Où des changements de personnels au sein du service informatique du département bloquent le réseau pédagogique tout entier...
Bonsoir à tous,
Il ne vous aura pas échappé que depuis ce jeudi midi, il n'est plus possible pour les professeurs d'utiliser les ordinateurs du réseau pédagogique - ce qui n'a pas été sans causer de grands désagréments au trois qui bossent (ils se reconnaitront).
La DSI se veut néanmoins rassurante : des mesures vont être prise dès lundi pour vous accompagner dans cette "nécessaire transition vers une technologie plus propre, plus saine et plus écologique".
Ainsi, à compter du 15 septembre, l'ensemble des professionnels de l'établissement se verra doté de divers substituts développés exclusivement pour un usage non-connecté, au nombre desquels : bouliers (sorte de calculatrices en bois ressemblant à s'y méprendre à des babyfoots à la verticale), tablettes individuelles (mais en marbre, avec une autonomie de sept millions d'année), sextants (sans avionique - du calme Ludovic) et pointes en silex.
Une technologie expérimentale dont vous apprécierez à coup sûr le caractère multi-usages, qui rappellera aux doyens du collège le bon vieux temps de l'âge de pierre (pour situer ce dernier à celles et ceux d'entre vous qui ont obtenu le Brevet après l'an 1999, on appelle "âge de pierre" la période historique durant laquelle le prénom Pierre a été à la mode en France, c'est à dire approximativement de - 3,3 millions d'années à - 2000 avant Jésus Christ ; soit le délais moyen qu'il faut en ce moment pour obtenir une réponse du Rectorat) (oups, j'ai écrit "Jésus Christ" dans un mail professionnel. Vais-je perdre mon emploi ? Réponse lundi).
Les esprits chagrins se plaindront sans doute de l’aspect rudimentaire de ces accessoires pourtant à la pointe - si ce n'est de la technologie, au moins, du silex (suivez un peu).
Monumentale erreur.
Ils auraient grand tort de confondre le silex d'antan avec le
i-silex (tm), développé et fourni par notre généreux mécène
désintéressé Apple. En effet, le i-silex se distingue
avantageusement de son prédécesseur par son port USB, ainsi que la
possibilité de le recharger en wifi. Bon, évidemment, vu qu'il ne
vous est pas possible d'utiliser les ordinateurs pour le moment,
vous ne pourrez pas profiter de cette fonctionnalité dans
l'immédiat, mais il en va de l'informatique comme de toute chose :
c'est l'intention qui compte. Et avec le i-silex, l'intention se
facture 600 euros pièce. Mais il est fourni avec une jolie petite
sacoche promotionnelle, quand même. Autre avantage non négligeable
par rapport au silex normal qui, certes, se ramasse gratuitement
par terre, mais qui nécessite que vous le tailliez vous-mêmes, ce
qui représente une charge mentale supplémentaire non négligeable.
En plus il n'est pas livré avec une jolie sacoche, lui.
Que les opposants au progrès (il y en a toujours) se gardent de
sous-estimer le caractère fonctionnel de ces outils : non
seulement le i-silex vous permettra de chauffer votre salle cet
hiver en allumant un feu avec les manuels scolaires de l'année
dernière, de tanner des peaux de bêtes, de graver votre cours sur
vos i-tablettes de marbre, mais combiné avec la i-pointe de lance
(vendue séparément, payable en quatre fois sans frais - ou si
peu), il vous permettra d'assurer la discipline en classe de
manière plus persuasive qu'avec vos habituelles menaces d'heures
de colle (on minimise trop souvent l'impact d'une lance bien
affutée sur les comportements des préados en classe). En dernier
recours : elle vous permettra également de repousser les assauts
de tigres à dents de sabre (ça vient de tomber : du fait de
restrictions budgétaires, ils ont fermé le zoo de Peaugres, tous
les animaux ont été lâchés dans la nature, mais aucun d'eux n'a
voulu s'installer en Ardèche vraisemblablement parce que c'était
trop dangereux, alors mieux vaut se i-préparer).
Bien sûr, comme à chaque avancée culturelle majeure (telles que la machine à expresso ou la macarena), il nous faudra du temps pour nous y adapter, mais passé le cap des premières semaines, ça ne devrait pas nous dépayser outre mesure puisque nous avons repris le travail il y a 75000 ans (en temps intérieur, du moins. En encore, je suis gentil, j'ai arrondi au millénaire inférieur). En faisant des recherches pour garantir l'exactitude historique de ce message, je suis d'ailleurs tombé sur de vieux documents d'archives du néolithique mentionnant ce que les anciens appelaient des "vacances", sans plus de précisions ; et si les spécialistes se perdent en conjectures quant à l'origine ou la finalité d'une telle tradition, tous s’accordent sur le fait que le terme désignerait une période institutionnelle d'oisiveté consentie. Je sais. A nous qui aimons travailler plus que tout autre chose au monde (y compris les machines à expresso et la macarena), ça nous paraîtra fou, on aura bien du mal à s'imaginer une telle chose, mais qui sait : il arrive que certains phénomènes sociaux soient de nature cyclique et reviennent inexplicablement à la mode.
J'ai hâte.
Ces mêmes document faisaient également référence à des termes
tout aussi abscons tels que "retraite", "jour férié"
et "point d'indice", mais personne à ce jour n'a su
déterminer de quoi il s'agissait. ça ne devait pas être si
important que ça...
Vous souhaitant un très bon i-week-end (c'est-à-dire : une fin de semaine avec un port USB et un logo en forme de pomme derrière, et donc très logiquement facturée 1850 euros la pièce) (payable cash, parce que bon, oh, le quatre fois sans frais ça va bien cinq minutes mais on n'est pas Mère Thérésa non plus),
Bien cordialement,
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