Mais qu'est-ce donc qu'un semainier ? Excellente question, l'internaute, à laquelle te répondra la petite icône en haut à droite, ou bien la barre latérale du blog, si tu navigues sur un PC de riche avec un écran grand comme la Baltique.

vendredi 20 décembre 2024

Péremption Péremptoire 3

Où avec la fin de l'année, on en arrive à la conclusion du message thématique de ces dernières semaines, avec de l'humour de compétition.

 

 

Bonsoir à tous,


Nous y voilà enfin : le dernier message d'accompagnement de cette année civile (ou le premier de l'année 2025, selon si vous êtes plutôt du genre à voir le verre de mojito à moitié vide, ou le verre de mojito à moitié plein, ou le verre de mojito rempli à ras-bord, ou le "passe-moi-plutôt-la-bouteille-de-mojito-Simone-il-va-bien-falloir-ça-!"). L'occasion pour moi de conclure (textuellement, je veux dire) sur une note positive - et même, j'ai envie de dire, élégante (ce qui n'est pas peu dire en ces jours de pulls-moches-mais-finalement-pas-beaucoup-plus-que-d'habitude). Car ce soir j'ai décidé de faire dans le classe, dans le raffiné, je veux vous mettre des paillettes dans les yeux, comme disent les vendeur de collyre à la sauvette. Et puis vous rassurer, surtout.

Car au risque d'enfoncer le clou, comme ils disaient jadis les romains sur le Golgotha : oui, vous êtes obsolètes, oui, vous n'existez pas, oui vos élèves ont plus d'estime pour Bobby le chien savant et pour Monique Dupont (pardon : Laurelalaurelane. Je confonds toujours) que pour vous, mais je le répète, ce-n'est-pas-une-fa-ta-li-té. Une fatalité, c'est quand Scorpion arrache la colonne vertébrale de Sub Zero, préciseront les fans du jeu Mortal Kombat (à ne pas confondre avec la plateforme de soutien scolaire Kartable), et nous les remercions vivement pour cette métaphore efficace.

Ce soir, rien que pour vous et sans aucun surcoût(*), "parce que c'est Noël et qu'à Noël on dit la vérité" (les vrais sauront), je vais partager avec vous mes astuces pour palier ces désagréments, afin que vous puissiez les ajouter à la liste des bonnes résolutions que vous ne tiendrez pas.

Les élèves ne jurent que par les influenceurs ? La solution est simple : devenez influenceur ! Comme disait le philosophe John Rambo : "pour survivre à Tik-Tok, il faut devenir Tik-Tok" ("et pour devenir Tik-Tok, il faut devenir Tok-Tok", aurait-il ajouté un ton plus bas, selon certains exégètes) (au nombre de 27) (les fameux exégètes 27) (les vrais sauront aussi) (avec modération).

Commencez par aménager votre cadre de travail de manière à ce qu'il facilite les apprentissage, c'est-à-dire :  à ce qu'il vous rende sympathique aux yeux d'élèves qui, au mieux, vous considèrent comme un acouphène en trois dimensions, et au pire comme le mal incarné (à égalité avec Gargamel). Vous veillerez notamment à afficher derrière vous des posters de Dragon Ball Z, de Naruto ou de toute autre série d'animation japonaise dans laquelle les personnages passent les trois quarts du temps d'antenne à se coller des bourres pifs (le capital sympathie que vous en retirerez sera proportionnel au quota de bourre-pifs à la minute de la série sus-mentionnée). Il sera également conseillé d'avoir à l'arrière-plan une armoire décorative dont les étagères seront couvertes de figurines Funko Pop en plastique non-biodégradable. Les élèves aiment les Funko Pop. J'imagine qu'ils se sentent proches des petits enfants chinois qui les ont fabriquées. Sans doute qu'elles ont quelque chose de rassurant : à chaque fois qu'ils les regardent, mentalement, ils peuvent se dire "ouf, ça aurait pu être moi" (d'autant qu'ils ne doivent pas trop tolérer la phobie scolaire, dans les usines Funko).

Ensuite, trouvez-vous un pseudonyme rigolo. Sachant que pour un élève en 2024, n'importe quel prénom classique d'avant l'an 2000 entrera de facto dans cette catégorie, dès lors qu'il sera suivi du syntagme "du + le numéro de votre département d'exercice". Si vous ne connaissez pas le numéro du département de votre établissement d'exercice ou si vous avez des Y dans votre prénom, rabattez-vous sur un calembour niveau bibliothèque rose du style, "Mathématiques_et_tac", "Français_Linedion", "Espagnol_Breton" ou "Education Physique et Sport'Yves". 

Enfin, trouvez un intitulé attractif à vos leçons, pour donner envie à vos élèves de cliquer... pardon, je veux dire, "d'écouter" : "Affaire Dreyfus : Emile Zola balance", "lipides, glucides, les secrets du body summer","12 choses à savoir sur la Seconde Guerre Mondiale (la 8e va vous étonner)", "Kim Kardashian : comment elle a réussi 2+2" (oui, à ce niveau-là de compromission, n'hésitez pas à avoir recours aux fake news, tout est bon pour appâter le chaland). 

Vos cours ne doivent par ailleurs pas excéder quinze minutes, qui est le temps d'attention maximum des gerbilles, des marmottes et des adolescents en 2024. 

Commencez systématiquement chaque séquence par une publicité personnalisée pour un des trois sponsors suivants : Nord VPN, Displate ou League of Legends (ne cherchez pas à comprendre, contentez-vous de faire ce que je vous dis, ça va booster votre légitimité aux yeux de votre public, en vertu du principe qui veut que "si vous êtes dignes de l'attention des publicitaires, vous êtes dignes de la sienne, car vice versa"). Ne regardez jamais les élèves directement, mais toujours vaguement dans leur direction, en donnant l'impression de fixer une caméra imaginaire. Vous pouvez également inclure une page de publicité au milieu pour un ou deux produits sélectionnés de manière aléatoire en fonction de leurs historiques de recherche internet (pensez bien à activer le filtre parental, par contre, si vous voulez garder foi en l'humanité - et votre emploi). Dans le même ordre d'idée, pensez au rôle prépondérant du placement de produit dans la construction de vos séquences éducatives. Un exemple tout bête en mathématiques. Ne dites pas "Claire a deux bonbons, elle en mange un, combien il lui en reste ?" (problème niveau 3e - est-il besoin de le préciser ?!). Dites : "Claire à deux oeufs Kinder Surprise format familial actuellement en soldes chez Leclerc : pour deux œufs achetés, deux œufs offerts, elle en mange un et elle se régale, holala oui, elle n'a jamais rien mangé d'aussi bon de toute sa vie ! Combien il lui en reste, et combien doit-elle en racheter pour être sûre d'être toujours heureuse, sachant que ça passera forcément beaucoup mieux avec un grand verre de Coca Cola (tm) ?". ça n'a l'air de rien, c'est à peine perceptible pour l'auditoire, il faut vraiment travailler dans la pub pour remarquer la présence de messages subliminaux dans le discours, mais ça change tout. Si vos élèves n'ont pas soif de connaissances, au moins, ils auront soif de Cocal Cola (tm). Ce sera toujours ça de pris. Concluez chaque séance par la formule "si ce cours t'a plu, tu sais quoi faire : lâche un pouce bleu, partage, abonne-toi et donne à mon Patreon". Patreon sur lequel ils pourront avoir, selon le palier financier auquel ils choisiront de souscrire : des points bonus, des making of (vidéos de vous à la Fac, en train de passer des partiels, chez vous en train de tout pomper sur Wikipédia, ...),  des corrigés exclusifs, des aménagements d'épreuves ou même les sujets des prochains contrôles, pour ceux qui prennent le palier le plus haut.

Et puis faites de l'humour, aussi. Toutes les dix secondes. C'est super important, l'humour. Mais attention, faites de l'humour DE JEUNES, hein. N'allez pas leur réciter du Devos, ils appelleraient le Dauphiné. On n'est jamais trop prudent, à une époque où on ne peut plus rire de rien avec personne, vu qu'il y en a toujours pour prendre le discours au premier degré et espérer en retirer une compensation financière (l'indignation bénévole, c'est bien beau quand on a vingt ans, mais c'est pas ça qui va payer les factures). Alors que bon, on sait bien que l'humour est un langage distancié, une forme de fiction marginale fondée sur le décalage entre le propos et la réalité, qui porte en lui sa propre disqualification. Par exemple, quelqu'un qui me lirait au premier degré serait susceptible de penser que je hais les enfants et les ardéchois alors que... oui, ok, mauvais exemple, mais vous avez compris l'idée. A l'opposé, l'humour de jeune, pour vous situer, ça consiste la plupart du temps à frapper arbitrairement le camarade le plus proche, ou à crier très fort des trucs incompréhensibles du genre "Coicoubeh !". Tenez-vous le pour dit : quand un jeune crie très fort des trucs incompréhensibles, soit c'est de l'humour de jeune, soit il a Gilles de la Tourette. Si tant est qu'il y ait encore lieu de faire une distinction.

Voilà, c'est tout. 

Suivez ces préconisations à la lettre et en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Coicoubeh, vos cours seront si populaires que vous pourrez envisager une monétisation.

Ensuite, pour vous, ce sera la trajectoire du Youtubeur lambda : un sponsoring de Haribo, le diabète, quelques escroqueries pyramidales, un scandale, un prime time chez Hanouna, quelques séances de dédicace en convention et vous en arriverez à la consécration ultime : revendre l'eau de votre bain et vos prouts en bouteille. Oh oui, je sais, c'est un peu vulgaire, je m'en excuse, je vous avais prévenu en préambule. Je sais que je vous ai habitué à un certain standing mais j'aimerais malgré tout m'appesantir un peu là-dessus parce que ça me semble important. Il y a des gens sur terre qui, en 2024, vendent leurs flatulences. Et contre toute attente, il y a des gens qui les leur achètent. A prix d'or. Permettez que j'insiste : ces gens gagnent plus que vous rien qu'en pétant dans une bouteille. Je vous laisse prendre une minute pour y réfléchir, penser à Galilée, à Newton, à Marie Curie. Après quoi vous m'expliquerez à quel moment ce ne serait soi-disant "pas mieux avant" ? Les journaux nous disent "il n'y a jamais eu autant de mal-être chez les jeunes, ils vivent à une période éprouvante, rien à voir avec l'âge d'or des Boomers et du plein emploi", mais quand une génération a assez de pouvoir d'achat pour envisager d'acheter du gaz intestinal au tarif d'une Rolex, moi je dis qu'elle n'est pas aussi à plaindre qu'on voudrait nous le faire croire. A l'époque des boomers, ça ne dealait pas trop du prout, pardon pour l'écart de langage. La personne qui vous proposait ça sous le manteau, le premier réflexe de la populace, c'était de la coller en institut spécialisé. Pas de lui demander : "ça dépend. ça fait combien le kilo ?". En remontant encore un peu à une de ces époques bénies où la vie était plus facile, si l'on en croit les psychologues d'aujourd'hui, ça aurait eu une autre allure, Germinal, en mode influenceurs. "Oh mon dieu Lantier, il faut quitter la mine, le canari est mort, il doit y avoir une fuite de gaz quelque part !" "Ha non, pardon, tkt, c'est moi. Je suis en train de préparer une grosse commande...". On ne risquait pas d'acheter les prouts des autres, à l'époque de Germinal ; on n'avait déjà pas les moyens de s'acheter de quoi en produire soi-même. Parce que pour digérer, encore fallait-il avoir de quoi se mettre un truc dans l'estomac (je vous avais promis du "classe", vous voilà servi). Pareil pour l'eau du bain, d'ailleurs. Encore fallait-il avoir les moyens financiers et matériels d'en prendre.

Après on peut se dire que ce sont des jeunes entrepreneurs plein d'audace, que l'offre suit la demande et peut-être que c'est vrai, hein, mais je ne suis pas sûr qu'il soit rassurant de vivre dans un monde où il y aurait un marché pour ce genre de demandes. Pas plus tard qu'un peu plus tôt, mon collègue me parlait qu'un gars qui a collé une banane avec du Chaterton sur un tableau et qui a vendu ça plus d'un million d'euros. C'est-à-dire que concrètement, en deux minutes, il a gagné plus que je n'aurais touché moi en toute une vie à 42 heures par semaine. Et le type qui a acheté "l’œuvre" a clairement affirmé sa volonté de "manger la banane avant qu'elle ne pourrisse". Si ce n'était que ça, il faisait un saut à Grand Frais, ça lui aurait coûté moins cher. Pour un million il pouvait même acheter une petite plantation, et il aurait pu payer le Chaterton avec ses bénéfices.

Dans ces conditions, comment voulez-vous encore être crédible avec vos "attends, c'est pour toi que tu travailles, pas pour moi", dans un monde où vendre du vent (des vents, en l'occurrence) rapporte davantage que de faire des études longues ?

Ha non mais socialement, ça ne sent pas bon, si vous voulez bien me passer l'expression.

Dans un registre plus léger, n'oubliez pas que la semaine prochaine, nous serons en semaine impaire. Normal, puisque c'est Noël. Impaire. Noël. Jean Bloguin, humoriste.

Si vous cherchez encore des cadeaux de dernière minute à offrir et à vous offrir, pourquoi ne pas acheter le dernier album mélancolique de Nate Khors, ou le dernier ouvrage caustique de Samuel Desmoulin, qui comptent tous deux au nombre de mes connaissances et ne peuvent donc qu'être des artistes accomplis (le niveau des vannes de ce message d'accompagnement en témoigne objectivement).

Vous souhaitant une excellente fin d'année (puisque loin du collège et de tout ce qui peut graviter autour) et de belles fêtes,

Bien cordialement,


-- 
 
Le secrétaire de direction

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les voyages forment la jeunesse

 Où ça ne s'arrange pas niveau fatigue mais où ce qui a été promis la semaine précédente a été promis...   Bonsoir à tous, Je n...