la monnaie sur trente deniers ?".
ça m'a un peu surpris sur le moment parce qu'aux dernières
nouvelles, on n'avait pas touché de prime exceptionnelle, ou bien
alors il m'avait fait un sale coup dans mon dos (mais ce n'est
définitivement pas son genre) sauf que de toutes façons, je
n'avais rien sur moi, j'ai dû lui répondre que ce n'était que
partie remise. Ce dont il a semblé douter sur le moment. Après
quoi il s'est quand même déridé un peu, ça m'a fait plaisir : il
m'a notamment demandé si j'avais fait mon rappel du vaccin
anti-tétanique, si j'étais allergique au bois, si j'aimais les
activités de plein air, si j'étais à l'aise avec les produits en
croix, si mon paternel était du genre à abandonner les gens dans
la galère pour le bien de l'humanité, des trucs de ce style, mais
pareillement, je ne me suis douté de rien.
C'est quand il s'est éclipsé discrètement en direction de son nouvel établissement que j'ai compris. A son rire, notamment. Qui sonnait un
peu comme "MOUHAHAHAHA !" (mais pardon, je le fais très mal). Cinq
minutes plus tard, l'équivalent post-moderne des légions romaines
investissait le restaurant avec fracas, les gens ont applaudi
parce qu'ils ont cru que c'était une animation, le centurion (ou
apparenté) m'en a collé une en plein visage, les gens ont
applaudi, ils ont crié "Une autre ! Une autre !". Ledit centurion
ne s'est pas fait prier. Là dessus le Gestionnaire a dit qu'il
voulait bien essayer aussi "par curiosité scientifique". Je
crois qu'il m'a cassé le nez mais c'était pour la science alors
j'ai tendu la joue gauche (qui était ma joue droite, car je suis
incapable de les différencier, mais il n'a pas eu l'air de s'en
formaliser. Pour être bien sûr, il a juste arrondi à la joue
supérieure, c'était plié) (enfin... mon nez, surtout).
Puis on m'a coiffé d'une couronnes en carton du menu junior et on m'a entraîné à l'extérieur, ce qui m'a pas mal plu sur le moment vu que je n'y vais qu'une ou deux fois l'an, grand maximum.
Mais depuis, j'avoue, je trouve le temps un peu long.
Quant à Thierry, aux dernières nouvelles, il vit sa meilleure vie dans son nouvel établissement, il a placé ses trente deniers sur son livret A, qui
lui rapporteront au bout de dix ans la coquette somme d'un denier
supplémentaire ; et il a miraculeusement grimpé de plusieurs
échelons dans la hiérarchie de la nationalibus educationem.
Ce VULGUS TRAITRUS.
Vous souhaitant un excellent week-end plein de belles découvertes culinaires telles que le Fish King (tm), ses onions rings (tm) et leur bonne sauce au gras au bon goût de gras (la meilleure, que ces honorables aubergistes distribuent en abondance et qui peut aussi servir à graisser les essieux de voitures),
Bien cordialement malgré les crampes aux bras,
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