Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.

vendredi 21 février 2025

C'est la faute aux copies

 

A l'attention des équipes pédagogiques du Collège Jean Macé


Bonjour à tous,

On le sait bien : en établissement scolaire, les photocopieurs, c'est la guerre. Selon les horaires, pour espérer pouvoir les approcher, il faut ramper dans la boue sous les tirs de mortier en criant "il faut sauver le soldat Ryan !" (ou "Willy", selon vos préférences en matière de mammifères) (en ce qui me concerne, le choix est vite fait). ça fait partie des aléas du métier, au même titre que les réformes et les messages Pronotes de parents postés à minuit et demi. 

Raison pour laquelle nous, grands seigneurs de l'administration, tolérons en serrant des dents que vous fassiez usage du nôtre en période de grande bourre ; bien qu'il arrivât certains jours que nous soyons enclins à travailler aussi et que cela puisse nous gêner en proportion. Sommes-nous généreux ! Ah, comme il nous tarde de recevoir les palmes académiques en récompense de tant d'abnégation !
 
En contrepartie, nous vous remercions de ne pas mobiliser le copieur de la vie scolaire, qui est à l'usage exclusif de cette dernière et ne saurait être mis à contribution pour dupliquer vos cours, vos devoirs, vos cartons d'invitations pour la fête d'anniversaire du petit dernier (c'est bon, il a trente ans, maintenant, laissez-le voler de ses propres ailes...) ou les plans de votre future maison sur la Cote d'Azur (merci, Pacte !).

Comptant sur votre compréhension, et vous souhaitant un bon après-midi,

Bien cordialement,

-- 
 
Le secrétaire de direction

A quoi s'ASSR ?

 

A l'attention de l'ensemble des équipes pédagogiques du collège Jean Macé,

Bonjour à tous,

Vous râlez tous les matins en venant au collège parce qu'il y a trop de monde sur la route ? 

Eh bien dites-vous que c'est un peu grâce à Monsieur le CPE, qui semble farouchement déterminé à distribuer des ASSR à tout le monde sans distinction, comme en témoigne le récapitulatif des passages ci-joint

A sa décharge, maintenant qu'il facture les duplicatas cinq euros pièce, il a financièrement tout intérêt à arroser large.

Moralité : vous n'avez pas fini de râler le matin en venant au collège...

Alors qu'est-ce qu'on dit ?

MERCIIIIIIIIIII MONSIEUR LEEEEE CPEEEEEEEE !

Vous remerciant de prendre connaissance du planning ci-joint,


Bien cordialement, 

-- 
 
Le secrétaire de direction

lundi 17 février 2025

Allo, allo, monsieur l'ordinateur (2)

 En réponse à la réponse (amusée) de notre interlocutrice des services informatiques.

 

Merci beaucoup pour cette réponse d'une rapidité à laquelle je ne suis plus accoutumé. J'ai fais une nouvelle crise d'angoisse sur le moment mais ça va mieux maintenant.

Je confirme donc que vous travaillez trop. 

Puisque vous travaillez. 

Ce qui est déjà trop. 

CQFD.

...ce qui m'oblige à travailler moi-même, rendez-vous compte !

Car s'il y a bien une chose qu'on ne risque pas de me reprocher en entretien, c'est de trop travailler. Vous vous en sortez quand même bien, de votre côté : c'est un reproche qui ressemble beaucoup à un compliment.

Bref. Pris d'une inexplicable pulsion professionnelle proche de la frénésie (enfin..."inexplicable", "inexplicable"... disons que j'en ai reçu l'ordre par voie hiérarchique), j'ai suivi votre conseil et j'ai écrit à votre chef de service, en espérant que nous pourrons trouver une date de repli satisfaisante pour tous les partis avant que le CPE ne démissionne (encore que...).

Merci également pour toutes les précisions que vous avez apportées à mes questions, tout est clair à présent (ou pas loin) (ç'eut été trop beau).

Histoire de mieux me projeter, une nouvelle question pratico-pratique au passage : actuellement, le répertoire "administration" est partagé en plusieurs sous-répertoires (secrétariat élève, secrétariat de direction, intendance, etc, etc), ce qui nous permet d'avoir accès aux documents de nos collègues en cas de besoin sans qu'il soit nécessairement besoin de leur adresser la parole (c'est un vrai soulagement pour moi). Cette subdivision sera-t-elle toujours effective après la bascule, ou allons-nous devoir revoir nos pratiques ? C'est que c'était quand même bien pratique pour connaître les plus noirs secrets des gens ici et arrondir mes fins de mois en pratiquant le chantage de proximité...

Par contre, quand je vous disais tantôt que je n'étais pas plus bête qu'un autre, je crois que je m'étais un peu avancé : j'ai beau chercher "le tableau exemple en dessous du tableau à remplir" dont vous me parlez, je ne trouve ni l'un ni l'autre. Je suis sûr que je me sentirais bien ridicule une fois que vous m'aurez dit où regarder, mais dans l'attente je suis perplexe. 

Quant au site de notre collège, je crains fort que personne ne s'y intéresse (à juste titre), voire n'ait connaissance de son existence, y compris du côté des parents d'élèves. De temps en temps, on me demande d'y poster des articles mais c'est sans doute pour me donner l'impression que je mérite mon salaire (alors que je ne me formalise pas du tout de ce genre de choses, au contraire : moins l'argent est mérité et plus je l'apprécie). Si je devais ne retenir qu'une seule publication, ce serait cette vidéo de M le référent numérique. Avec la musique de Terminator en fond sonore, c'est comme au cinéma.

Enfin, je suis heureux de voir que je ne suis pas le seul à imprimer mes mails en seize exemplaires et en couleur, même quand ils sont en noir et blanc. Mon objectif dans la vie c'est "plus d'Amazonie d'ici 2027". ça va, le plus dur est fait.

Vous souhaitant une bonne soirée, et avec encore mes remerciements pour votre célérité,

Bien cordialement,

--

Le secrétaire de direction

Allo, allo, monsieur l'ordinateur (1)

Où les services informatiques nous annoncent de but en blanc qu'ils vont changer l'intégralité de nos postes et de nos réseaux dans un avenir TRES (et donc TROP) proche. 


Bonjour Madame,

Moi qui fais des crises d'angoisse sitôt qu'on me bouge un de mes stylos, et qui m'attache sentimentalement aux appareils électroniques qui me sont alloués, me voilà plongé par anticipation dans des abîmes de désespoir.

Et vous m'annoncez qu'il va falloir que je dise adieu à Jean-Claude, mon unité centrale ? Avec tout ce que nous avons vécu ensemble lui et moi ?

Le fait de ne pas pouvoir travailler sur cette période ne me traumatise pas outre mesure, par contre. Quatre jours de chômage technique, ça me paraît même trop peu. Je vous enjoins à prendre tooooooout votre temps. Du moment que vous pensez bien à nous réinstaller Call of Duty en réseau.

Dans un registre plus sérieux, j'aurais besoin de précisions par rapport à vos attendus quant aux documents à déposer dans la zone de partage.

(...)

Je ne suis pas plus bête qu'un autre, mais il faut m'expliquer longtemps. Je situe à peu près la nature de votre demande mais pas dans le détail. Pardon.

Par ailleurs nous avons un gros souci par rapport aux dates que vous nous indiquez : y aurait-il exceptionnellement possibilité de décaler votre intervention ? (on est pénible, je sais, c'est la seule partie de mon travail dont je m'acquitte convenablement, il paraît que j'ai des prédispositions pour ça).

Dans l'attente de votre réponse, Jean-Claude et moi vous souhaitons une bonne journée.

Bien cordialement,

-- 

 Le secrétaire de direction

samedi 15 février 2025

Je te sens un peu à cran, là... (partie 2)

 Où on tient parole et où on finalise le mot du semainier un samedi après-midi. Faut-il être masochiste !

 

Pardon, on a été coupés, je suis passé dans un tunnel. 

Ou bien c'est vous ?

Toujours est-il que pour en revenir à cette histoire de journée sans écrans (parce que 24 heures, ça fait une journée, je préfère préciser, nous sommes en 2025, les attendus culturels minimaux  ne sont plus les mêmes qu'il y a trente ans), du côté des parents, le bilan n'est guère plus positif. 

Grâce au réseau d'information Tinder, j'ai pu prendre contact de façon totalement professionnelle avec Mme **********, 32 ans, mannequin, gymnaste, trois maisons dans le Calvados, deux dans le Lubéron, laquelle m'a confié lors d'un repas absolument pas intéressé du tout (preuve en est que j'en ai payé la moitié, grand seigneur !), au sujet de sa fille Thyffaihne :

- Sans écran, elle était à cran. 

A quoi j'ai répondu du tac au tac (comme l'aurait fait n'importe quel accro aux jeux à gratter de l'ancien temps) :

- Raymond Devos, sors de ce corps. 

A ces mots, il y a eu un soupir, un ronchonnement, Mme ********* s'est élevée de deux mètres dans les airs, sa tête a fait deux tours sur elle-même, alors j'ai brandi le dernier album de Jul et l'esprit de Raymond Devos s'est enfui en ronchonnant comme quoi "de toute façon il y était trop à l’étroit" et qu'il trouverait "certainement mieux à Troie". 

Sur ces entrefaites, la maman a repris ses esprits et m'a fixé d'un air un peu hébété. Elle ne se rappelait plus des trois années écoulées. Son dernier souvenir, c'était une irrépressible et inexplicable envie de dire à sa voisine que "manque de pot, la dernière fois que je suis allée à Pau, j'ai eu des problèmes de peau". La voisine a aussitôt porté plainte pour calembour. 

Selon le Docteur Charles Atan, psychologue célibataire sans enfants, ces 24h sans écran sont "l'occasion pour les familles de renouer du lien et de partager des activités plus saines et ludiques telles que.... euuuuh... par exemple... enfin... euuuuh... ça va me revenir, je l'ai sur le bout de la langue, et... euuuuuh... bon... il se fait tard, je ne suis plus en service, ça fera 70 euros, laissez-moi tranquille maintenant".

Le service des Urgences de la ville de Caen, capitale officieuse du French Cancan (oh mon dieu. Je crois que l'esprit de Raymond Devos s'est trouvé un nouvel hôte !) n'est définitivement pas cet avis. Ce jour-là, il a en effet dénombré une recrudescence alarmante d'admissions pour coups et blessures. Le Docteur Housse de Couët se confie à visage découvert : "Les plaies par balles, on connaît, on sait gérer. Les plaies à l'arme blanche aussi. Mais les plaies "par petites maisons vertes en plastique", c'était une première. Il a fallu développer un protocole de soin exprès, inspiré du Docteur Maboul. Vous avez dû le voir aux infos, ça a fai le Buzz".

Après enquête, il apparaît que certaines familles ont cru bon de ressortir le Monopoly du coin de jardin où elles l'avaient enterré après leur-dernière-partie-de-trois-heures-où-tout-le-monde-a-failli-s'étriper-à-la-fin, mais les tentatives de jeu ont vite tourné court vu que plus personne ne se souvenait des règles, qu'il fallait les relire, que lire en 2025 c'est trop fatigant et que le secrétariat élève du collège n'était pas là pour le faire à leur place ("feignasses de fonctionnaires, on ne peut jamais compter sur eux").

Dans les bureaux de la Police Nationale, on a archivé un certain nombre d'enregistrements particulièrement explicites. 

Extrait 1 :

"- Vous retournez en prison. Vous ne passez pas par la case départ. Vous ne touchez pas dix mille euros.

 - Alleeeeez ! C'est qui la poukave qui m'a balancé cette fois ?

- Heuuu... Tu vas où, là ?

- Ben en prison. Tu m'as dit que je devais y retourner...

- DANS LE JEU. La prison DANS LE JEU.

- Oh.

- Tu as quelque chose à nous dire, Dylhaan ?

- Non non, rien. C'est à maman de jouer."


Extrait 2 :

" - Non, tu peux pas acheter la Gare du Nord, Ennezho. Tu es en prison.

- Et alors ?

- Ben tu peux rien acheter, quand tu es en prison. Et sûrement pas une gare routière.

- Parfois je vous envie, vous, les parents. Vous êtes si purs. Si innocents...".


Extrait 3 :

"- Comment ça, je passe pas par la case départ ? Comment ça, je touche pas dix mille euros ?

- C'est la règle, c'est comme ça.

- Comment ça c'est comme ça ? Je passe par la case départ si je veux. C'est pas à toi de me dire qu'est-ce que je dois faire !

- Mais non, tu peux pas, c'est le jeu.

- Moi j'en ai rien à faire du jeu, vas-y ! Je passe par la case départ, tiens, deux fois, trois fois, je fais trois fois le tour sur mon scooter magique ! Aboule les 30000 euros !

- Y'a pas de scooter magique au Monopoly.

- Et alors ? Qu'est-ce tu vas faire ?

- Guillaume range ce couteau. Tu fais peur à ton père.

- C'est pas mon père.

- On en a déjà parlé, si, c'est ton père, on a déjà vérifié avec le collège, le secrétariat élèves nous a envoyé la copie du livret de famille, avec tes ASSR, les bulletins de ta soeur d'il y a sept ans, et notre RIB, tout ça avec le sourire et sans aucun surcoût. Alors que la dernière fois, on était passé par la vie scolaire ça nous avait quand même coûté 5 euros !"


Extrait 4 :

" - Tu peux pas acheter la rue de la Paix, t'as pas assez.

- D'où j'ai pas assez ?! Eh ben vas-y, fais pas ton radin, file la différence.

- C'est pas comme ça que ça marche, fiston.

- Ben si papa, d'habitude, quand j'ai pas assez, je t'appelle et tu me files les sous. Même que tu as dit qu'on appelait ça "l'éducation bienveillante".

- Oui mais là c'est un jeu. C'est pas comme sur la route, un jeu. Dans un jeu il y a des règles qu'il faut respecter, tu vois.

- Je comprends pas.

- Mais si ! Tiens, un exemple : si tu lances le dé et que tu fais six, tu avances de six cases. Pas de trois ou de quatre.

- Et pourquoi je peux pas avancer de quatre si je veux ?

- Ben les règles elles disent "non".

- Et ça veut dire quoi, "non" ?

- C'est de l'ancien français. ça veut dire : "j'ai bien pris note de tes désidératas et crois bien qu'ils me tiennent à coeur, cependant compte tenu du contexte et de la conjoncture, je suis au regret de ne pas pouvoir y accéder dans le respect de ta personne humaine".

- Ha ! ça veut dire "demande à maman" ?!

- Voilà.

- Mais maman elle est en voyage à la maison de repos en ce moment. Donc du coup je peux pas acheter la rue de la Paix ?

- Non.

- Hé ben, hé ben... si c'est comment ça, alors je la vole, la rue de la Paix ! Et je la rebaptise "rue Booba" et vous serez tous bien embêtés ! J'suis un fou zarma. Allez, j'ai gagné ! Aboulez la thune les losers !

- C'est pas comme ça qu'on joue au Monopoly, enfin.

- Moi jouer je m'en fiche, je veux gagner. 

- Mais ça n'a aucun sens, de gagner, s'il n'y a pas de règles. 

- Si, ça a le sens que c'est moi qui gagne et pas vous !

- Oui mais regarde : moi, je suis ton père, bon, je suis obligé de me sacrifier, ce sera comme ça jusqu'à tes trente ans, quand tu seras capable de voler de tes propres ailes sur un périmètre de deux cent mètres autour de la maison. Mais Thymheho et Thiyeffhaine aussi ils veulent gagner.

- Hé ben ils ont qu'à gagner aussi alors ! Qu'est-ce qui les en empêche ! ?

- LES REGLES !

-  Tu inventes. J'avais jamais entendu ce mot avant aujourd'hui.

- Pas du tout. Les règles, c'est comme quand en classe, on te dit qu'il faut écouter.

- Ha ? C'est ça, les "règles" ? Nous, avec les copains, on appelle ça de l'humour. On pensait pas que les profs ils étaient sérieux. Bon, du coup, je sais : on a qu'à dire que tout le monde il a gagné et y'a plus de problème. Hashtag HQI. Hashtag WillHunting.

- Sauf que tout le monde peut pas gagner, ça rimerait à rien.

- Et pourquoi ?

- Ben parce que si tout le monde gagne, personne perd. Et si personne perd, personne gagne non plus.

- ...

- Je t'ai perdu, là. Je sens que je t'ai perdu.

- Tu m'as perdu au moment où tu as essayé de m'apprendre à faire mes lacets tout seul. Tu m'as perdu, je veux gagner. Coïncidence ? Je ne crois pas. Et tu me dis que je dois suivre les règles ?

- Oui. Les règles, personne n'aime ça. Mais il suffit qu'une seule personne ne les respecte pas et ça fout la partie en l'air. Comme dans la vie.

- Où est ma Playstation ?".


Tout ça pour dire que l'année prochaine, pour éviter ce genre de drames, il serait judicieux de revoir les ambitions du défi à la baisse, et de redéfinir ses objectifs à l'aune des capacités effectives de l'être humain : plutôt que de proposer 24 heures sans écran, proposer 24 heures avec. 


Celui-là, au moins, il a une chance d'être relevé. 

vendredi 14 février 2025

Je te sens un peu à cran, là... (partie 1)

 Où une professeur de l'établissement a ce qui semble être l'idée du siècle. Mais au second degré.

 

Bon samedi soir à tous,

Car oui, au moment où vous ouvrez ce mail, nous sommes samedi, N'EST-CE PAS ?!

Vous l'avez relevé, N'EST-CE PAS, le défi des 24 heures sans écran, que votre collègue Madame Méchante (tm) a lancé ce week-end aux élèves et à leurs parents, méritant par là même ce joyeux sobriquet (dont une maman l'a affublée jadis en toute bonne foi) ? 

Vous avez tenu bon, vous avez été solidaire, vous êtes resté valeur d'exemple, comme le commande votre fonction. Bravo. Je n'en attendais pas moins de vous. De toute façon, vous n'avez rien loupé.

Certains d'entre vous s'étonneront même de lire "bon samedi soir à tous" un dimanche en fin d'après-midi, ou un lundi matin, ou mercredi en huit. Ceux-là ont tout à fait compris le concept de "droit à la déconnexion". Félicitations à eux.

Bon. Quand votre collègue m'a parlé de cette initiative, j'avoue, mon premier réflexe, ça a été d'éclater de rire. 

Mon deuxième réflexe, ça a été de chercher les caméras du regard, et vérifier derrière les plantes en pot si Marcel Béliveau n'était pas planqué sous une bâche. 

Mon troisième réflexe, quand j'ai compris qu'elle ne plaisantait pas, ça a été de m'exclamer :

- C'est un plan pour qu'ils aillent s'inscrire dans le Privé ?

Perspective qui, évidemment, ne pouvait que susciter mon approbation pleine et entière. Pour être bien sûr que ça fonctionne, j'aurais même proposé "soixante douze heures sans écran, le retour au Minitel et un téléphone filaire par foyer"... On n'est jamais trop prudent. A quoi j'ai ajouté, avec la bienveillance qui me caractérise : - l'année prochaine, définis tes objectifs de manière plus réaliste. Déjà, vingt quatre minutes sans écran, ça relèverait du miracle, alors vingt quatre heures... question probas, il y a plus de chances d'être enlevé par les extraterrestres ce week-end que de recevoir un message Pronote lundi intitulé "j'ai réussi, j'ai tenu jusqu'au bout !". 

Du coup, craignant le drame et les procès pour maltraitance, j'ai cherché des témoignages sur le net afin de savoir comment ça s'était passé l'année dernière.

J'ai trouvé celui du petit Thyméo, qui confiait au micro de BFMTV : "au bout d'un moment, sept secondes, peut-être huit, je me suis senti partir. J'ai vu toute ma vie défiler devant mes yeux. De haut en bas. Avec possibilité de lâcher des likes et des commentaires. Et ma vie, c'était juste moi, en train de regarder la vie des autres défiler devant mes yeux de haut en bas. Alors j'ai lâché un like et un commentaire, et je me suis abonné par principe".

Et son camarade Khevyhn d'ajouter, les larmes aux yeux : "Maman m'a dit "va jouer dehors !", moi je lui ai dit "pour qui tu te prends ? T'es pas ma mère !", elle m'a dit "si ! Je suis ta mère !", j'ai dit "alors vas-y, prouve-le", elle a appelé le collège pour avoir une copie de son livret de famille, le secrétaire élève le lui a envoyé, bon, le document était formel, c'était bien ma mère alors j'ai fait comme elle a dit, j'ai pris ma Playstation avec moi et je suis sorti. J'ai passé six heures à chercher une prise dans les arbres pour la brancher, je n'ai même pas trouvé de port USB,  depuis je dois voir un psy toutes les deux semaines pour surmonter le traumatisme". Et l'intéressé de conclure avec beaucoup d'éloquence : "Dehors, c'est vraiment un truc de boomer. Hashtag laprehistoire. Hashtag Remisansfamille. Hashtag nonmaisalloquoi".

J'ai également trouvé des témoignages de parents, et même des forces de l'ordre, dont je vous ferai part plus tard dans le week-end ou lundi à la première heure, faute de temps ce soir pour finir.

Vous souhaitant dans l'attente un excellent dimanche, puisque samedi est déjà passé (N'EST-CE PAS ?),


Bien cordialement,


--  


Le secrétaire de direction

vendredi 7 février 2025

Quand tu regardes dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi...

Où pour les besoins d'une enquête interne en immersion, on se trouve contraint de passer plus de deux heures sur Tik Tok, et où ça laisse forcément des traces (comme toutes les premières fois).

 

Bonsoir les couz',

Hashtag crush, hashtag Jean Roucas, hashtag bien ou bien (comme il écrivait Shakespeare dans Hamlet) ("Bien ou bien, là est la question, frère ! Est-il plus noble en l'esprit de souffrir la fronde et les traits de l'outrageuse fortune - c'est-à-dire aller au contrôle sans avoir révisé -, ou de prendre les armes contre un océan de tourments et d'y mettre fin en faisant régulièrement son travail à la maison ? Faire son travail à la maison, ha, c'est l'obstacle... !") (retenez-moi, je suis prêt à réécrire toute la pièce comme ça).

Il faut bien admettre qu'après deux heures passées en immersion sur Tik Tok pour les besoins de l'établissement, je me sens ce soir comme ces policiers américains qu'on envoie infiltrer les groupuscules suspects dans les séries TV : j'ai pris fait et cause pour l'adversité, j'ai adopté son vocabulaire monosyllabique, je me suis fait rebaptiser Killermachinedu2-6 à l'état civil (le gars au guichet a juste dit "bof, c'est dans la moyenne"), j'écoute du rap hardcore car j'ai la rage au corps bébé je veux tout faire cramer mémé c'est plus de ton âge et c'est dommage il faut kiffer comme les rois mages en Galilée et le fromage en plein été à Paris plage les cors au pied (yo !) (je m'essaie à l'impro aussi, avec des résultats "assez aléatoires", si j'en crois la critique de mon premier single dans les Inrockuptibles). 

Aussi douté-je de pouvoir encore réintégrer la vie active. Je suis allé trop loin. C'est trop tard pour moi. J'ai remplacé tous mes signes de ponctuation par le mot wesh, quoi que ça puisse vouloir dire par ailleurs. Plutôt que de faire verbalement part de mon agacement à mon interlocuteur, dorénavant, je tchipe ("Tchipeur arrête de tchiper" réprimandais-je encore tantôt Dora de 6e4 dans la cour de récréation. En retour de quoi m'a-t-elle pété les tibias et volé mon goûter. Ils sont tellement innocents, à cet âge...). 

Quand j'ai avoué à la médecine du travail que j'avais toutes les peines du monde à contenir mon envie de porter une casquette à l'envers, même par temps de pluie, celle-ci a émis un avis défavorable à ma réinsertion avec les félicitations du jury. 

Zarma, ai-je envie de m'exclamer soudain sans raison. Et d'ajouter solennement : Ayaaaa ! Puis : Ayiiiiii, histoire de faire bonne mesure.

Tant qu'il me reste encore un soupçon de syntaxe académique, je vous prie (j'ai voulu mettre un "s" à prie, et puis un "h" n'importe où dans le mot, il m'a fallu lutter, la transformassion est en train de s'opéré) de trouver ci-joint le planning de la semaine à venir.

En ano.

Hahstag semainier. Hahstag école. Hashtag idée folle. Hashtag Charlemagne en PLS.

RT si zouzoumzem dans ta benzbenzbenz.

Ok Boomer ?

Vous souhaitant un week-end le plus loin possible des réseaux sociaux (pour moi, j'ai bien peur que ce soit fichu, me voilà pris dans l'engrenage, condamné à regarder des vidéos de chiens qui dansent jusqu'à échéance de mon abonnement internet) (à quelles extrémités doit-on en arriver par amour de son métier, tout de même !),

Bien Coicoubeh,


-- 
 
Le wesh de direction

Les voyages forment la jeunesse

 Où ça ne s'arrange pas niveau fatigue mais où ce qui a été promis la semaine précédente a été promis...   Bonsoir à tous, Je n...